[lire] ipad ou pléiade…

… c'est mon dilemme de mai : pour un budget comparable, faire l'acquisition d'un iPad, ou bien celle de trois volumes dans La Pléiade ?
(voir ma résolution dans la suite de ce billet où il sera aussi question d'édition numérique et de Pierre Assouline, d'anti-édition et de Marc-Edouard Nabe)


Initial L Aldus Manutius - source : commons.wikimedia.org Certes, l'étude d'Hervé Bienvault (aka Aldus) pour le MOTif ne répond pas directement à mon souci, mais je l'ai lue ces jours-ci avec beaucoup d'intérêt (36 pages, tableaux, camemberts) : le coût d'un livre numérique.

Ce rapport donne des pistes pour le futur économique des éditeurs, des libraires et des auteurs, par le biais de l'analyse de l'évolution des coûts de fabrication et
de distribution des livres numériques (prix de revient).

N'ayez pas peur ! C'est en quelque sorte le message aux acteurs de la chaîne du livre, que porte en conclusion cette étude sur le prix de revient du livre numérique.

Les comptes sont bons :  "On peut faire des livres numériques en espérant des gains rapides notamment sur les nouveautés, c'est le message qui ressort de l'ensemble de l'étude."

"Le livre numérique va s'installer durablement dans le paysage éditorial, c'est une certitude pour l'ensemble des professionnels de nos métiers."

Pour avoir pratiqué l'édition numérique depuis (et pendant) de
nombreuses années dans le domaine particulier de la production de
manuels scientifiques et techniques, je fais bien la différence, mais je
vois aussi maintenant apparaître des analogies, avec l'édition
numérique littéraire ou de loisirs.

J'ai vu se succéder différentes
phases dans le passage au numérique pour la documentation des systèmes
informatiques et des logiciels.
Au début (la fin des années 80 !), la numérisation du texte n'avait pour objectifs que la reproductibilité, la mise à jour des informations en continu, et l'impression à la demande, mais toujours sur papier.
Peu à peu, difficilement, lentement, l'idée de s'affranchir au maximum du support papier a fait son chemin.
Les avantages économiques et ergonomiques des manuels numérisés sont finalement et définitivement apparus à tous les acteurs.
Aujourd'hui, la documentation des logiciels ne se conçoit plus autrement qu'intégrée complètement au produit.

Le passage au numérique pour l'édition littéraire ira plus vite et bénéficiera naturellement de l'avancée des technologies faites dans le domaine de l'édition scientifique et technique ces vingt dernières années.

Faut-il craindre la disparition du "beau livre", celle des rayonnages et des belles bibliothèques ? Je ne le crois pas.
La version numérisée et donc moins chère d'un livre-papier pourrait être dans le futur l'équivalent du "livre de poche" actuel.
Avec l'avantage d'être publiée en même temps que la version pour bibliophile.

L'une des recommandation de l'étude MOTif, invite les acteurs de la chaîne du livre à : "proposer une offre riche et diversifiée, différente de celle du papier, complémentaire et adaptée au format des différents dispositifs de lecture ; envisager des versions multimédias concomitantes ou qui s'affranchissent de la version papier"


Sur son blog La République des Lettres, Pierre Assouline en signalant l'étude pour le MOTif dont il est question ici, n'a pas résisté à la tentation de citer l'exemple de Marc-Edouard Nabe, l'auteur sans éditeur et sans libraires.
(ça commence à devenir mode ces temps-ci dans la blogosphère littéraire de faire référence à Nabe… à suivre)
Cela a valu à Assouline de voir la discussion dans les nombreux commentaires dériver rapidement sur le cas Nabe !

On pourrait se demander où est le rapport entre Nabe et l'édition numérique étant donné les choix traditionnels qu'il a faits pour la réalisation et l'impression de L'Homme qui arrêta d'écrire (papier, reliure cousue, qualité) ?

Une chose est sûre en tout cas, c'est que ce roman de 696 pages n'a pas été composé sur linotype !
Après avoir écoulé en un mois le premier tirage de mille exemplaires, il a été possible à marcedouardnabe.com de réimprimer très rapidement trois mille exemplaires (j'ai même entendu dire que les très rares typos du premier tirage, étaient corrigées pour le second !).

  • Alors, verra-t-on dans quelque temps la version pour iPad de L'Homme qui arrêta d'écrire, vendue 12 euros (mon hypothèse) ?
  • Est-ce que les rééditions futures des quatre volumes du Journal intime comporteront des liens hypertexte et un index global et navigable ?
  • Est-ce que celles de L'Âme de Billie Holiday, de Nuage et de La Marseillaise contiendront des inclusions musicales audio et video ?
  • A quand des fenêtre pop-up dans Le Bonheur pour voir en même temps que lui, les tableaux préférés d'Andrea de Bocumar ?


ma résolution et la fin du suspense iPad vs Pléiade :

Finalement je suis allée samedi matin chez Gallimard pour l'ouverture de La Quinzaine de La Pléiade, boulevard Raspail.
J'ai fait l'acquisition de 3 volumes (1 Dostoïevski, 1 Colette, 1 Simenon) et reçu en cadeau l'album Molière spécialement édité pour la Quinzaine.
C'est un début, je n'avais encore en propre aucun volume de La Pléiade.
Je compte bien renouveler l'investissement chaque année en mai, avec l'espoir de léguer une petite collection de "beaux livres" à mes futurs petits-enfants !

