[fille de témoin] sur les champs élysées, 11 novembre 1940
In: Remembrances de Charles Bayard
" … je m'inscrivis dans un cours d'anglais en octobre 1940 ! Il avait lieu à la Sorbonne et j'étais probablement le seul ouvrier noyé parmi les lycéens en difficulté, élèves d'une vieille anglaise bloquée par la guerre à Paris. C'est ainsi que je me rendis le 11 novembre 1940 à la première manifestation gaulliste à l'Arc de Triomphe. Pas très nombreux, nos groupes clairsemés, sur la place de l'Etoile et les Champs Elysées, étaient pourchassés par des petites voitures militaires allemandes, les Kubelwagen, ancêtres de la jeep. "
leblase
J’imagine la dose de courage et d’inconscience (mais comment pouvaient-ils prendre l’exacte mesure de la monstrueuse machine à laquelle ils s’opposaient)qu’il fallait pour se comporter avec cette droiture.
Je l’admire d’autant plus que, l’histoire ayant la fâcheuse manie de bégayer, on ne peut pas dire que les jeunes manifestent un grand engagement pour les luttes fondamentales (je parle pas des sous)
tilly
j’imagine, CherMaître91, qu’ils honoraient en manifestant leurs pères qui avaient “fait” la Grande Guerre, et tous ceux qui partis à l’âge qu’ils avaient le 11 novembre 40, n’en étaient pas revenus, ou étaient revenus cassés (comme mon grand-père gazé au Chemin des Dames).
leblase
Oui, ou cassés mentalement. La société demande une chose incroyable, parfaitement irréaliste à ces jeunes qu’elle envoie périodiquement au massacre (massacre des siens ou des adversaires): la paix revenue, comportez-vous comme si vous n’aviez pas été transformés en bêtes féroces, en êtres insensibles à l’autre.
La société est peut-être folle?
J’ai ainsi connu un brave gentleman Anglais représentant en produits pharmaceutiques. Un soir que nous buvions du whisky (as du Bruichladdich) il m’a avoué qu’il était commando pendant la guerre et que son job consistait à égorger les sentinelles. Du jour au lendemain il a été démobilisé et s’est mis à vendre de l’aspirine…