[niguedouille] raymond aron plutôt que françois mauriac
J'ai pris le 89 à deux pas de chez moi ce matin. Jusqu'au bout de la ligne vers l'est. Presque une excursion touristique par un joli soleil d'hiver.
Montparnasse, Rennes, Vaugirard : rien de remarquable avant la grille du Jardin du Luxembourg.
La voix féminine du bus égrène ensuite des arrêts tentateurs : Musée du Sénat, Panthéon, Lycée Henri IV, Institut du Monde Arabe, Jardin des Plantes. Je ne me laisse pas détourner du but que je me suis fixé de longue date.
Dans la dernière partie du voyage le bus longe la rive gauche de la Seine. Ce sont des quartiers neufs que je ne connais pas encore bien. On passe au ras des façades d'immeubles de bureaux modernes. Si près, qu'on louche à vouloir les visiter des yeux. Trop vite, pour pouvoir s'attarder sur les piles de dossiers qui croulent, et les écheveaux de cables qui palétuvent derrière écrans et imprimantes. Souvent en rez-de-chaussée, il y a des cafétérias ou des restaurants d'entreprise encore vides. Sur les tables bien alignées, les carafes d'eau sont déjà disposées. Reste l'impression d'un travelling de cinéma au milieu d'un décor en fabrication, avant l'arrivée des figurants du film.
Le bus tourne brusquement à droite, je pense être arrivée.
La prochaine fois je descendrai à Raymond Aron, plutôt qu'à François Mauriac.
Ouais, je ne savais pas. C'était la première fois que j'allais à la BFM pour autre chose qu'une expo ou un séminaire.
J'ai lu Entrée Ouest, Salles Etude, et j'ai cru que c'était ça, mais non. En fait j'aurais dû entrer par l'est.
D'ailleurs quand je me suis présentée à un comptoir d'accueil pour obtenir une carte d'accès :
– c'est pour les salles étude ou recherche ?
– heuh… étude, je crois… ?
– vous devez le savoir : l'étude c'est libre, mais la recherche, non !
Avec un petit supplément d'explication j'ai finalement compris et me suis excusée pour ma confusion de béotienne. C'était bien un accès aux salles recherche dont j'avais besoin. Un comble quand on a (presque) milité pour le logiciel libre que devoir faire de la recherche contrainte !
Ce que je ne savais pas encore (mais qui est bien compréhensible), c'est que pour obtenir l'autorisation de travailler en bibliothèque recherche (rappelez-vous : étude, c'est libre !), il fallait l'accréditation d'un agent bibliothécaire sur… en quelque sorte… ma candidature ! Moi qui n'ai jamais aimé les entretiens d'évaluation, je n'avais pas vu venir celui-là ! Qui s'est finalement pas mal passé du tout… comme quoi.
Au début c'était facile :
– votre recherche porte sur quoi ?
Mon bibliothécaire n'avait jamais entendu parlé de SB, mais j'ai senti sa curiosité quand je lui ai décrit Madame Documentation en quelques traits. J'ai pas osé dire quel avait été son rôle à la BnF (pas des moindres, pourtant).
J'ai quand même eu un peu peur quand j'ai compris tout à coup à ses questions que mon statut amateur ne jouait pas du tout en ma faveur, bien au contraire :
– vous avez déjà écrit, publié ?
– non pas vraiment, juste quelques articles dans des revues techniques, il y a longtemps… et puis j'ai un blog, depuis six ans…
– mais vous avez un contact avec un éditeur, un contrat, une lettre d'intention, pour votre dossier ?
– ben, non… mais j'ai décidé de m'inscrire sur la plateforme d'édition communautaire de Léo Scheer… (je reconnais avoir sorti ça un peu en désespoir de cause)
– vous avez rencontré Léo Scheer ?
– heuh… sur internet ! (c'est vrai puisqu'il répond à mes commentaires sur son blog)
Il était gentil mon examinateur, mais je sentais bien qu'il doutait un peu du sérieux du projet de la petite dame en face de lui.
Pour aggraver mon cas, quand il m'a proposé un mois d'accès je lui ai dit que ça ne suffirait pas !
Comment lui expliquer que c'est une expérience, un défi personnel que je me lance, l'envie de me mesurer à quelque chose d'un petit peu difficile et nouveau. Toujours… cette curiosité !
Finalement il a pris sa décision puisqu'il m'a demandé de me tourner vers l'objectif d'une petite camera accrochée au mur. Clic clac photo.
Délestée de soixante euros, je suis ressortie avec ma précieuse carte rouge valable pour un an.
