[débat] quel travail voulez-vous ?

aux éditions Les Arènes, 250 pages, janvier 2012, 18 euros 50 — En avril 2011, Radio France a lancé une enquête sans équivalent sur le thème du travail. Le but ? Inviter les auditeurs à raconter ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent et ce qu’ils attendent du travail sous deux formes : une question ouverte « Que veut dire pour vous travailler aujourd’hui ? » et un questionnaire. L’intérêt des auditeurs pour cette enquête fut immédiat, témoignant de l’enjeu du sujet. Six mille d’entre eux ont répondu au 88 items du questionnaire et une bonne part ont accepté de livrer leur témoignage, révélant les représentations, les rêves, les craintes et les réflexions que suscite le travail. Comme pour la série des Paroles de, les arènes se sont associées à Radio France pour mettre en valeur et diffuser ce matériau. Une sociologue, un psychologue et un philosophe analysent les résultats de ce questionnaire dans un livre qui fait alterner la réflexion et les témoignages. Les dessins d’un humoriste émaillent ce tableau inédit de la France au travail.En m’inscrivant à la journée-événementsic organiséefort bien par Radio France au théâtre du Rond-point, je ne m’attendais pas, mais pas du tout, à y voir et à y entendre  deux candidats déclarés à l’élection présidentielle : François Hollande… et Marine Le Pen !

Et Cécile Duflot, François Chérèque, Pierre Laurent, pour ne citer que les plus médiatiques de ceux qui se sont succédé tout l’après-midile soir aussi, mais je n’y étais plus devant une salle comble, attentive et passionnée.

J’ai vraiment apprécié ce grand mezze bien balancé entre les tables rondes d’experts (sociologues, psychiatres, syndicalistes, etc.), les interventions des politiques venus plancher sur le sujet, et les lectures de témoignages d’auditeurs ayant participé à l’enquête. Ils étaient très bien Ariane Ascaride et Philippe Torreton, mais ça aurait eu de la gueule d’inverser les rôles et de faire lire des bouts de vie de travailleurs par Hollande, Duflot et Le Pen !


— Drôle d'idée pour une retraitée de se passionner pour un débat public sur le travail et d'assister à cette journée !

— J'y allais pour mieux comprendre et m'expliquer à moi-même ce que j'avais commencé à vivre et à ressentir, les dix dernières années de ma vie professionnelle. Comme beaucoup de baby-boomers épargnés longtemps par le mal-être au travail, je n'avais pas vu venir les changements. J'avais ressenti une forme d'injustice, beaucoup d'incompréhension, et un grand isolement face à ce qui m'arrivait à la fin d'une carrière que je jugeais plutôt heureuse jusque là (chômage, recherche d'emploi, nécessité d'adaptation à des formes de management nouvelles, perte de confiance, fragilité psychologique, etc.). Surtout, ce que j'ai entendu lors des débats m'aidera à partager les inquiétudes actuelles des jeunes, de mes enfants.

Au final, je retiens que cette manifestation devrait servir d'exemple pratique à suivre dans l'entreprise elle-même : se donner le temps, de temps en temps, d'écouter les salariés s'exprimer sur la valeur qu'il portent au travail, à tous les niveaux. Dans l'entreprise même, pas à l'extérieur, pas en séminaire off-site, sans l'aide de cabinets de consultants.

quelques mots, idées force et propositions relevés au fil des débats…

  • il faut associer les salariés aux changements qui interviennent dans l’entreprise, le changement non concerté est mal vécu, le travail subi
  • ce qui rend malade c’est le travail que l’on ne fait pas, ou qu'on fait mal, la qualité empêchée
  • il y a trop de décalage entre le travail prescrit et le travail effectif (réalisable, réel)
  • pour supporter le travail subi, le salarié se protège, c'est le travail en apnée
  • il faut remettre à l’honneur la valeur sociale du travail, le lien, rompre l’isolement du salarié face à son travail
  • en France la recherche de reconnaissance et d'estime de soi par le travail est particulièrement forte (fierté, honneur, etc.), la déception quand cela ne marche pas est d’autant plus forte, violente, pouvant aller jusqu'à l'extrême
  • lorsque le burn-out sera reconnu comme maladie professionnelle, on réduira le nombre de suicides dû au mal-être au travail
  • dans les années 70 les progrès technologiques, et un enthousiasme exagéré dans les bienfaits escomptés, ont masqué les insuffisances de la gestion des personnes devenues des ressources ; on n’a rien vu venir, on ne s’est pas posé suffisamment de questions sur le management, ou pas les bonnes
  • la souffrance au travail est un symptôme que l’on commence à reconnaître ; il faut maintenant s’attaquer aux causes
  • historiquement, la pénibilité du travail s'est déplacée du physique au psychique ; en même temps le totalitarisme managérial a changé de forme : du taylorisme et du pouvoir de contrôle disciplinaire à une idéologie gestionnaire vantée et commercialisée par des sociétés de conseil
  • il faut venir à un management humaniste

quelques notes perso sur les intervenants politiques…

François Hollande

  • une intro qui se voulait légère pour un sujet plombant (la souffrance au travail), mais que j’ai trouvée un peu maladroite concernant son statut d’apprenti dans la fonction nouvelle à laquelle il aspire…
  • bon point pour l’idée d’agence de notation des entreprises françaises (sur le critère qualité de la vie au travail)
  • exposé sérieux et travaillé !

