[rentrée littéraire] grandir, roman de sophie fontanel
chez Robert Laffont, août 2010, 145 pages
Voici ma troisième lecture pour les Chroniques de la
rentrée littéraire, en partenariat avec Ulike et Cultura.
La première est ici, la seconde est là.
Pourquoi : roman ?
C’est un texte émouvant et lisiblement
autobiographique, mais il n’est pas romanesque pour un sou. C’est
l’autoportrait d’une grande femme (comme on dirait “une grande fille”)
qui vit difficilement mais courageusement, le moment dans sa vie où sa
relation avec sa mère va s’inverser pour toujours.
Pourquoi : grandir ?
Toute
petite, Sophie Fontanel était déjà très grande… Mais ce que veut
montrer l’auteur, en dehors d’un ton de sympathique auto-dérision, c’est
qu’une fille (ou un fils) n’aura jamais fini de grandir tant que ses
parents n’auront pas franchi le cap où ils acceptent enfin l’aide qui
leur est nécessaire pour aller au bout de leur vie.
A presque
cinquante ans, elle comprend ce que sa mère s’échinait à lui donner en
héritage de son vivant depuis longtemps, et qu'en fille rebelle, elle s’obstinait à refuser :
l’accès à la maturité, à la bienveillance, à la douceur, à l’écoute.
J’ai bien aimé
qu’avec cet ouvrage, Sophie Fontanel déchire en petits morceaux le
cliché rebattu d’enfants adultes devenus les parents de leurs parents
retombés en enfance. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Sophie
Fontanel explique que pour elle, le lâcher prise de sa maman est au
contraire un geste éducatif, le dernier, celui qui enfin la fait
grandir.
Le portrait de la maman grabataire est joli et tendre,
un peu idéalisé, certainement. C’est là que réside la faible part
romanesque du livre, finalement.
Grandir est peu construit : pas
de chapitres, juste des courtes scènes, sensiblement de la même longueur
(deux pages imprimées), et juxtaposées sans souci de la chronologie.
Cela donne une impression de désordre, de confusion, d’urgence, qui est
peut-être voulue par l’auteur pour illustrer la maladie de sa mère, et
les chambardements dans sa propre vie quotidienne entre boulot, hosto,
dodo.
Pourtant dans la situation exposée (dans la vraie vie), il
existe malheureusement une (dé)progression inéluctable de la personne
âgée, que Sophie Fontanel évite de souligner comme si c’était seulement
elle, la fille, qui sortait changée (en bien) de l’épreuve, pas la vieille dame.
Encore
une fois, c’est un témoignage poignant, une expérience de vie décrite
avec talent, mais ce n’est pas un roman. Sophie Fontanel n’a pas su
choisir vraiment entre l’essai illustrant un problème de société
(d'une journaliste) et le récit intime romancé (d'un écrivain). Dommage.
Une jolie phrase prise au hasard (enfin, presque) : “ avec l’humour, un temps, on peut se croire immortel “
leblase
Ta critique révèle ce que je soupçonnais, à savoir une grande démonstration d’égocentrisme (bien sûr tu le dis avec plus de délicatesse que moi), un penchant devenu classique (obligatoire?) dans la production éditoriale française.
Voila pourquoi je suis toujours plongé dans la littérature venue d’autres horizons.
tilly
– houlala tu ne laisses aucune chance à nos jeunes ou moins jeunes zauteurs !
– il doit bien y en avoir un ou deux (plus j’espère) à sauver, mais je te l’accorde ils sont bien cachés dans l’avalanche étouffante de chaque rentrée littéraire
– effectivement des trois bouquins qui m’ont été “confiés” cet été pour en faire la chronique, c’est le roman islandais Rosa Candida qui m’a donné un vrai plaisir de lecture, et donné l’envie de relire tout Selma Lagerlöf
Laurent
jolie critique
tilly
cher laurent, j’aime tes commentaires… même courts 😉
l'auteur
Bonjour Tilly…. j’ai l’impression d’avoir déjà lu ta critique quelque part…
tilly
Bonjour : elle avait été publiée sur le site des chroniquesdelarentreelitteraire.com (je donne le lien) quelques jours avant que je la poste ici