[lu] le regard de maurice pons sur l’île engloutie, aquarelle de paul klee
Maurice Pons – L'Île engloutie – Une lecture de Paul Klee, Versunkene Insel (1923), LaM (Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut) – Éditions Invenit, 34 pages, 9 euros, janvier 2011
Comme le regard est le thème fondateur, à la fois de la collection Ekphrasis des éditions Invenit, et du texte de Maurice Pons, je commence par regarder le livre que je viens de recevoir dans le cadre de l'opération “ Un éditeur se livre ” organisée par Libfly.com, en partenariat avec les-agents-litteraires.fr.
Je vois un livret d'une trentaine de pages à la couverture vert olive. Sous le cartouche pour le titre et le nom d'auteur, il y a une découpe ronde, comme un hublot de bathyscaphe ou de scaphandrier. Au travers, on voit un bout de l'île engloutie… Ce que je vois me plait, déjà.
Un petit livre de forme classique et élégante qu'une astuce de présentation rend ludique et pratique à la fois. Le rabat de couverture où est imprimé la reproduction de l'œuvre de Klee permet, une fois déplié, d'avoir le tableau sous les yeux tout en lisant le texte. Simple, malin et efficace. Pas grand-chose d'un livre d'art, et surtout pas le prix (9 euros) !
Bon, vous allez penser : la forme ça va, on a compris, elle aime. Mais le fond ?
Le fond de quoi répondrait niguedouille : le fond de l'océan ?
Ah pardon, vous voulez dire le contenu ! Excusez-moi, je rêvassais.
Le texte de Maurice Pons c'est ça : une rêvasserie. Mais un rêve qui n'a rien de gnangnan bien au contraire. Un rêve à rebondissements !
Que j'avoue quand même n'avoir jamais rien lu de Pons… et pire, que je le confondais carrément avec Francis Ponge. L'éditeur place opportunément une courte biographie de Pons, et une autre de Klee, à la fin de l'ouvrage, avant la bibliographie complète – mais pas interminable – de l'auteur. On comprend pourquoi le couple Klee-Pons fonctionne. Le peintre suisse qui voulait être poète ou musicien, et l'écrivain français, comédien amateur, capable de transformer le cauchemar de la guerre d'Algérie en œuvre littéraire, ou d'inventer comme aussi Georges Perec les toiles d'un peintre qui n'a jamais existé, et d'en faire un roman.
Maurice Pons est certainement un charmant vieux monsieur qui rêve beaucoup, à moins qu'il ne s'amuse énormément à nous faire croire qu'il rêve, alors que tout est vrai, physique, scientifique, astrologique (comme il l'écrit) ! Vraie, la conjonction astrale de Beltégueuse avec l'Etoile du Kremlin et celle de l'île de Klee ! Vraie, la table de reproduction de documents de taille considérable qui équipe un atelier de reprographie tenu par deux vieilles filles méticuleuses, dans un petit bourg normand ! Et ainsi de suite jusqu'à ce que l'écrivain parvienne à ses fins : pénétrer le tableau, entrer, se promener, hanter un paradis célesto-aquatique à la rencontre du peintre qui l'a créé.
Comme le bâillement, le rêve c'est contagieux. Alors j'ai rêvé à la chanson de Trenet : En rentrant de l'école. Rêvé d'un sous-marin jaune qui plonge au fond des mers pour pêcher des oursins. Rêvé de la lune et des étoiles qui font du bateau à voile. Rêvé des images du Voyage de Chihiro de Miyasaki.
L'Ile engloutie est un livre à rêver. Dans mon rêve je rencontrais Maurice Pons devant les vitres bleutées de l'aquarium du Tocadero, je lui serrais la main et je lui disais :
– Merci Maurice, c'est magnifique tout ça. Je peux bien vous appeler Maurice maintenant, n'est-ce pas ?
marina
Décidément tu m’étonneras toujours Tilly, Parce que Maurice Pons, voilà un auteur méconnu, que je n’ai croisé que parce que je travaillait dans l’édition…Un homme délicieux qui avait eu la chance d’avoir une maison sur un bras de la Seine en Normandie qu’il faisait partager à tout le milieu artistique et littéraire, surtout en été…D’où un livre assez amusant …sur le “moulin d’Andé” , lieu magique et fertile chez Quai Voltaire…Et puis il a écrit un livre sombre, âpre, très beau, étonnant pour ce bon vivant, plutôt rieur….”douce amère” au Dilettante…..Je l’avais un peu oublié…merci de m’avoir fait penser à lui.
tilly
mais j’y suis pour rien… le hasard, un coup de cœur ! juste rester à l’affût des bonnes occasions, un brin curieuse, pas trop blasée, n’est-ce pas Marina ?