[lu, défi] la vieille qui marchait dans la mer, roman de san-antonio, 1988
Daniel Fattore, blogueur suisse, a lancé un défi-lecture de l'œuvre du plus suisse des écrivains français :
Frédéric Dard, disparu il y a dix ans.
Toutes les informations en cliquant sur le logo du défi, ci-contre.
Les chroniques des premiers participants qui ont rendu leur copie sont en liens sur cette page. Avis aux nombreux amateurs de San-Antonio : le défi reste ouvert jusqu'au 26 décembre 2010 !
Pour ma part j'ai répondu à l'appel à lecture commune du roman qui fait l'objet de ce billet : La vieille qui marchait dans la mer.
Mon premier San-Antonio (donc Frédéric Dard), mais sans le commissaire homonyme, ni Bérurier et ses potes que je ne connaissais de toute façon que de réputation.
Extraordinaire premier chapitre : où l’extravagante, richissime, et très vieille Lady M. se promène les pieds dans l’eau, au bras d’un jeune éphèbe mal dégrossi, sur une plage des Caraïbes — comment elle décide de faire l'“éducation” du mignon dans plusieurs des sens du terme — comment elle l’invite à la suivre pour faire partie de sa vie de grande aventurière.
Le dernier chapitre n’est pas mal non plus : où la boucle est bouclée — où Lambert passe du statut d’”invité” cynique de Lady M. à celui de tendre protecteur attentionné — où Lady M. lâche enfin prise, se laisse aller au gâtisme et devient pour le pire, “la pensionnaire” de son “éternel invité”.
Entre les deux, le début et la fin, comme dans un sandwich trop riche, ça dégouline de morceaux de bravoure et de rebondissements scénarisés jusqu’à la caricature.
Ne voulant pas que l’on pense que je suis une petite nature devant les nourritures littéraires un peu grasses, je me suis vaillamment accrochée jusqu’à la fin (page 332), et je n’ai pas regretté même si les premières pages m’avaient fait miroiter plus de finesse et d’originalité dans l’ensemble.
Dans La vieille il y a plusieurs romans, pour plusieurs lecteurs.
Moi j’aurais volontiers laissé tomber les méticuleux montages d’arnaques dignes de Mission Impossible, et je n’aurais gardé que les deux “couples” (Lady M./Lambert, Pompilius/Noémie) et leurs empoignades, en virant au passage l’attendue scène d’échangisme qui n’apporte pas grand-chose à mon avis.
Un peu too much donc, avec quelques personnages et tableaux bien peints, mais inutiles à mon goût.
L’idée de génie de ce roman, c’est le dédoublement des deux personnages principaux : Lady M. et Lambert.
Chacun d’eux possède sa propre voix intérieure qui lui permet de “lâcher la vapeur” en s’adressant intimement à un interlocuteur bien choisi qui le comprenne.
Lady M. s’adresse à Dieu, sans châtier son vocabulaire. Son jardin secret, son coin pour se ressourcer, c’est Dieu qui est dans sa tête et à qui elle parle, dit-elle.
Lambert qui ne “sent pas Dieu”, a choisi de prendre Lady M.(sa Milady) secrètement à témoin de ses pensées et de ses fantasmes.
La distinction et la délicatesses n’étant pas des attitudes qui leur soient naturelles, à l’un comme à l’autre, il leur faut passer par cet exutoire pour ne pas se trahir en (bonne) société, tout en restant fidèles à leurs vraies racines. Pour chacun d'eux, cette sorte d’auto-confession libératoire intérieure est le moyen de mettre leurs sentiments à nu.
C’est un peu comme si Dard-Shiva jouait la partition de son roman à quatre mains… Le système des monologues intérieurs s’intercalant dans les dialogues “sonores” est original et particulièrement réussi, stylistiquement.
Le summum de la virtuosité est atteint à la fin du roman : la pauvre Milady perdant le sens de son intériorité, raconte à trois reprises, à voix haute et dans des termes presque identiques, le terrible souvenir de petite enfance qui est à l’origine du secret de toute une vie de non-dit.
J’aimerais bien savoir : comment ce roman fut-il reçu en 88 ? Les fans de San-A ont-ils été surpris ? Déçus ? Enthousiastes ? Que disaient les critiques littéraires ?
A cette époque, il n’y avait pas encore de blogs de lecteurs, qui comme on sait aujourd’hui, à de rares exceptions près (je salue Daniel Fattore !), sont des blogs de lectrices.
