[bnf] ah ! qu’il fait bon être parmi les hommes qui lisent !
Mon projet d'écriturelien en cours ne débouche pas aussi vite que j'avais espéré en l'entamant il y a… plus d'un anlien.
Mais je garde le cap, et en attendant le grand vent de l'inspiration, je tire des bords très agréablement d'une salle de lecture à l'autre de la BnF : K, V, N, R.lien
Je l'ai peut-être déjà dit ici : dans ce bunker de luxe qu'est la Grande Bibliothèque, la qualité du silence et de la concentration des centaines de lecteurs isolés ensemble – plutôt que réunis – des heures durant, est impressionnante. Pour un peu, le cliquetis discret des claviers évoquerait le grincement des plumes sur les parchemins dans les scriptoriums conventuels.
Hier matin je consultais Bibliothèques en détresse, un document émouvant écrit par Suzanne Briet en 1949 pour appuyer l'appel aux dons lancé par l'UNESCO en faveur du relèvement des bibliothèques et des collections détruites en Europe et en Asie. Elle y cite Maria Rainer Rilke écrivant dans ses Carnets :
“ Bibliothèque Nationale. Je suis assis et je lis un poète. Il y a beaucoup de gens dans la salle, mais on ne les sent pas. Ils sont dans les livres. Quelques fois ils bougent entre les feuillets…. Ah ! qu'il fait bon être parmi les hommes qui lisent ! pourquoi ne sont-ils pas toujours ainsi ? ”
L'écrivain germanophone parlait de la salle de lecture de la rue Richelieu. C'était avant la première guerre mondiale. L'image de L'Homme qui lit porteur d'espoirs de sagesse et de paix pour l'humanité, belle et naïve, allégorique et philosophique, n'est pas dans l'air de notre temps de performance et de vitesse, matérialiste et ricaneur. C'est dommage.
Poursuivant son plaidoyer vibrant pour la lecture, Suzanne Briet appelle un autre grand témoin à la barre, qui sait ce que lire veut dire : Marcel Proust.
“ Quand on lit, on reçoit une autre pensée, et cependant on est seul, on est en plein travail de pensée, en pleine aspiration, en pleine activité personnelle : on reçoit les idées d'un autre, en esprit, c'est-à-dire en vérité, on peut donc s'unir à elles, on est cet autre et pourtant on ne fait que développer son moi avec plus de variété que si on pensait seul, on est poussé par autrui sur ses propres voies. Dans la conversation, même en laissant de côté les influences morales, sociales, etc., que crée la présence de l'interlocuteur, la communication a lieu par l'intermédiaire des sons, le choc spirituel est affaibli, l'inspiration, la pensée profonde, impossible. Bien plus, la pensée, en devenant parlée, se fausse, comme le prouve l'infériorité d'écrivain de ceux qui se complaisent et excellent trop dans la conversation… Une conversation avec Platon serait encore une conversation, c'est-à-dire un exercice infiniment plus superficiel que la lecture, la valeur des choses écoutées ou vues étant de moindre importance que l'état spirituel qu'elles peuvent créer en nous et qui ne peut être profond que dans la solitude peuplée qu'est la lecture. ”
Note à la traduction de John Ruskin : Sésame et les lys, 1906
Pour résumer brutalement (pardon Marcel) : Taisons-nous ! Lisons !
>> voir aussi
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[témoin à décharge] défense et illustration de la bnf françois mitterrand
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[niguedouille] raymond aron plutôt que françois mauriac
gebe
On peut dire celà. Pour M.R. Rilke ne devrait on plutôt dire ce francophone ??
J’ai en lecture une thèse d’une grande amie de Mariette: “Rilke et Baudelaire” (coté style et inspiration).
tilly
merci Gérard, sans doute pour Rilke avons-nous raison tous les deux… je voulais insister sur le fait que né en Tchécoslovaquie, il était de langue allemande, mais c’est vrai qu’il a écrit des recueils de poèmes en suisse, non je veux dire… en français !
Pensez BiBi
J’adore : “Ah ! qu’il fait bon être parmi les hommes qui lisent ! pourquoi ne sont-ils pas toujours ainsi ?3 Sur ce, il est 10 heures et quart, j’ai le marché à arpenter, trier la salade, passer à la boulangerie et à la banque. Et si j’ai un peu de temps, je reviendrais lire le Blog de Tilly ! 🙂
tilly
cher BiBi, je serai toujours bienheureuse de passer après votre salade !
JLB
Alors, tandis que “les femmes qui lisent sont de plus en plus dangereuses”(1), les hommes qui lisent seraient des anges ?
Hum….
(1) Laure Adler
tilly
Parfois, mais très rarement, les femmes disent des c@nneries, surtout les féministes 😉
Dreamer
Bonjour Tilly, je recherche (désespérément!!!!) mon commentaire mentionnant Léo Crozet, avons nous bien échangé? peut être un mail en fait, car je voudrais retrouver la note de SB sur LC …. par contre j’ai trouvé cela http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-03-0081-001 qui mentionne une archive SB protégée encore jusqu’à 2024…. courage et patience.
tilly
rien retrouvé concernant Léo Crozet… ici, ni dans ma messagerie ;(
merci pour le lien : je tiendrai bon… quel suspens !