[lu] le regard de jean-bernard pouy sur combat de coqs, une peinture de rémy cogghe

Jean-Bernard Pouy – Les Coqs – Une lecture de Remy Cogghe, Combat de coqs en Flandre (1889), Roubaix – La Piscine, musée d'art et d'industrie André Diligent – Éditions Invenit, 34 pages, 9 euros, 2011

la couverture découpée laisse apparaître un détail au centre de la peinture reproduite sur le rabat, en l'ouvrant, le lecteur peut accompagner sa lecture du texte en gardant la peinture sous les yeux - cliquer pour agrandir Il est drôle ce Poulpe, non je veux dire, ce Pouy !

Contrairement à ma précédente lecture dans la même collection, toujours pour Libfly, cette fois je connaissais (un peu) l'écrivain mais pas (du tout) le peintre. L'association entre le roman noir et la peinture réaliste flamande était suffisamment capillotractée pour aimanter ma curiosité.

Je n'ai pas eu c'est vrai, l'effet physiologique de suprise de la première fois en recevant le paquet-poste pour participer à l'opération "Un éditeur se livre" avec un second titre.

Simplement ça se confirme : les éditions invenit ont inventé une forme de publication originale, très accessible (prix), et parfaitement adaptée aux contenus de la collection Ekphrasis. Et justement une collection, c'est fait pour l'être, collectionnée. Tentation pour les collectionneurs amateurs d'art, tentation pour les collectionneurs amateurs de littérature. Cela fait deux audiences captives au lieu d'une. Bel et bien joué !

Et Pouy alors ?


Il me fait rire, Pouy. On dirait un savant un peu barré qui possèderait le talent de se mettre à la portée de son auditoire en émaillant sa présentation technique de bons mots, d'expressions argotiques, de digressions, de pitreries et anecdotes. En faisant exprès des erreurs, en trébuchant sur l'estrade, pour amuser la galerie, avec des grands gestes et un air comique. Et bien sûr au bout du compte on retiendrait bien mieux son argumentation que celle d'un intellectuel bourré de certitudes et drapé dans son expertise certifiée.

Je vous donne un exemple de ce qui m'a fait rire. Il y en a plein d'autres.

(page 23) “ Non, Rémy Cogghe n'est pas un pervers symboliste. Ce qu'il a à dire, il le dit. Ce n'est pas parce qu'une veste est posée sur la rambarde, qu'on doit la retourner, la veste. Donc, c'est un combat de coqs, et baste.
Réaliste, certes, mais pas jusqu'au bout. ”

Pouy n'est pas oulipien pour rien. Et moi je raffole des jeux de mots laids, des associations d'idées biscornues.

Mais malgré tout, JBP construit très sérieusement son étude picturale. Il aborde classiquement les volets : sujet principal, sujets secondaires, lumière, mouvement, tonalités. Bon d'accord il hésite beaucoup quand il dépeint les parieurs du combat de coqs. Rémy Cogghe est-il inspiré par une salle de théâtre populaire ? Par une représentation dramatique houleuse ? Ou par une assemblée parlementaire agitée ?

A force d'hypothèses imbriquées, JBP prétend ne plus très bien savoir lui-même que penser de son analyse à ramifications. Il a trop tournicoté, il s'est étourdi, il est fatigué. Et il reste un paquet de questions ouvertes, qu'il nous laisse en partant comme des devoirs à faire à la maison.

– Victor Hugo abhorrait-il ou adorait-il les combats de coqs et d'autres animaux ?

– Emile Zola a-t-il testé l'impact de son J'accuse sur le public d'un spectacle avant de l'imprimer ?

– Faut-il chercher toujours à donner un sens à une œuvre, à l'interpréter, à tout prix ?

– Oui, dit Pouy, si ça vous fait marrer.

– Et oui aussi, si ça vous fait penser à des trucs de plus en plus sérieux comme les rapports de l'art ou de la politique avec l'argent.

– Oui, si ça vous fait rêver à une autre peinture qui viendrait en surimpression du Combat de coqs en Flandre pour créer une œuvre composite parfaite. Comme Les énervés de Jumièges d'Evariste Luminais, par exemple…

illustration pour wikipedia - Les Énervés de Jumièges (1880), Évariste-Vital Luminais - Jean-Bernard Pouy parle du tableau et le décrit d'une certaine façon, mais sa reproduction ne figure pas dans Les Coqs

(page 10) “ Dans cette optique perverse, jusqu'à présent l'oeuvre que je préférais, c'était Les Enervés de Jumièges d'Evariste Luminais, qui hantait les manuels scolaires et étonnait tous ceux qui, au détour d'une salle du musée de Rouen, comme si elle était punie, comme si elle était honteuse, découvraient cette immense, tragique et mystérieuse toile. ”

(page 29, dernières lignes du texte) “ Je rêve d'une oeuvre parfaite, celle dépeignant un combat de coqs se battant sur un grand lit dérivant en pleine Seine et sur des draps recouvrant “ les énervés de Jumièges ” qui auraient, pour l'occasion, invité Zola et Victor Hugo… ”

3 thoughts on “[lu] le regard de jean-bernard pouy sur combat de coqs, une peinture de rémy cogghe

  • Alain Baudemont
    18 mai 2011 at 12h31

    En quise d’un gentil Bonjour tilly,
    Loin des jambes au lieu clair-obscur de l’endormissement, pris dans les couches du demi sommeil, je sens à mon côté la trouble respiration d’un certain enfant, allongé, tout entortillé dans le drap nacré du bateau lit. Contenant du contenu, je suis ce lit sombre, qui lentement, au fil de mon péché, dérive, lancinant clapotis d’eau, vers le petit rien qui jamais n’efface. Il me faut pour ne pas hurler, toucher encore le nerf brûlé de l’enfant jamais né, tandis que monte le petit matin. Quoi ce tantôt, la Beaudour, déjà morte, à Chelles, je marche sur l’eau comme en terre sainte, je cours vers le bienheureux Maurille

  • Alain Baudemont
    18 mai 2011 at 12h34

    En guise d’un gentil Bonjour tilly,
    Loin des jambes au lieu clair-obscur de l’endormissement, pris dans les couches du demi sommeil, je sens à mon côté la trouble respiration d’un certain enfant, allongé, tout entortillé dans le drap nacré du bateau lit. Contenant du contenu, je suis ce lit sombre, qui lentement, au fil de mon péché, dérive, lancinant clapotis d’eau, vers le petit rien qui jamais n’efface. Il me faut pour ne pas hurler, toucher encore le nerf brûlé de l’enfant jamais né, tandis que monte le petit matin. Quoi ce tantôt, la Beaudour, déjà morte, à Chelles, je marche sur l’eau comme en terre sainte, je cours vers le bienheureux Maurille

  • tilly
    18 mai 2011 at 15h13

    – un commentaire pour chaque frangin cher Alain, ou un gentil jeu des 7 erreurs ?
    – quoi qu’il en soit je donne ma langue au chat, j’en vois pas, et je vous remercie pour les deux
    – c’est joli comme prénom Maurille, ça sent le sous-bois, peut-être un jour un petit-fils ?
    – et la mère morte ? Bathilde, Bathylle ? son petit nom devait être Tilly quand elle était petite avec une longue tresse dans le dos

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