[lu] nabe’s dream, journal intime 1, marc-edouard nabe
du jeudi 27 juin 1983 au vendredi 15 février 1985 (825 pages, et index), publié en mai 1991
J'ai emprunté Nabe's dream, le premier volume du Journal intime, à la bibliothèque municipale Trocadéro, Paris 16. Je viens de le rendre. Si vous êtes parisien, le rêve de Nabe est à vous !
Nabe's Dream, c'est aussi le récit au jour le jour de la publication d'Au Régal des Vermines le premier ouvrage publié par Marc-Edouard Nabe.
Les trois volumes suivants du Journal intime sont dans l'ordre : Tohu-Bohu,
Inch'Allah, et Kamikaze.
Dans une sorte de préface au Journal, mais qui n'en a pas l'intitulé, Nabe déroule son curriculum vitae, et raconte très brièvement les circonstances qui l'ont amené à l'édification d'une énorme pyramide de tripes qui [lui] prit deux ans (81-83), le temps de son service militaire dans les Ardennes, commencé à vingt-deux ans. Il termine cette introduction au Journal intime par une phrase énigmatique :
– Le 27 juin 1983, j'inscrivis le mot fin au bas de la page 1056 de Nabe's Dream. Le soir même, je commençais mon journal intime…
Et d'ailleurs le premier article du Journal en date du Lundi 27 juin, commence ainsi :
– FIN de Nabe's Dream dans une délivrance plus grande encore que les atroces souffrances endurées depuis six mois de dactylographie, un an et demi de rédaction, sept ans de brouillon et plus précisément vingt-quatre ans de fermentation.
Au début, on perd pied, un peu. Mais Nabe's Dream, c'est bien aussi le titre du pavé que j'ai entre les mains et que je viens de commencer à lire ? Un journal qui commence par le mot FIN ? Pour brouiller encore un peu plus les pistes, les fans de Marcel Zanini se rappelleront un morceau également intitulé Nabe's Dream, enregistré sur l'album Rive Gauche. Patience, le mystère (ou la petite mystification ?) s'éclaircira au fil des jours et de l'aventure du premier manuscrit de Nabe. Après de longs mois d'espoir, le manuscrit de Nabe's Dream (la pyramide de tripes), profondément retravaillé sur les conseils de Philippe Sollers qui le veut pour la collection qu'il dirige chez Denoël sera finalement refusé par l'éditeur. Nabe reprend alors son enfant, le rebaptise Rubis sur l'ongle, et le fait adopter par l'éditeur indépendant, Bernard Barrault. Après moult tractations éditoriales et revirements, l'ouvrage très expurgé ayant pris une forme encore différente, Nabe choisit in fine de le rebaptiser encore, et ce sera Au Régal des Vermines. Nabe a donc simplement réutilisé le beau titre Nabe's Dream de son premier manuscrit refusé, un peu plus tard en 1991, pour le premier tome publié de son Journal intime.
Mercredi 27 juin [1984], c'est le premier anniversaire du Journal intime. On est déjà à la page 495 du tome 1. Pour célébrer cette journée, Nabe détaille le processus d'écriture du journal (qu'il qualifie d'exaltant calvaire indispensable), à la fois du point de vue intellectuel, et du point de vue matériel :
– Dans quatre, cinq ans mon journal intime prendra sa vraie croisière : j'en dirai certainement moins, mais les mots, la façon de rétablir la réalité sera beaucoup plus puissante, ça supplantera tous les magnétos, tous les télex…
– Publier, c'est la seule façon d'oublier. On devrait d'ailleurs toujours dire "poublier"… Je n'ai pas l'intention d'attendre d'être refroidi pour le faire. Il faut écrire à chaud et publier à tiède ! L'idéal ce serait d'écrire son journal dans un journal. Le quotidien baise la postérité !
– Temps et Vérité : voilà tout ce qui me passionne, voilà tout le journal.
