[extrait] mes prix littéraires, recueil de textes et discours de thomas bernhard

Dans la même année 1967,  Thomas Bernhard se voit décerner le prix d'État autrichien de littérature et le prix Anton-Widgans attribué par la fédération des industriels autrichiens (sic). Mais le discours politiquement incorrect de Bernhard lors de la remise du prix d'Etat fait scandale, et la fédération des industriels décide d'annuler la cérémonie de remise de son prix qui devait se dérouler quelques semaines plus tard.

Vanité couronnée : or émaillé, cristal de roche - objet de l'exposition C'est la vie, vanités de Caravage à Damien Hirst, au musée Maillol, 2010 " Peu de temps après je m'étais retrouvé au Café Museum avec Gerhard Fritsch, qui jusque-là avait compté au nombre de mes amis, à la table même où Robert Musil avait coutume de s'installer, et je lui avais demandé s'il entendait, après cette ignominie de la part de la fédération des industriels, protester contre leurs façons de faire, démissionner du jury et mettre à disposition son fauteuil. Mais Fritsch n'avait l'intention ni de protester ni de démissionner du jury. Il avait trois femmes aux besoins desquelles il devait subvenir, m'expliquait-il, avec la ribambelle d'enfants qui allait avec, il ne pouvait donc se permettre de se livrer à cet acte de protestation qui à moi me paraissait évident, ni de démissionner du jury du prix Widgans, démarche qui me paraissait tout aussi évidente. Lui, le père d'enfants multiples et le soutien de trois femmes dispendieuses, m'accabla de jérémiades et me supplia de tenir compte de sa situation sur un ton qui me répugna profondément. Le pauvre homme, inconséquent, lamentable, pitoyable.  Peu après cette entrevue Fritsch s'est pendu à un crochet au-dessus de la porte d'entrée de son appartement, le gâchis qu'était sa vie avait fini par le dépasser et l'avait réduit à néant. "

7 thoughts on “[extrait] mes prix littéraires, recueil de textes et discours de thomas bernhard

  • marina
    23 août 2010 at 10h43

    Thomas Bernhard est un des auteurs que j’ai beaucoup aimé…..ses phrases interminables et son pessimisme plus noir que noir m’ont souvent fait rigoler…Mais je pense comme lui, et comme toi sûrement, qu’un être se mesure à l’aune de sa résignation….Pour qui ou quoi ou pourquoi il abdique, et à quel moment il défend ses idées souveraines, et j’en sais quelque chose !

  • tilly
    23 août 2010 at 12h15

    – chère marinabdicataire (google dit que abdicatrice ça se dit pas), je doute que thomas bernhard ait eu ton sourire radieux et malin, et ta stamina 😉
    – il devait être bien malheureux ct’homme, y’a pas à dire quand on n’a pas la santé…
    – mais quel talent !
    – comme toi j’aime la noirceur et la résilience qui fait marcher, écrire ou peindre, enfin : vivre…
    – contente de te (re)lire sur le shplouc 😉
    – keep going!

  • marina
    23 août 2010 at 13h54

    mais je n’ abdique pas du tout du tout Tilly, loin de là……;))) Curieux comme idée…

  • tilly
    23 août 2010 at 14h20

    – soit, tu parlais pas de toi, mais tu en parlais si bien que j’ai cru un instant qu’il s’agissait de toi…
    – n’empêche : j’ai un fort faible (moi aussi) pour les abdicateurs et les abdicatrices
    – et puis on est tous un peu adbicataires de quelque chose un jour, non ? y’a pas de mal à ça, au contraire, moi je dis !

  • marina
    23 août 2010 at 14h29

    ah tilly, tes lectures ne sont pas les miennes ;)))) c’est ce qui fait la richesse du schplouk !

  • tilly
    23 août 2010 at 14h37

    BTW on la fait quand notre soirée karaoké chinois ?

  • marina
    23 août 2010 at 14h56

    Ouhan wen suong ? hahahahahah !
    BTW j’ ai adoré Etaix l’amour et Etaix les vacances……

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