Je me trompe peut-être, mais je perçois que le lectorat “de masse” de San-Antonio était alors, et est encore aujourd’hui, très masculin, voire macho.
Mais dans La vieille qui marchait dans la mer, il y a la révolte, puis le désespoir et la résignation devant le vieillissement, et ça nous touche, nous les ladies !
Et cela me touche que cela soit un homme, et que ce soit San-Antonio, qui décrive cet état d’esprit avec une telle force et une telle précision. Car c’est Lady M., son personnage féminin âgé qui est le plus juste et le plus beau dans ce roman, jusque dans son outrance.
Les pages à la fin du roman, dans lesquelles Frédéric Dard décrit Milady commençant à perdre ses repères et à sombrer, sont terriblement véridiques pour qui a assisté de près au naufrage d’un être proche. Je me suis dit qu’écrivant La vieille à plus de soixante ans, Frédéric Dard vivait sans doute cette épreuve au quotidien pour la décrire ainsi de façon si précise et si poignante : sa mère, peut-être ?
“ Chaque jour me tue et les jours de mon âge sont plus meurtriers que les jours des êtres jeunes. “
Didi
Tilly tu es sévère avec toi :-O
Ta chronique est excellente et tu as parfaitement su donner ton avis sur ce livre avec surtout des points sur le style de l’auteur 🙂
Et tes questionnements sur le lectorat de SA sont aussi les miennes !
Vivement de voir également les avis de la lecture commune organisée par DF !
(Je copie colle ce commentaire sur ton blog )
Je te tutoie n’hésite pas à le faire pour moi 😉
Au plaisir de nos échanges !
JLB
chère Tillou,
je n’ai pas lu (ontamoi) San-A mais j’ai lu “La méthode Mila” de Lydie Salvayre et je comprend tout à fait ce que tu dis à la fin de ton billet.
tilly
et comment que je vais te tutoyer… 😉
quant au lectorat de San-A je suis pas sûre que la lecture commune va beaucoup nous éclairer sur les réactions des gentlemen, y’a que des ladies dans la liste, non ?
à très vite sur la toile, didi
tilly
ben voilà, un titre de plus dans ma pal comme disent les blogueuses-livres
tu me le passes le Salvayre ?
je te l’échange contre mon San-A
à très vite dans l’Orléanais
ramses
Chère Tilly,
J’ai lu, je pense, l’intégrale de SA… Cette “Vieille” trône toujours dans ma bibliothèque, mais j’avoue que je ne me souvenais plus de l’intrigue… Elle est toujours d’actualité, dans le feuilleton “Liliane B./François-Marie B./Patrice de M.” !
Les vieilles Dames ont toujours des “protecteurs”, surtout si elles sont riches !
tilly
– mais alors ramsès, qu’attends-tu pour relever le défi de Daniel Fattore ?
– j’avais bien pensé en ouvrant le bouquin à l’actualité du duo… mais ça tient pas la distance :
– l’écart entre Lambert et Milady est de soixante ans au bas mot, FMB est largement battu
– et puis Lady M. est autrement plus poilante que Liliane
– et Lambert finalement, est un chou à la crème 😉
Didi
😉 oui copions collons et tutoyons nous 😉 Tilly !
Pour la lecture commune oui en effet le lectorat est uniquement constitué de Ladies … Mais dans les lectures autres sur le défi SA de Daniel Fattore on trouve bien d’autres participants homme cette fois 🙂
Va falloir les motiver à cette LC ! Hop Hop Hop Messieurs Lady M. vous attends 😉
Bises Tilly !
Poésie Poésie
Mon mari est un fan absolu de SA et avait à l’époque adoré ce surprenant roman. Il avait d’ailleurs insisté pour que je le lise et depuis j’ai lu tous les Frédéric Dard qui ne sont pas des SA (trop vulgaires pour la chochotte que je suis lol…). Pa
Poésie Poésie
Suite et fin….par contre je n’avais pas du tout aimé l’adaptation cinématographique qui en a résulté. J’espère que tu vas bien. Bonne rentrée !
tilly
Très bon, ça. Merci poésie pour tes “2” commentaires, c’est bon pour mon compteur 😉
Je n’ai pas vu le film et ne suis pas impatiente de le voir ;(
Oui, ça va très bien, mais “rentrée” est un mot qui disparaît peu à peu de mon vocabulaire ! Je m’y remettrais quand j’aurais des petits-enfants (pas l’ombre d’un pour le moment).
Donc très bonne rentrée (crèche ? maternelle ?) pour toi !