Quand on lit un journal intime publié des années auparavant, c'est sans doute banal pour un lecteur d'essayer de se souvenir de ce qu'on était, de ce qu'on faisait soi-même, au moment même où il s'écrivait. Et là il se passe d'étranges phénomènes, une sorte de concaténation, d'écrasement de l'espace temps. En 1983, je pouponnais… Audrey-Fille a aujourd'hui, à peu de chose près, l'âge qu'avait Nabe quand il a commencé à écrire son journal. Marcel Zanini, son père, avait soixante ans. C'est l'âge que j'ai, moi, aujourd'hui. La semaine dernière on a fêté ses quatre-ving-six ans, en concert au Petit Journal.
Vingt-cinq ans après ! Aujourd'hui, Nabe a cinquante ans. Physiquement il a peu changé, à voir les photos et vidéos des années 80. Un léger embonpoint, des lunettes moins rondes… En lisant Nabe's Dream, c'est le Nabe d'aujourd'hui que je visualisais, un peu comme si le temps n'avait pas prise sur lui, et qu'il soit resté le même, tel qu'aujourd'hui, du premier au vingt-septième livre.
Ce qui frappe c'est la maturité du jeune écrivain de vingt-cinq ans, son énergie, sa force de travail. C'est aussi ce que reflète son écriture journalière, par sa vivacité, son rythme, sa vérité. Et si la préparation de la publication de son premier livre lui avait laissé du loisir, à côté du jazz et de l'amour d'Hélène, il aurait encore voulu consacrer du temps à la peinture ! C'est son grand regret de ces années là.
Rares sont les marques de découragement du jeune écrivain non encore publié. Le Jeudi 27 décembre 1984 (c'est son vingt-sixième anniversaire), Nabe écrit :
– Un mélange de fatigue et de désarroi me désarçonne tout l'après-midi. Je reste seul affalé, sinistre, somnolant, revoyant avec un dégoût infini le film de ces dernières semaines.
Mais déjà, le Mardi 15 janvier suivant, la journée commence avec :
– Bonne humeur totale.
Nabe est un jeune homme pressé. Chez lui, du moins à cette époque de sa vie, le spleen, la déprime, ça dure une demi journée, pas plus ! Les quelques marques qu'il en laisse parfois affleurer dans le journal, sont d'autant plus touchantes et signifiantes. Elles laissent place à juste ce qu'il faut de la compassion que le lecteur éprouve alors pour le narrateur.
Bien sûr le Journal intime, c'est aussi une formidable galerie de portraits. Voici ce que Nabe indique à son lecteur, pour interpréter l'énorme index de quarante-neuf pages :
En capitales : les noms des personnes réelles.
En bas de casse : ceux des personnages fictifs, les noms inventés ou transformés, les surnoms ; les lieux (rues, places, monuments, clubs, librairies, magasins, cinémas, théâtres, et les fleuves, montagnes, mers, pays, planètes…).
En italiques : les titres d'oeuvres et de publications (livres, journaux, émissions de télévisions), et les noms de bateaux.
En italiques entre crochets : les titres d'oeuvres imaginées ou en projet.
Il faudrait en citer tellement (Marcel, Suzy, Hélène, Sam Woodyard, Choron, SIné, Gébé, Barrault, Berroyer, Sollers, Francis Paudras, etc.)… Je dirai seulement que j'ai été particulièrement touchée par les rencontres-portraits de Jacques Villeret et Jean-Pierre Léaud. Il y a aussi les détestations de Nabe, qui ne sont pas toujours les miennes, comme : Gainsbourg, Coluche…
Nabe's Dream, je l'ai lu comme un roman à suspens, pas sauté une ligne ! Et c'est drôlement malin de la part de Nabe de nous planter au petit matin, le lendemain de l'apostro-calypse du Vendredi 15 février 1985, chez Pivot. Comment le jeune écrivain, sa famille, ses amis survivront-ils à ce gâchis médiatique annoncé ? Pour le savoir, je vais lire… Tohu-Bohu.
Les trois volumes suivants du Journal intime sont dans l'ordre : Tohu-Bohu,
Inch'Allah,
et Kamikaze.
Retrouvez sur ce blog mes billets plus anciens (depuis 2005) autour l'oeuvre et de l'actu de Marc-Edouard Nabe :
dans la catégorie nabe / voir aussi le site des lecteurs de Marc-Edouard Nabe
ctoileblog
Il est bien ce billet :)Bravo !
