[vu] le havre, film de aki kaurismaki

Le bon docteur Becker (Pierre Etaix) et Arletty (Kati Outinen) dans Le Havre d'Aki Kaurismaki — Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire.  Quand au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes, son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon réfugié.  Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents.  Le genre de film qui ne se raconte pas, mal servi par sa bande annonce, son affiche, et les promos télé [1], et qu'on voit faute de mieux en attendant les séances de rattrapage du festival Télérama [2].

Et là, surprise, ce film est un bonheur de film, de la première séquence à la dernière.
Intemporel, comme toutes les œuvres quand elles sont réussies et que le spectateur s'y reconnaît contre toute attente.

Le Havre est un conte pour grands enfants qui aiment le cinéma (cinéphiles, comme on dit).

Dans Le Havre, chaque personnage amène avec lui la couleur des années (de cinéma) qu'il représente dans le film :

  • Marcel / Carné / Wilms et son Arletty : les années 30-40
  • Daroussin (le commissaire) : les années 50, peut-être la Stasi, l'autre côté du rideau de fer
  • Little Bob (le rockeur normand craquant qui joue son propre rôle) : les années 60

et ainsi de suite, mais ce n'est pas un système, c'est le style Kaurismaki qui ajuste miraculeusement ses personnages, leur histoire et leur décor, à la gueule de ses acteurs et à leur propre poésie.  

Et quel casting silhouettes… Pierre Etaix en bon docteur Becker, dont on voudrait bien faire notre médecin référent à la Sécu. Jean-Pierre Léaud en infâme corbeau délateur est juste effrayant.

d'autres blogs amis en parlent…

  1. MHF, le 7 janvier 2012 (très pour)
  2. David Tredler, le 22 décembre 2011 (plutôt contre)
  3. Philippe Bonnet, le 1er janvier 2012 (absolument pour)

——

[1] André Wilms, franchement mauvais un soir chez Taddeï

[2] mon programme de rattrapage du 18 au 24 janvier, très ambitieux : La Piel que abito, Drive, Les Bien-aimés, Une Séparation


10 thoughts on “[vu] le havre, film de aki kaurismaki

  • Tred
    9 janvier 2012 at 20h08

    Je voulais l’aimer “Le Havre”, mais rien à faire, la déception m’a gagné à la vision du film =(

  • tilly
    9 janvier 2012 at 22h16

    bon allez c’est pas grave, on est pas fâchés pour autant 😉
    merci d’être passé !
    je suis pas une spécialiste des blogs ciné, mais le votre me parait très bien
    si vous publiez un billet sur Le Havre prévenez-moi, je le mettrai dans ma sélection d’articles sur ce film

  • tilly
    10 janvier 2012 at 15h41

    c’était déjà fait… j’avais pas vu… j’ai mis le lien comme promis !

  • MHF
    10 janvier 2012 at 17h36

    Merci
    J’ai beaucoup aimé Une séparation… Bonnes séances

  • JLB
    10 janvier 2012 at 19h49

    En voyant le Havre (le film ;)), j’ai eu grand plaisir à apercevoir Pierre Etaix (excellent bien sûr).
    Plus de mal avec le jeu de Wilms. Je suis trop primaire pour aimer ce jeu distancié. J’ai plutôt aimé ce film malgré tout :O

  • tilly
    11 janvier 2012 at 9h06

    Etaix, on fait plus que l’apercevoir heureusement ! son jeu, ses yeux pour sa dernière réplique (c’est celle qui clôt le dialogue du film d’ailleurs) est un petit chef-d’oeuvre… je m’attendais pas du tout à ça !

  • tilly
    11 janvier 2012 at 9h08

    je le mets en tête de liste, alors, merci MH 😉

  • MHF
    11 janvier 2012 at 9h14

    Tu me diras, j’ai trouvé ce film superbe et “découvert” un monde iranien que je n’imaginais pas.

  • Yv
    20 février 2012 at 16h54

    J’ai adoré ce phrasé particulier ce hiatus entre la période réelle et les décors très années 50/60/70. Le propos est certes louable, beau et généreux, mais ce n’est pas à mon sens le plus important du film (dans le genre, il vaut mieux regarder Welcome). Le vrai plaisir est ailleurs dans l’image, le son, les dialogues, … Inclassable et tant mieux !

  • tilly
    20 février 2012 at 22h46

    Le Havre va devenir un film culte, c’est mérité !

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