[rentrée littéraire] rosa candida, roman de audur ava ólafsdóttir

traduit de l'islandais par catherine eyjólfsson, éditions zulma, août 2010, 333 pages

19 euros sur amazon.com à partit du 19 août

Début juillet, il devenait évident que l’été serait chaud.
site des Chroniques de la rentrée littéraire

Une bonne raison déjà pour choisir ce roman islandais parmi les nouveautés
proposées par Abeline Majorel pour en faire une chronique dans le cadre d’un partenariat entre Chroniques de la
rentrée littéraire
, Ulike et Cultura.

En plus : un très joli titre, un nom d’auteur délicieusement ethnique
(retenir fille d’Olaf, et Ava comme Gardner), et une couverture graphique
particulièrement attirante qui m’a rappelé les dessins et les couleurs
finlandaises des tissus Marimekko dans les années 80.

Le personnage principal se prénomme Arnljotur  - avec un accent sur le o que
je n’arrive pas à composer.
Mais la singularité du jeune homme ne tient pas seulement à son nom imprononçable…
Il est le narrateur et le héros d’un insolite voyage initiatique.
A l’écouter
– quand je lis, j’entends des voix – rien de plus normal que d’être quasi
orphelin à vingt ans, jeune père d’une petite fille non désirée mais tendrement
aimée, et de quitter seul son pays de laves noires et de mousses grises pour
tailler la route et suivre son étoile personnelle qui a pris la forme d’une rose
pourpre à huit pétales.

Sa rosa candida mènera Arnljotur à travers plusieurs frontières jusqu’au
jardin monial oublié dont il a projeté de longue date la restauration : Le
Merveilleux Jardin des Roses Célestes
.

Que fuit Arnljotur ?
La douleur de la perte brutale de sa mère ?
Ses fardeaux
 : un vieux père presque octogénaire déboussolé par son veuvage récent, un frère
jumeau autiste, un bébé accidentel ?
Ses propres questionnements tranquilles
mais obsessionnels sur la mort et sur le sexe (il dit “le corps”) ?

Au cours du voyage il rencontre successivement des personnages qui le mettent
sur le bon chemin, au sens propre comme au sens figuré. Le plus étonnant d’entre
eux est Frère Thomas, le moine cinéphile pour qui : “La beauté est dans l’âme de
celui qui regarde.”

C’est ce même Frère Thomas qui l’aidera à y voir clair dans ses sentiments
pour la maman de sa fille Flora Sol – avec toujours le même accent grave sur les
o, que je ne sais pas composer.

Une histoire à dormir debout ? Un conte ? Une quête allégorique ?
Peut-être aussi, mais pas seulement. J’ai aimé être transportée sans me poser
de questions dans l’univers peu banal d’un personnage original, positif et
lucide, tendre et finalement raisonnable dans sa douce folie. J’y ai cru.

Le charme étrange de l’histoire tient au dépaysement imposé au lecteur (surtout non
islandais !) et qui est encore amplifié par l’absence de références culturelles
ou géographiques clairement identifiables.
Il faut se laisser déraciner, comme
fait le jeune jardinier en quittant les siens. Comme les boutures de rosier
qu’il emmène dans ses bagages.

Aucun pays n’est jamais cité, même pas l’île glaciaire que le héros quitte au
début du roman.
Encore moins le petit pays méridional à la langue étrange menacée de
disparition où il arrive à la fin de son périple. Le lecteur peut imaginer : une
province des Balkans, d’Europe Centrale, de Grèce ? Aucun indice précis n’est
laissé, exprès, sans doute. Au lecteur d’imaginer la carte des déambulations du
héros : à l’heure de google maps et autres gps, c’est rafraîchissant et intrigaPortrait de Selma Lagerlöf par Carl Larsson en 1906nt !

Je me suis souvenue avoir éprouvé les mêmes joies de lecture en dévorant les
romans de Selma Lagerlöf, il y a de très nombreuses années. La neige, la nuit,
la mer gelée, puis les fleurs au printemps, le dégel de la terre, le jour
retrouvé, la Dalercarlie que je n’ai jamais cherchée sur une mappemonde mais qui
m’était devenue familière, les destins contrariés du pasteur Gösta Berling et de
la belle et tendre Ana Svärd. Tout cela m’est revenu en mémoire en lisant le
merveilleux voyage de Arnjlotur, – dit aussi, et c’est plus facile, Lobbi.

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