[lu] un passant ordinaire, roman de renaud czarnes
Editions Léo Scheer, avril 2011, 244 pages, 18 euros
J'ai jeté le bandeau libraire parce que la photo genre anthropométrique et la mention premier roman m'irritaient. De toutes façons, le très bon roman de Renaud Czarnes sorti avant l'été a malheureusement fort peu de chances d'être encore sur le dessus des tables des libraires balayées par le tsunami rentrée littéraire.
Si il fallait absolument un signe distinctif sur un bandeau pour sortir ce Passant ordinaire de son anonymat littéraire injuste, je verrai bien mieux une photo de la rue Lepic, le dimanche matin, quand les gens font leurs courses avant de se retrouver pour l'apéro à la terrasse du Sans-Souci. Il y aurait aussi une animation musicale de rue, avec un batteur qui ressemblerait au personnage principal du roman ou mieux, à l'auteur, un sax et une contrebasse.
Calude est un magnifique héros décroissant : à trente cinq ans, il a réussi à restreindre son espace vital aux dimensions de son quartier, à peu de choses près. A domicile, il fait des piges pour un journal NewAge. En complément il exécute fort proprement des petits boulots alimentaires à la mesure de son absence d'ambition chez les commerçants en bas de chez lui. Ses amis peu nombreux, viennent à lui plutôt que lui à eux. Devant la thèse qu'il est censé écrire sur les femmes dans l’œuvre de Céline, il procrastine depuis des années, mais ne culpabilise pas. Il joue d'un instrument trop lourd à transporter plus loin que le club de jazz restaurant au coin de sa rue. Opportunément, il tombe amoureux de la jolie fille qui vient d'emménager dans son immeuble et qu'il rencontre devant les boîtes aux lettres. C'est à peu près tout ce qui distingue son style de vie de celui de son voisin et ami, un octogénaire encore vaillant.
Quand il lui arrive de quitter ce quartier d’Éden, les choses se gâtent. Dans le métro, les gens transpirent et on ne sait jamais où se mettre. En séminaire chez le patron du magazine NewAge, il se sent totalement largué, inadapté. Chez le médecin, ce qu'il apprend va le décider à passer à une vitesse de vie supérieure.
“ Quand l'horizon s'est assombri et qu'on a encore de la route à faire, mieux vaut ne pas tarder à se mettre en chemin plutôt que d'attendre que ça dégringole… ”
Un moment Renaud Czarnes affiche la fraternité de son héros avec l'Ignatius de John Kennedy Toole (La Conjuration des imbéciles). Il y a de ça, pour la misanthropie et l'inadaptation, mais heureusement Calude, le poulbot, est plus aimable et moins désespérément grotesque que son célèbre modèle américain.
J'ai pensé à Michel Audiard (Le Jour, la nuit et toutes les autres nuits) pour les descriptions vivantes et réussies de la vie de village à Paris, et l'argot qui émaille discrètement la narration. A Boris Vian pour l'éclosion des sentiments entre Calude et Zoé, et évidemment à cause de la musique, le jazz, le blues. J'aime un peu moins l'incursion dans l'univers sans couleurs de Houellebecq pour l'épisode du séminaire de développement des ressources de l'esprit animé par un gourou de second ordre. Mordant, mais un peu inutile à mon avis pour la progression de l'histoire de Calude.
Un roman original, plaisant, bien écrit, intelligent. Un auteur à suivre (lien).
rencontres…
Un beau et (très) chaud samedi de septembre, je venais de lire Revenants de Patrice Lelorain quand j’ai appris qu’il signait à La Lettre Ouverte, une librairie rue de la Convention, pas loin de chez moi. Un certain Renaud Czarnes annonçait d’ailleurs lui aussi l’événement sur facebook. Le livre de Lelorain étant très connoté rock’n’roll, un groupe d’amis préparait une animation musicale surprise pour l’auteur.
Je suis arrivée à la librairie avec mon exemplaire de Revenants (reçu de l’éditeur en SP pour l’opération Masse Critique de Babelio) que Patrice Lelorain m’a gentiment dédicacé pendant que le petit groupe jouait. Je voulais acheter un autre titre de Lelorain, mais le libraire n’en avait pas (!). Interrogé, il m’a désigné Renaud Czarnes comme étant le percussioniste (sans sa batterie ce jour là). Il m’a expliqué que lui aussi avait écrit un roman qu’il était venu signer en musique à la librairie lors de sa sortie avant l’été, et que justement, le livre était là sur une table. Je l’ai acheté.
ambiance…
signature en musique du roman Revenants de Patrice Lelorain à la librairie La Lettre Ouverte, Paris 15, le 1er octobre 2011