Il me reste à faire comme Gilda (que je remercie pour m'avoir montré le chemin !) : un planning des demi-journées où je vais aller travailler à la BnF (je vise un rythme de 1 à 2 fois par semaine), et les réservations correspondantes par internet pour une place en salle de recherche, et les documents que je veux consulter (catalogue en ligne).
leblase
Je dis bravo. Courage aussi.
tilly
Cher Maître91, ton message va me servir de grigri, doudou et autre talisman pour aller au bout de la tâche, merci !
JLB
ben là alors, bluffé le frérot !
Et puis il commence très bien ton roman. Mêler le quotidien à l’insolite, le suspense à un humour léger. J’ai hâte de lire la suite ;))
Mais pourquoi Sarah Bernard ?
tilly
Mais pourquoi pas… cher Jean-Louis Barrault 😉
gebe
C’est mon souvenir d’une démarche faite il y à 4 ans, un peu une même découverte.
Sauf un trajet moins agréable que le bus. Mais j’avais préparé mon dossier en suivant les indications du site BNF, c’est tout de même à Richelieu pour les estampes et les manuscrits que j’ai eu le plus de plaisir, mais ma carte pour un seul mois a suffi pour les deux sites en venant presque chaque jour et en s’organisant bien!
Bonne année et amitiés Gérard
Pour compléter un message ancien:
http://delteil-forcioli.yolasite.com/resources/Jeanne%20tous%20les%20extraits%2014'34.mp3
tilly
Merci Gérard, bonne année aussi à vous et Ingrid !
Je suis ravie de marcher dans vos traces…
J’irai aussi à Richelieu pour voir la fameuse salle des catalogues que SB y avait installée.
Effectivement, mon planning est plus cool que le votre 😉
La belle-nièce singapourienne
Merci pour le lien! Je vais suivre ça avec attention. Par contre, je vais peut-être devoir attendre 2012 car je n’écris qu’en anglais.
Mais je dois avouer que je suis bien curieuse.
Bonne chance pour tes recherches. Avoir un environnement studieux est clairement un plus pour te mettre à écrire. Couper Internet aussi d’ailleurs (chose que je fais très rarement)
D’ailleurs, j’ai une question: cahier/stylo ou ordi/word? Quelle est ta préférence pour te mettre à écrire?
Magali
des fraises et de la tendresse
Eh bien, tu sais donner envie de lire la suite. A toi de te montrer à la hauteur de cet examinateur. Mais oui tu peux le faire. Non, je ne te mets pas la pression. J’ai très envie de connaître la suite. Et suis ravi de cette nouvelle aventure que tu sais nous rendre savoureuse.
tilly
Ouh là, mais on est pas couchées si je commence à te répondre… surtout toi, d’ailleurs 😉
J’y reviendrai, c’est sûr, mais voici quelques bribes pour ne pas te laisser sur ta faim :
– cahier/crayon pour les brouillons
– mise au propre des brouillons sur ordi en texte simple (avec le moins possible de formatage, donc j’exclus RIGOUREUSEMENT Word à ce stade !)
– pour la fabrication de l’épreuve (recoller les morceaux, composer, fignoler, ajouter les styles, etc.) c’est encore un peu tôt pour te dire quel format de texte ou logiciel je vais utiliser, mais je souhaite le plus simple, le plus libre, le plus ouvert, le moins cher…
J’ai toujours fait ça dans ma vie d’avant pour les papiers techniques, et je pense adapter la méthode pour un écrit un petit peu plus littéraire.
Je te raconterai comment se passent mes journées BnF, je commence la semaine prochaine. Je ne compte pas amener d’ordi, au moins au début. Côté téléphone, je suis tranquille, j’ai une grande capacité à oublier de l’entendre sonner (Audrey me le reproche beaucoup) !
Bonne nuit Magali 😉
tilly
C’est gentil ça Laurent, merci !
Tiens une envie de te taquiner… j’ai mis un peu sournoisement dans mon texte (du début) un hommage au style de Nabe : sauras-tu le relever ?
La belle-nièce singapourienne
23h42. Oui je devrais dormir. Mais il se trouve que ma muse est un oiseau de nuit et ne me parle qu’entre 21h et 2h du matin.
Je vais donc écrire ce qu’elle me susurre à l’oreille depuis deux bonnes heures ou sinon elle va m’empêcher de dormir.
Et après, promis, dodo.
Bonne Nuit Tilly:)
des fraises et de la tendresse
Pfff ben euh, je connais pas assez bien Nabe pour ça. Et puis maintenant que je suis sorti du placard, je peux le dire, je n’aime pas Nabe, na. Non mais oh. Je préfère te lire, toi. Mais je vais quand essayer d’aller au bout de cette interview par j’sais plus qui.
tilly
bon tant pis… le challenge reste ouvert 😉