[verbatim] Nabe l’anti-éditeur, ou comment internet a débouché les oreilles des lecteurs

et décousu la bouche libéré la parole de l'écrivain

En 2006, Marc-Edouard Nabe écrivait : “ Je marche par le bouche-à-oreille ; mais souvent la bouche est cousue et l’oreille bouchée… La plupart des libraires m’enfouissent comme si j’étais un déchet nucléaire ! ”. Le 16 février dernier, sur Europe 1, Michel Field interrogeait l'écrivain sur les nouvelles formes de censure des écrivains et de leurs œuvres. J'ai fait une transcription verbatim de cette partie de l'émission, en voici d'abord quelques extraits :

grâce à internet la parole de l'écrivain est libérée, et les oreilles de ses lecteurs sont débouchées “ Aujourd’hui, ce qui fait vendre un livre, c’est le bouche-à-oreille, principalement. C’est ça qui compte, et évidemment internet est un excellent haut-parleur de ce bouche-à-oreille. ”

“ La nouvelle censure, c’est le boycott. En effet médiatique, mais aussi le boycott des libraires, et évidemment surtout des journalistes. Vous savez, le choix des journalistes et le choix des libraires pour mettre en avant des livres, est une sorte de censure. Ce choix est déjà une façon d’exclure ou d’adouber certains ouvrages. ”

“ Tous ceux que j’appelle des parasites, il faut les faire éjecter. Il faut les sortir du jeu. Il faut récupérer le lecteur. Moi, j’ai bien eu cette expérience, vous venez de le dire. Ces six mille lecteurs m’étaient interdits. Y’avait un blocage, quelque chose qui bouchait l’accès à ce que j’écris, pour ces lecteurs. Et inversement. J’ai récupéré le contact direct, chair à chair, ce qui est paradoxal puisque ça passe par internet, entre mon écriture et ceux qui voulaient la lire. ”


“ Cette censure elle commence à partir du moment où les lecteurs ne savent pas que le livre existe parce qu’il y a des supports médiatiques qui refusent d’en parler. Ensuite les libraires eux-mêmes, ou ils ne les prennent pas, les livres, ou alors ils les vendent très mal. Ils sont complices. Il faut pas oublier que tout le monde journalistique est complice du monde des libraires, pour faire sauter quoi ? Ben, pour faire sauter l’écrivain, voyez. Donc il faut le récupérer, et il faut le remettre en contact avec le lecteur.
Le lecteur ne peut pas savoir si un livre existe en dehors des médias…
C’est ça qu’on a essayé d’inculquer comme propagande. Eh bien non, c’est pas vrai. ”

 

4 thoughts on “[verbatim] Nabe l’anti-éditeur, ou comment internet a débouché les oreilles des lecteurs

  • Alain Baudemont
    24 février 2011 at 14h20

    Bonjour, chère tilly,
    Je suis parfaitement en accord avec Marc-Édouard Nabe quand il dit que “Aujourd’hui, ce qui fait vendre un livre, c’est le bouche-à-oreille, principalement. C’est ça qui compte, et évidemment internet est un excellent haut-parleur de ce bouche-à-oreille. ” Je pense, chère tilly, que si vous avez décidé d’écrire sur votre Blog ce mot de Nabe, c’est que vous êtes, vous aussi, tout à fait d’accord, n’est-ce pas. Mais, dans la même veine, est-ce qu’on peut dire aussi qu’il n’est pas juste (à mes yeux, il n’est pas juste) non plus d’écrire que “Le lecteur ne peut pas savoir si un livre existe en dehors des médias…” . Il y a quelque chose de troublant dans ce que j’énonce là, et dans tous les sens qu’on le prenne, bien sûr que oui, un lecteur peut savoir en dehors des médias qu’un livre existe.
    Chère tilly, je vous pose une question :
    “Vous a-t-il semblé, dans un moment de votre vie, que parvenu à ce qu’on vous fasses naître, vous étiez mieux d’être née, en quelque sorte, mieux comme par exemple “enfin sortie” d’une quelconque mais jolie boîte à chaussures ?
    Bon, ma question est tournicoti ou tournicoton, zébulon mais ah, pardon, c’est ma question…

  • tilly
    24 février 2011 at 15h05

    Ça alors, cher ab, êtes vous magicien ? êtes vous Mandrake ?
    En choisissant cette intervention de Nabe pour l’afficher sur mon blog, c’est évidemment parce qu’elle me “parle” comme elle vous “parle”, et d’ailleurs je pensais alors à vous, sans mot dire.
    Et plop ! vous voici là !
    Je suis surtout d’accord avec ce que j’ai compris que Nabe voulait dire (et qui n’est pas forcément ce qu’il veut dire). A savoir :
    – un auteur qui n’est pas introduit dans le système éditeur+relations-publiques+libraires, et qui n’utilise pas internet pour se faire connaître, restera inconnu (0+0=0)
    – un auteur qui bénéficie du système E+RP+L mais qui ne profite pas de l’effet haut-parleur des réseaux sociaux et internet, n’a qu’une très infime chance de faire se rencontrer son œuvre et son public (1+0=0)
    – un auteur qui ne croit pas au système, mais qui sait utiliser les réseaux sociaux et internet, a une chance proportionnelle à ses efforts pour faire connaître son œuvre à son public via internet (0+1=1)
    – un auteur qui utilise le système, et qui sait utiliser blablabla… à mon avis, c’est pareil, sa chance de faire connaître son travail dépend surtout de ses efforts personnels et de son réseau sur internet
    En dehors, en dedans ? elle est affolante cette question, n’est-ce pas !
    Par contre je sèche complètement sur votre question subsidiaire, bien que sachant que c’est toujours celle-là qui mène au trésor.

  • Alain Baudemont
    24 février 2011 at 15h59

    De vous, le dernier influe en sort, et vous êtes bien mieux sur le chemin qui vous reste encore à parcourir, acceptant de ne plus chercher à comprendre, comment la Source des sources coule en vous, et vous donne vie. (chère tilly, lisez la phrase à voix haute et écoutez là)
    J’aime bien, chère tilly, ce que vous écrivez “celle-là qui mène au trésor”…
    ps : j’avais deux fois envoyé le message car il y avait une faute dans le premier “que parvenu à ce qu’on vous fasses”, tandis que dans le deuxième “que parvenu à ce qu’on vous fasse”. Le deuxième était sans faute et c’est lui que vous avez effacé. C’est drôle, non.

  • tilly
    24 février 2011 at 16h31

    faute avouée est doublement pardonnée 😉

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