[relu] martine résiste, recueil de textes d’alain bonnand
Le Dilettante, 2003, 93 pages, 11 euros 50 lien
Martine résiste reprend l'édition parue au Dilettante en 1988 revue et corrigée par l'auteur et augmentée de sept textes formant l'intitulé
“ L'Amour dans les journaux ”.
Bernard Pivot lors d’un Apostrophes lui aurait dit — ça doit pouvoir se vérifier — :
“ Oh, oh ! Alain Bonnand, on couche dans vos histoires ! ”.
— Oh, oh ! Monsieur Pivot, on lisait pas les livres dans vos émissions !
Ou alors c’était la vengeance froide d'une fichiste dédaignée par l’écrivain. Elle n’a même pas obtenu une dédicace malgré le rentre-dedans éhonté qu’elle lui a fait. Alors elle a mis sur la fiche : “ on couche beaucoup dans les histoires d’Alain Bonnand ”.
Mais dans les histoires d’Alain Bonnand,lien on n’couche pas, Monsieur Pivot, on n’couche pas. Ou pas que, ou presque, ou alors très vite, extrêmement vite. On veut coucher, ou pas coucher, selon. Selon l’âge, la longueur des jambes, la fortune, la qualité de résistance de la dame. Évidemment il n’est question que de cela, c’est comme qui dirait le thème du recueil. Évidemment.
Martine résiste qui donne son titre au recueil est un poème (en prose) noir. Il faut le lire plusieurs fois. Comme on va revoir un tableau aimé au musée. On s’étonne de le voir autrement, de l’interpréter d’une autre façon, d’y découvrir des détails méconnus, des beautés nouvelles, sombres.
L'Amour dans les journaux n'est pas une revue de presse… certains des articles commandés à Alain Bonnand n'avaient pas été fournis à temps, ou pas envoyés du tout. Merci Le Dillettante !
extrait du texte Martine résiste, poème noir :
“ Et maintenant, au moment de céder, dans le froid et les lueurs qui
tremblent ? L'urgence la submerge et cogne à sa porte. Ses berges de
femme oscillent au bord du gouffre. Le vent se mêle à ses cheveux en un
goût de noyade. ”
extrait du texte Eloge de l'extrêment
vite et de l'extrêment court :
“ Prenons un écrivain qui affiche un goût singulier pour les demoiselles.
Disons qu'il a la taille de Woody Allen et admettons que ça se remarque
moins lorsqu'il est assis. Laissons venir à lui une belle brune
d'aujourd'hui, laquée et occasionnelle, qui fait envie par la négative :
le derrière pour principe, la poitrine tendue vers le XXIe siècle. Elle
a vu trois fois sa photo dans les journaux, elle le croit célèbre. Elle
voudrait un peu plus qu'une dédicace, elle se demande bien quoi. Lui
refuser une expérience, vraiment, ne serait pas cruel : "Emmenez-moi
chez vous, je vous écris un poème". ”
>> d'autres notes de lecture de livres d'Alain Bonnand, sur ce blog :
Chrisdu26
Après “Il faut jouir Edith” voilà un livre auquel je ne pourrai résister.
Merci beaucoup
tilly
Excellent penchant, Chris, vous nous en donnerez des nouvelles, j’espère 😉
Pour vous remercier de votre visite, voici un petit échantillon d’un autre Bonnand (Cécile au diable, éditions Mille et Une Nuits) :
“L’attitude de Cécile ne permettait aucune conclusion, notre relation durait sans avancer : je croyais comprendre qu’elle acceptait nos rencontres parce qu’elle n’avait rien d’autre à faire. Elle exerçait sur moi toutes sortes de fascinations, pour ne m’offrir jamais que quelque sourire qui lui échappait des lèvres ; j’étais toujours partagé entre la rage et l’envie. Elle était bien la première à faire naître chez moi un sentiment de défaite. J’en étais presque à me décevoir. Je savais pourtant qu’il ne s’agissait là que d’une résistance de femme, et il n’en est pas qui ne cède à longue.”