[fan de] darshan, fantasia bartabesque
Darshan, spectacle équestre de Bartabas au Théâtre Zingaro (Aubervilliers), jusqu'en juin 2010
Le théâtre d'ombres est un art totalement tombé en désuétude depuis fort longtemps, chez nous.
Bartabas le réinvente en faisant de son légendaire cirque en bois, une gigantesque lanterne magique.
Le dispositif scénique est totalement original : il met les spectateurs
au centre de la piste, sur un carrousel conique qui tourne très doucement pendant tout le spectacle.
Darshan, qui signifie Vision du Divin en hindi, c'est un manège d'images vivantes, stupéfiantes de force et de poésie.
Sans doute, voit-on moins les chevaux et le travail des cavaliers que dans les précédents spectacles Zingaro. Dans celui-ci, ils évoluent le plus souvent en ombres chinoises derrière l'écran translucide qui ceint la piste. L'émotion est encore plus grande, lorsque libre ou monté, un cheval surgit devant nous de derrière l'écran, passant de l'ombre à la lumière, de l'image au réel. Il ne faut pas résister, et se laisser aller à la contemplation d'un spectacle hypnotique à la beauté fantasmagorique.
La symbolique du spectacle n'est pas toujours évidente mais cela ne m'a pas gênée, j'aime souvent admirer et ressentir sans comprendre. Les tableaux se succèdent, bucoliques et tendres au début, joyeux ou burlesques, puis de plus en plus oniriques et féroces, enfin cauchemardesques. Jusqu'à l'apocalypse finale où quatorze cavaliers nus et sans monture sont lancés sur la piste dans une course désespérée jusqu'à l'épuisement, alors que derrière l'écran les quatorze chevaux libres semblent les poursuivre dans une cavalcade sans fin… on achève bien les cavaliers.
On est un peu groggi en quittant les gradins… On retraverse les bâtiments en bois qui abritent les écuries, pour sortir dans la nuit glacée. Dans la cour du village Zingaro, flambe un haut bûcher de palettes. On l'imagine disposé au milieu d'un cercle de roulottes tziganes. Dernière illusion avant la fin du rêve… la rue grise, et le quai du métro Fort d'Aubervilliers (ligne 7).
marina
j’adore Bartabas……Tellement atypique….j’étais allée le voir à 5 heures du mat aux Tuileries l’été dernier. Il était accompagné par son étalon préféré, magnifique cheval et un musicien du Turkmenistan….On se frôlait pour s’asseoir. Peu de bruit dans l’assemblée pour une fois. Pas de toux obligée…….Pas de parfum capiteux…. Puis une flûte montait dans la nuit tandis qu’on entendait l’étalon piaffer sur une piste sobrement aménagée, on devinait Bartabas, montant sur son cheval…..Pendant une demie heure, la flûte suivait la lente progression du lever du soleil et l’étrange ballet presque silencieux de ce centaure…Il repartait avec la selle du cheval. Et là, magique, l’étalon s’ébrouait, seul dans son cercle, puis se roulait dans le sable, prenant son temps, il nous regardait avant de repartir tout seul vers la sortie…Nous on repartait heureux et matinal, avec tout le temps devant soi, enfin ! magique !
tilly
Chère et rare Marina… Bartabas était bien là aussi, l’autre nuit. Darshan, c’est lui de bout en bout, mais on ne le voit (ou le reconnait) qu’au salut final, magnifique, sans les chevaux. Juste les cavaliers rescapés de leur marathon, épuisés, enveloppés dans de simples peignoirs noirs, et lui au milieu d’eux, à pied. Cet homme-cheval est vraiment un créateur unique, soliste ou simple participant de ses géniales mises-en-piste (je ne les ai pas toutes vues, snif). En sortant j’ai quand même entendu des réflexions de spectateurs dépités devant la nouveauté du spectacle, certains même, persuadés que les images étaient de simples projections sur l’écran circulaire ! La “vue” et la “vision”… toute une étude philosophique et cognitive en un seul spectacle, indispensable.
marina
Je vais aller le voir…..Rare puis pas rare puis rare, puis pas rare……Très régulier tout ça….. Et tu vas lire les 700 pages du prochain bouquin de Nabe !!!!!!! Quelle fan tu fais !