Et pour l'iPad, j'attendrai que l'intégrale de Marc-Edouard Nabe puisse être lue dessus !

8 thoughts on “[lire] ipad ou pléiade…

  • ramses
    18 mai 2010 at 16h26

    Bonjour tilly,
    Personnellement, je crois beaucoup à l’avenir du “livre numérique”, sans pour autant y voir une disparition du livre imprimé… Le phénomène devrait être comparable à celui de la musique… Les ventes de CD diminuent, au profit du téléchargement…
    Ceci dit, rien à mes yeux n’est plus important que de tenir un vrai livre en mains, ou de parcourir la pochette du CD que l’on est en train d’écouter.
    Et puis, le support “matériel” résistera sans doute mieux à l’épreuve du temps que les disques durs de nos ordinateurs !
    L’idéal serait de pouvoir “scanner” rapidement le livre original pour le transférer dans un e-book, comme on convertit en quelques minutes un CD en MP3 pour l’écouter sur son baladeur. A mon sens, le support matériel et la version téléchargeable ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires.
    Bonne journée !

  • tilly
    18 mai 2010 at 16h47

    – nous sommes entièrement d’accord cher ramses !
    – l’étude d’Hervé Bienvault montre que rien n’empêche les choses d’aller dans ce sens et même au contraire, c’est rassurant
    – j’aime bien l’idée que la lecture via e-book ou iPad ou whatever, prendra un jour la place l’édition de poche, moins chère que l’édition originale
    – il y aura des modèles économiques différents et parallèles pour les différents supports d’un même livre
    – il y aura beaucoup de place pour de la créativité et de l’originalité chez les éditeurs et les auteurs de nouveautés : la numérisation leur permettra d’intégrer de nouvelles fonctionnalités multimédia, d’inventer des outils qui faciliteront ou inciteront la lecture, etc.
    – par contre pour les livres anciens, si on veut plus que le simple “scan”, ce sera plus cher (un peu comme lorsque l’on achète aujourd’hui un auteur dans La Pléiade !)

  • Thierry Richard
    18 mai 2010 at 18h57

    Sage décision.

  • tilly
    18 mai 2010 at 19h19

    non rien de rien, non je ne regrette rien 😉

  • Leblase
    23 mai 2010 at 14h27

    Je te réponds depuis mon Ipad, précisément: je viens de voir un gros éditeur pour lui proposer un machin très personnel et pas commercial, en lui suggérant une version numérique en sus de la version papier. Comme d’hab’ chacun y va de son “je ne renoncerais pas au plaisir du papier gnagna” mais nous sommes convenus l’un et l’autre de la nécessaire cohabitation des deux systèmes. Pour l’instant j’ai essayé, mais je n’ai lu sur ma tablette informatique que des trucs techniques ou scientifiques que m’envoient divers organismes internationaux génétiquement modifiés. Pourtant, mon projet étant fait de textes et de photos, et plutôt inspiré par mes bizarreries, j’imagine très bien qu’une version numérique devrait plaire au 25-35, sachant qu’elle devra comporter aussi des petits bonus, comme le font les DVD.
    D’façons, qui vivra verra.

  • tilly
    25 mai 2010 at 16h26

    can’t wait to see that! (j’achèterai un iPad pour l’occasion, promis)

  • Claude
    3 juin 2010 at 11h27

    J’ai un kindle. Pour le moment, on ne peut y lire qu’en anglais ou du moins, en français, pas de romans récents. En ce qui me concerne, ce n’est pas un problème, puisque, ancien prof d’anglais, j’adore lire en anglais. Le prix des livres numériques en français, sur divers supports est impressionnant (pas en bien). Je n’ai pas l’impression que les éditeurs français aient envie de prendre la mesure du problème.
    Je dois dire que j’ai retrouvé le goût de la lecture avec mon kindle, qui me permet d’avoir toujours sur moi plusieurs livres, qui ne pèsent que le poids du kindle. Et que d’ailleurs, ça ne m’empêche pas d’acheter un livre papier quand j’ai adoré sur le kindle.
    Personnellement, je ne choisirais pas de lire sur un iPad. Etant fan d’Apple depuis toujours, je finirai sûremement par en acheter un, mais comme son petit cousin l’iPhone, il a un écran qui rend impossible la lecture au soleil, dans un jardin par exemple. Le kindle et son écran sont lisibles partout.
    Désolée pour ce comm un peu décousu 😉

  • tilly
    3 juin 2010 at 12h41

    merci Claude d’avoir répondu généreusement à mon appel à commentaires sur twitter 😉
    effectivement le gros pb de lecture sur iPad à la lumière naturelle a été relevé par Hervé Bienvault (Aldus) sur son blog :
    http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2010/06/lipad-touché-coulé.html
    il faudra suivre les développements des écrans Pixel Qi :
    http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2010/06/pixel-qi-laffichage-en-mobilité.html

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