[météo, cinéma] il pleut sur nantes…
… enfin j'imagine qu'il pleuvait sur Nantes, ce matin
J'étais à Pont-Château (Pontchateau pour la SNCF) sous un crachin insistant, qui semblait ne devoir jamais s'arrêter en l'absence totale de vent. Capuches, parapluies, têtes baissées, flaques à éviter. Son nom en grandes lettres sur un pignon du centre culturel me rappelle que Pont-Château est la ville natale de Jacques Demy. J'avais oublié. On s'ébroue sous l'auvent du Leclerc, ça éclabousse jusqu'au présentoir des titres de Ouest-France : soleil, barbecues, piscines – la saison de tous les dangers. Au milieu des petites annonces placardées, je trouve enfin le programme de La Bobine. Soulagement, ce soir il y a Pater le film de Cavalier. Nous irons, la journée est sauvée et décidément placée sous le signe d'une cinéphilie obligée inspirée par la météo.
Hier j'avais lu un récit-souvenir de Dorothée Blanck sur le tournage de Lola (1960) et j'avais aussitôt fait le rapprochement avec la superbe photographie de plateau de Raymond Cauchetier que Charles Tatum avait récemment partagée sur son blog.
" Jacques Demy nous convie à choisir des costumes au studios Saint-Maurice pour faire des danseuses dans son film Lola qui sera tourné à Nantes. Au vu des oripeaux proposés, je préfère dépenser d'avance mon cachet en achetant une vraie guêpière que j'agrémente de strass autour du balconnet, et d'une jarretière noire piquée d'une rose, sur un collant résille. La panoplie parfaite de la pute. C'est ainsi que je me présente à lui dans les couloirs de l'hôtel de Nantes lorsque Jacques Demy demande à nous voir dans nos tenues, la veille du tournage. Je me campe au milieu des cinq autres actrices choisies, sûre de mon petit effet, la main sur une hanche galbée par les baleines. Au côté de Jacques Demy, se tient toute petite, Agnès Varda. En catimini, je demande à l'habilleuse :
" Qu'est-ce que fait Varda, sur ce film ?
– Comment ? Tu ne sais pas ? C'est la femme de Demy !"
J'ai aussitôt ramené ma poitrine provocante à la modestie qui lui était habituelle. "
In: La Dériveuse, 192 pages, 15 euros (distribué par l'auteur)
charles tatum
Bonjour Tilly,
Merci d’avoir déposé le formidable générique de Lola (mon film préféré, dans l’absolu). Ces plans de La Baule & Pornichet et les premières mesures de Legrand m’arrachent des larmes, à chaque fois. (Pas uniquement pour le cadre, la musique, les mouettes et la Cadillac. J’ai passé mon enfance à Pornichet.)
Bon.
J’apprends que Lola a été édité au Brésil (en VF, avec des sous-titres anglais et portugais). Peut-être avez-vous des amis portugais ou brésiliens qui aimeraient le savoir. Voici le lien avec l’éditeur, Lume Filmes :
http://www.lumefilmes.com.br/index.php?pg=show_filme&id=90
(Et merci pour l’info “La Dériveuse”. J’ignorais tout bêtement que Dorothée diffusait le livre. Je le lui commande sur-le-champ.)
charles tatum
Encore moi, pardonnez-moi, une précision tout bête…
La ville natale de Demy est une rares communes de France dont le nom possède “officiellement” deux orthographes.
Au yeux de l’Etat, le nom s’écrit bien Pontchâteau (la SNCF, société nationale, a donc, en l’occurrence, raison).
Pour des raisons obscures, les services municipaux l’écrivent Pont-Château.
Entre l’Etat et la commune, le département (la DDE) ne veut vexer personne et n’a pas opéré de vrai choix:
Venant de Redon, il est indiqué “Pont-Château” sur les bornes. Venant de Saint-Nazaire, c’est “Ponchâteau”. Ou vice versa, je ne sais plus.
La plupart des plumitifs de la grande presse ont résolu quant à eux le problème par la faute, en déclarant ad nauseam que JD est né à Nantes. On ne prête qu’aux riches.
tilly
Merci pour cet exposé limpide, cher Charles
Il est vrai que “Jacquot de Pontchâteau”, ça le fait moyen…
On rêverait d’une double rétrospective Demy-Varda qui serait présentée dans l’excellente salle La Bobine à P.
Le bonjour de Missillac où l’on est un brin jaloux de l’affaire du lama fou de Redon !
Tilly
info – du 15 au 20 août, concerts gratuits de musique de chambre dans les églises de Pontchâteau, Saint-Gildas des Bois, Genrouët et Missillac :
http://www.rencontresfrancoamericaines-musiquedechambre.com/
tilly
C’est en effet à pleurer car qui (comme moi) ne connaitrait Pornichet que depuis une dizaine d’années, ne reconnaitrait sur les images de Coutard que… la mer
Hervé Bienvault
Merci Tilly pour l’évocation de Jacques Demy et de formidable film. Dommage que le générique youtube coupe à Pornichet, après quand la voiture file dans la campagne, sur la route jusqu’à Nantes, cette délicieuse route D17 Savenay, Saint Etienne de Montluc, qui s’amuse amoureusement avec le tracé du train, je te voie, je te voie plus. Un pensée particulière pour ce film car ma maman travaillait alors à la Librairie du Bon Pasteur, elle se rappelle bien du tournage, Auguste Bellanger libraire bien connu des nantais que l’on reconnaitra à la caisse.
tilly
– ah que j’aime quand un billet fait venir à un ami des souvenirs d’enfance 😉
– en plus on apprend comme ça que la passion des livres de cet ami n’est pas complètement “spontanée” mais qu’elle est “héritée”
– sur le conseil de charles tatum j’essaie de me procurer le dvd du film… au Brésil !
– si ça marche je rêve d’une projection “privée” pour les amoureux de Lola
Hervé Bienvault
Et oui, le virus est bien dans la famille!
Tant de lieux nantais sont maintenant épris de l’âme de Jacques Demy, Lola, Une Chambre en ville. Merci à vous!