Marine Le Pen

  • malgré les sourires, la voix et la stature sont un rien menaçantes et brutales, et le discours tombe vite dans… Travail, Famille
  • des idées baroques sur la participation, et sur les stages en entreprise !
  • contrairement aux autres interventions politiques, donnait l’impression de ne pas avoir suffisamment travaillé le sujet ni préparé son exposé

Cécile Duflot

  • étonnamment son débit était beaucoup plus calme et contrôlé que je ne m’y attendais, mais je n’ai rien retenu d’original dans son propos

Pierre Laurent

  • blabla-ronron, désolée, mais j’ai décroché tout de suite…

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4 thoughts on “[débat] quel travail voulez-vous ?

  • Alain Baudemont
    26 janvier 2012 at 16h33

    Écrire est-il un travail. Faire un commentaire est-il un travail. Peut-être bien que oui ; peut-être bien que non. Être Président de la République Française est-il un travail. Une chose est certaine, il y a autour du candidat Hollande 80 personnes qui le mettent en scène. Je suis seul devant mon ordinateur. Comparaison n’est pas raison.
    Non pas bobo, maman comme elle m’a fait, je ne suis pas vilain, et c’est peut-être que je suis trop rêveur, et que je me dis que demain la France entière va pleurer encore plus grave des larmes de sang, à cause, à cause… d’un “autre” homme ; et qui pense tout haut, et tellement fort aux françaises et aux français, les plus pauvres, et qu’à partir de lui, désormais, on ne nous enfoncera plus dans la noire misère la plus noire. C’est peut-être que je suis trop rêveur, et que je ne veux ni ne peux en rire tellement cet homme neuf illumine et décoche les flèches merveilles des réalités et hautes sont les coutures, et sans reprendre, jamais, son souffle … et ça chiffre, et ça crédible, et ça sécurise, et ça chic in Français, et ça donne confiance pour un changement demain, et oui, c’est du vert dont il s’agit, et du vert de mai, le joli mois, le petit bout d’herbe, la fleur à toutes les lèvres … Pas aux miennes, je suis ce seul rêveur impénitent, ce seul incorrigible, et l’étonnant aurait été que je trouve quelque chose d’intéressant, alors que je cherchais autre chose. Mais rien. Le rose fait-il mieux que l’éléphant. En Jacques, les écrits techniques ne nous le prouvent. Mais rien. Enorme et trompeur. Rien. Je me dis que personne ne peut pas le rejouer, le rose, totalement qui a foiré, d’un côté comme de l’autre, hier et avant hier, et tout le monde n’a pas raison, l’enfer ça n’existe pas, mais bientôt il va exister. C’est que cela me fait peur, ce qu’on dira, à démontrer avec tant de véhémence combien violence et haine, oui oui, ce sont les bons mots, combien violence et haine, oui, les deux, violence et haine, ils sont sans bornes. D’avantage que de rêver encore, c’est d’une thérapeutique que je devrais très sérieusement me laisser investir, me soigner, et de m’y guérir, car déjà je me consume et pourrait bien avoir oublie, oui de la pâtisserie, que j’aime, pour tout dire, de ce qui me reste encore de bonne foi.
    Et comment ce n’est que par l’autre et pour l’autre que cet homme qui pense tout haut, comme tout un chacune et chacun, veut faire savoir au bon peuple de France son amour, nous l’allons voir, mais après mai.

  • tilly
    26 janvier 2012 at 17h40

    Et toc, moi qui pour une fois faisait dans le (presque) politicosocial (sans eau) voilà mon cher Baudemont qui me cloue mon caquet, faut dire que j’étais pas dans mon registre, j’étais passée en voix de tête…
    Sinon Alain, moi j’dis faut pas avoir peur, mais oui rêver il faut toujours comme Quichotte, et ça vaut tous les médocs. Noir, rose, vert, vous m’en faites voir de toutes les couleurs pourtant plus ça va moins j’y vois clair dans c’t’affaire et plus c’est le blanc qui me tente…

  • leblase
    26 janvier 2012 at 18h04

    Tu as tort de dire que tu n’étais pas dans ton registre: je trouve que tu as très bien développé ton habituel sens de l’observation compréhensive (en Français), mise en perspetive à l’appui.
    Ta perception (et ta narration) de l’évènement m’a beaucoup intéressé. Je remarque que l’idée de notation des conditions de travail existe déjà ailleurs (aux USA) dans un cadre non-étatique, et je sais que quelques entreprises françaises s’y sont déjà mises.
    Ta description des politiques est très bien sentie.
    Bref, chère Tilly, bravo et merci pour ce petit reportage.
    P.S. C’était bien ce déjeuner avec Elle?;-)

  • tilly
    26 janvier 2012 at 18h51

    cher Maître-Espion (rapport à mon agenda !) : elle a joué l’arlésienne… mais avec le talent, l’élégance et la gentillesse que nous lui connaissons… alors, je lui ai pardonné !

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