[extrait, bloy] boucher un trou

mise à jour du 1er février 2016 : j'ai retiré l'illustration d'origine de ce billet pour ne plus payer de droits d'exploitation d'une pièce d'art visuel protégée (ici la peinture de René Magritte : The False Mirror). Pour plus d'explications sur ce retrait, lire mon article du 1er février 2016 lien.

  Carre" Dans ma précédente Exégèse des Lieux Communs, il y a dix ans, je me suis occupé des trous qu'on peut faire, surtout à la lune, m'efforçant de démontrer l'inhérence de l'idée de trou à l'idée de prospérité dans l'esprit de beaucoup d'hommes respectables.

Mais tout n'est pas dit. Quand on a fait son trou, il faut le boucher pour que les vagabonds n'y pénètrent pas. C'est l'instinct des fourmis et de certains coprophages. Fort bien, seulement avec quoi le boucher efficacement, sinon avec ce qu'il y a de plus puant, de plus repoussant et de plus impénétrable ? Le meilleur bouche-trou c'est la conscience des honnêtes gens. "

In: Léon Bloy, Exégèse des lieux communs (nouvelle série), XIII Boucher un trou, vers 1880

4 thoughts on “[extrait, bloy] boucher un trou

  • ramses
    17 juin 2010 at 18h52

    Bonjour Tilly,
    Réflexion puissante… Elle m’évoque l’actualité du procès Jérôme Kerviel… C’est lui qui a creusé le trou et c’est la Société “Géniale” qui tente de le reboucher en faisant appel à “la conscience des honnêtes gens” !
    L’hypocrisie dans toute sa splendeur !
    Bonne journée !

  • tilly
    17 juin 2010 at 19h38

    mais oui ramsès ! je n’avais pas pensé à cette histoire là, moi c’était “le trou des retraites” !
    quel plaisir de lecture, cette exégèse des lieux communs, je m’en suis gavée pendant quelques jours d’exil breton, au lieu de twitter, bloguer, etc… (chez Rivages Poche, Petite Bibliothèque)

  • tilly
    18 juin 2010 at 13h15

    pour le plaisir de ramses et la cohérence de ce billet, voici le lieu commun “LXXXVI – Faire un trou à la Lune. Faire son trou” (Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs, vers 1870)
    “… on ne dira jamais : Faire un trou au soleil, ni à la terre, ni à Mars, ni même à Vénus. On ne fait de trous qu’à la lune, on ne fait son trou que dans la lune, laquelle à vrai dire n’est qu’un vaste système de trous et de cavernes profondes.
    C’est, du moins, le témoignage récent d’un romancier anglais contemporain qui a été assez heureux pour profiter d’une occasion tout à fait unique de visiter la lune, ces derniers temps. Il en a même rapporté d’énormes barres d’or vierge que tout Londres a pu admirer. On sait que l’or est à fleur de lune et aussi banal que les pierres sur ce satellite.
    Ainsi, se trouve expérimentalement corroborée, après des générations de caissiers, la métaphore bourgeoise d’un passage heureux à travers la lune, quand on se dérobe en emportant le bien d’autrui. Ainsi se démontre, avec une précision que j’ose qualifier d’astronomique, l’inhérence d l’idée de trou à l’idée générale de prospérité humaine. Le Bourgeois a deviné juste, comme toujours, mais, cette fois, il nous précipite dans les cieux. ”
    voilà, faire son trou dans la lune… une expression que nous n’utilisons plus, et encore moins depuis juillet 1969, dommage !

  • ramses
    20 juin 2010 at 1h28

    Tilly,
    “Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous !”
    Le poinçonneur des Lilas a disparu, mais Serge Gainsboug, à sa façon, a aussi immortalisé ces trous…
    “Trou de la Sécu”, “trou noir” du cosmos, on a beaucoup écrit sur ces sujets, plus faciles à creuser qu’à reboucher… Sympa : Le “trou normand”… Moins agréable : “Allez, au trou…” Coquin : “Le trou de serrure”…
    Je vous souhaite un bon week-end !

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