[masse critique] pour vous, roman de dominique mainard

Gallimard, collection Folio, 306 pages, 6,10 euros
Ce billet est rédigé dans le cadre du programme Masse Critique de
Babelio
. Merci à eux !

Franchement, j'ai été un peu déçue de recevoir par poste un livre de poche…mais bon, j'avais choisi vite-vite dans la liste de Masse Critique pour être sûre de recevoir quelque chose !
Le titre me plaisait, et je me souvenais avoir beaucoup aimé Leur Histoire (2002) de la même Dominique Mainard, porté à l'écran par Alain Corneau sous le titre Les Mots Bleus, d'après la belle chanson de Christophe.
Pour Vous
a donc été publié la première fois en 2008 aux Éditions Joëlle Lossfeld.
Et a même déjà reçu le Prix des Libraires 2009.
J'arrive bien après la bataille…
Mais si comme moi vous aviez raté lors de sa sortie cet excellent roman original et dense, faites-vous un petit plaisir pour pas trop cher !

Delphine M. est-elle une Amélie Poulain en plus barge ? Plus trash ? Un peu, mais pas seulement, heureusement.

Très jeune et par vocation, elle a créé sa petite entreprise : l'agence Pour Vous, une seule employée permanente pour l'aider, et quelques paumés intérimaires pour des mises en scène au service de clients tous plus déboussolés les uns que les autres.
Elle fournit du "service à la personne".
Ses clients la payent (chichement, mais elle tient sa comptabilité au plus près) pour pouvoir vivre leurs illusions.

"… on m'a traitée de marchande de rêves et c'était indifféremment un compliment ou la pire des injures. Aux yeux de mes clients, je suis quelqu'un qui console et soigne ou qui vend la plus toxique des drogues. Mais la vie m'a appris qu'il n'y a rien de moins réel que ce qu'on nomme la réalité et qu'une mort, une trahison, une souffrance cessent d'exister du moment qu'on arrive à s'en distraire."

Il y aura évidemment un jour où tout s'emballera, se dérèglera, dérapera. Quand les rêves et les demandes exorbitantes de ses clients viendront un jour percuter et fêler sa carapace d'indifférence, sa résilience.

C'est bien sûr une fable. Un conte, cruel comme souvent les contes. Qui parle de manipulations dérisoires, de chantages un peu minables, mais aussi de compassion, d'empathie, d'écoute. Avec sinon une morale, au moins une profondeur assez vertigineuse pour une simple histoire.

La réjouissante complexité des personnages de Dominique Mainard est toujours suggérée, rien n'est affiché, asséné.
Il y a toujours place pour l'imagination, la réaction et l'interprétation du lecteur.
C'est ce qui fait pour moi la supériorité de cet écrivain sur… par exemple, Anna Gavalda, ou Douglas Kennedy.

Et le style, l'écriture ? Impeccable, claire et nette.

4 thoughts on “[masse critique] pour vous, roman de dominique mainard

  • ramses
    4 juin 2010 at 16h45

    Bonjour Tilly,
    La petite Entreprise de Delphine ne connait pas la crise… Elle appartient même à ce type de niche que le PM a décidé de ne pas raboter (sans doute plusieurs centaines de milliers d’emplois induits)…
    Quel plus beau métier que “marchande de rêves” ?
    Ca donne envie de lire “Pour vous”…
    Bon week-end !

  • tilly
    4 juin 2010 at 16h58

    fidèle ramsès ! il va falloir rajouter des rayonnages à votre bibliothèque…
    Dominique Mainard a beaucoup de fantaisie et je n’ai pas voulu dévoiler quels étaient les types “de service” que son héroïne acceptait de rendre… à lire donc, ou à imaginer 😉

  • Leblase
    7 juin 2010 at 9h12

    Pour Gavalda je ne sais pas mais Kennedy est de plus en plus décevant. Ceci dit, le thème du roman de Mainard me débranche totalement. et quelquechose me dit que tu n’as pas non plus été si emballée toi-Même…. Non?

  • tilly
    7 juin 2010 at 10h11

    Nabe ou Rochefort m’emballent… Mainard me plaît bien.
    Ça va comme ça cher empêcheur de chroniquer en ronronnant ?
    D’un autre côté, j’aime bien qu’on nous propose des lectures qui ne sont pas indispensables, mais qui sont de bonnes surprises malgré tout, par leur originalité par exemple.
    A la réflexion, et puisque tu me pousses dans mes retranchements, je dirais que Dominique Mainard, écrit “féminin” avec ce que cet adjectif mal employé (exprès) peut avoir de réducteur. Mais cela pourrait expliquer que les sujets de ses romans ne te fassent pas … fantasmer.
    Bien sûr que j’aime m’emballer pour des thèmes plus fédérateurs et universels… mais j’aime aussi lire “léger” 😉
    C’est féminin ça aussi… Non ?

Comments are closed.