[lu, relu] pas liev, roman de philippe annocque

Quidam éditeur,lien 138 pages, octobre 2015, 16 euros

en quatrième de couverture : Liev se rend à Kosko pour y assurer l’honorable fonction de précepteur.  Ou peut-être pas. A Kosko, Liev vivra aussi une belle histoire   d’amour. Ou peut-être pas. Le monde est opaque, à moins que ce ne soit l’homme. L’opacité est une maladie mentale. Ou peut-être pas.  L’impossible reconnaissance — sociale, professionnelle, sentimentale ou simplement de soi-même — est au cœur de ce roman, mais vue à travers le microscope vertigineux des monstruosités minuscules.  Avec Pas Liev, Philippe Annocque signe son retour au roman dans une veine sensiblement expressionniste.
Ce sera une note de lecture, ou peut-être pas.
Plutôt pas.
Trop intimidant, difficile, et inutile, de passer après Eric Chevillard pour Le Monde des Livres, les libraires blogueurs de Charybde,lien Eric Dussert pour le Matricule des Anges, et beaucoup d'autres.lien Lisez leurs chroniques en suivant les liens.

Non, pas une note de lecture, mais une injonction de lire Pas Liev toutes affaires cessantes pour vous faire votre propre opinion sur son étrangeté, son pouvoir déstabilisateur sur votre psyché de lecteur, et le très long effet retard qui rend inoubliables les visions suscitées par la formidable écriture anxiogène de Philippe Annocque. Livre terrible. Du grand art littéraire.


Finalement, je vais quand même essayer de balbutier quelques mots sur l'effet pas ordinaire que m'a fait Pas Liev.
Comparaison n'est pas recension ni raison, mais faute de mieux (voir plus haut), ça aide quand on est stupéfiée d'admiration. J'ai notamment (mais pas que) retrouvé des sensations de lecture oubliées depuis longtemps.
Comme celles que j'avais eues avec La classe de neige et (à un moindre degré) La Moustache d'Emmanuel Carrère : la crainte de tourner la page, l'impression de lire en plissant les yeux de peur de deviner où l'imagination de l'auteur conduit son personnage.
Ah le personnage ! Ce Liev… Si difficile à décrire, à comprendre, étonnant cousin éloigné de Bartleby, du prince Mychkine, d'Ignatius J. Reilly, et d'autres encore, sans doute. Inoubliable Liev.

Je l'ai dit en commençant : les articles élogieux sur Pas Liev sorti en octobre 2015 ont été, sont toujours, nombreux.
Sur son blog,lien Philippe Annocque s'amuse de ce que, je cite :

" Jamais un de mes livres n'avait reçu un tel accueil, même Une affaire de regard ou Liquide, pour lesquels je n'avais pas eu à me plaindre. Si je fais le rapport entre le nombre d'avis que j'ai pu lire un peu partout et le nombre des ventes, ce doit être près de 10 % des lecteurs qui ont eu l'envie de partager leur enthousiasme. Ça compte, ce genre de calcul ? "

Oui, ça compte. Mais, mais…
Le 6 mars 2016, sur un réseau social notoire, Pascal Arnaud de Quidam éditeur, faisant le point sur les ventes de Pas Liev, n'a pu retenir l'expression de son amertume justifiée. Je le cite :

" Le 20 octobre dernier paraissait Pas Liev de Philippe Annocque. Roman qu'on tient avant tout pour un grand texte parfaitement maîtrisé.
Donc qu'on a eu la folie de tirer à 1500. 130 SP presse-libraires.
Très vite encensé par une critique papier enthousiaste — Le Monde, Le Temps, Le Matricule des anges, Libération, L'Humanité –, une belle poignée de libraires qui l'étaient tout autant, une dizaine de blogs littéraires du très pointu à l'enflammé, on s'est dit pouvoir vendre Pas Liev pour moitié, 750-800. Modeste mais réaliste.
Résultat : tout juste 500 exemplaires (et retours, il y aura encore). Comment ne pas devenir aquoiboniste ?!
On accuse personne, seulement le coup avec ce bref état des lieux.
MAIS QUEL SCANDALE QUE CE SI BON TEXTE NE PUISSE SE VENDRE AU MOINS CORRECTEMENT ! "

Maintenant, vous savez ce que vous avez à faire, je vous quitte, j'ai hâte d'en finir avec ce billet de travers pour relire une fois encore Pas Liev !

>> on peut lire aussi (liens)

  • Hygiène de l'écrivain, par Philippe Annocque
    " Ne comptez pas sur moi pour garder deux jours de suite le même caleçon, je ne ne suis pas de ces auteurs dont le public suit la trace à l'odeur. Tant pis si l'on perd la mienne, je préfère qu'on me trouve où l'on ne m'attend pas. "
  • " La littérature, c'est foutu ", par Philippe Annocque
    " Prendre une décision à plusieurs concernant un livre, surtout du genre lequel il est le plus beau lequel il va mieux plaire au public, franchement, non, quoi. On est d’abord tout seul quand on lit. Rien ne vaut le coup de cœur d’un lecteur singulier. C’est mon avis et je veux bien le partager. "

 

3 thoughts on “[lu, relu] pas liev, roman de philippe annocque

  • ramses
    31 mars 2016 at 4h06

    Chère Tilly,
    Ce que tu nous dis est inquiétant et rappelle “Fahrenheit 451″…
    Il n’y aurait donc que 500 lecteurs pour un livre encensé par la critique ?
    Mais je vois que tu as repris tes bonnes habitudes de lecture et j’en déduis que tu vas mieux !
    Je m’en réjouis et t’adresse, ainsi que Malika, nos meilleurs voeux de complet rétablissement.

  • tilly
    31 mars 2016 at 7h56

    oui, cher ramses, c’est inquiétant, mais pas nouveau…
    je m’étais déjà indignée que le magnifique Testament syrien d’Alain Bonnand publié en 2012 se soit “vendu” à moins de 300 exemplaires
    en “volume” mes habitudes de lecture ont diminué de 50% ces six derniers mois !
    il faut dire aussi que mon blog n’en reflète qu’une petite part (seulement mes gros coups de cœur pour des livres que j’ai achetés ou qui m’ont été offerts)
    l’autre part, c’est ma participation au comité de lecture des Notes Bibliographiques
    là aussi j’ai réduit de moitié mon activité (1 semaine sur 2)… en attendant le joli mois de mai
    les livres, prêtés chaque semaine par l’association Culture et Bibliothèques pour tous, sont tirés au sort, lus et analysés (tous des nouveautés), mais il est malheureusement assez rare de tomber sur une pépite
    de plus, j’ai promis de ne pas publier sur mon blog les analyses que j’écris pour les Notes
    je trouve ça un peu frustrant quand je tombe sur quelque chose de bien !
    quand j’irai vraiment mieux, j’essaierai de rediscuter cette clause de confidentialité qui est totalement contradictoire avec ce que j’essaie de faire sur ce blog : partager mes coups de cœur !
    merci ramses pour ton message, la discussion, et tes vœux, je pars tout à l’heure à l’hôpital de jour pour mon avant-dernier traitement !
    bises à partager avec Malika

  • ramses
    1 avril 2016 at 4h35

    Reviens-nous vite chère Tilly, que cette “avant-dernière” ne te fatigue pas trop et que la “dernière” voit la fin de tes soucis.
    On pense à toi et on t’embrasse,
    Daniel et Malika

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