La concaténation ne fonctionne pas pour tout le monde..parce que moi en 1984 j’avais 8 ans, et dans Nabe’s Dream – cette biographie historique du coup- aucun écho du passé, nulles raisonnances à Albator ou Goldorak.
j’ai adoré Kamikaze, mais il se jette en martyre d’al aqsa sur son oeuvre autobiographique.FIN
malydis
Bonjour, j’ai suivi la guide, passé sur le site cité, regardé les débats, essayé de comprendre et me faire une opinion. En fait il faudrait lire bien sûr, mais on ne peut tout lire, donc il faut une raison, un thème qui me donnerait envie, pour le moment je n’ai pas mordu. Quoique sur la vie de l’écrivain dans le débat avec Ruquier …. Il y a une réflexion de ce genre dans un essai de Montherlant et comme MEN est pluri disciplinaire en art, comme surement beaucoup d’artistes (peut être) mais pas autant que lui, celà pourrait bien s’appliquer “l’art et la vie” essai de 1937 publié en 1947 editions Denoël, je le scannerai si vous ne le trouvez pas en bibliothèque. (en tout cas c’est un vrai débat et plus calme que sur les médias, même si la mise à l’index de son auteur est actuellement une réalité mais surement pas à cause de ce sujet). Excusez-moi Tilly si je reviens un peu en arrière, mais je suis ainsi, il me faut souvent un peu de recul, certains m’ont surnommé Colombo pour celà.
Yann
Article intéressant; je n’ai pas encore trouvé les pages sur Villeret. Dommage que certains usagers des bibliothèques ne rendent pas les livres, ils font grand tort à l’auteur (tout le monde n’a pas 150 euros à mettre dans un livre).
J’avais lu Au régal des vermines qui fut pour ma part une déception totale, un vrai pétard mouillé: de l’arrogance provoc post-soixantehuitarde de cette bouillabaisse de billevesées, je n’ai pas sauvé une seule phrase. De visage d’un turc en pleurs en revanche j’avais au moins gardé en mémoire l’excellente description du hammam digne de Céline.
Dans Nabe’s Dream, il y a des passages très féroces mais bien écrits. Cela change de la littérature poncée, lisse, bornée des auteurs Minuit et consors.
Ce qui m’empêche d’être fan de Nabe, c’est parfois la bêtise outrecuidante de ses propos (extraits que j’ai pu voir sur internet chez taddei par exemple, conneries dites sur zidane (!) ou mesrine (68 quand tu nous tient) VOilà, c’était juste un avis personnel. A bientot;
tilly
– bonjour Yann et merci de la visite !
– effectivement j’ai réservé le seul exemplaire de Tohu Bohu disponible, dans une bibliothèque parisienne (très éloignée de chez moi), mais il n’est pas rentré et j’attends toujours son retour depuis + de 3 semaines ;(
– avez-vous lu ARDV tout de suite après Nabe’s dream (ce que j’ai fait) ?
http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2009/11/lu-au-régal-des-vermines-marcédouard-nabe.html
– j’ai aimé la construction/organisation de ARDV, et vraiment beaucoup le chapitre “Les Onlysonmakers” (Marcel, Suzy)
– je me reconnais impitoyablement dans les “vieilles” du chapitre “Vivre et Cie” :
“J’aime surtout les femmes âgées qui sont encore un peu gaies. Ces gamines en ruine, ces débris mutins me touchent beaucoup avec leurs développements extrêmement naïfs, toute leur cargaison de mimiques étonnées, aux gestes toujours un peu faux. Certaines en vieillissant perdent leur sex-appeal, d’autres le trouvent.”
– avez-vous lu Alain Zannini ?
http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2009/08/relu-alain-zannini-roman-de-marcedouard-nabe.html
yann
bonsoir et merci de votre réponse,
Non, j’avais lu ARDV en septembre. J’ai un exemplaire de Nabe’s dream. Alain Zannini, je ne l’ai pas lu mais il se dit que c’est son meilleur. Il y a apparemment plus de recherche du point de vue de l’imaginaire. Je vais tacher de le lire en 2010! Puis je lirai votre compte rendu sur votre blog.
Je comprends que vous ayiez été sensible à certains passages de son premier livre car il y a des choses assez bonnes pour un garçon de 25ans à l’époque. Je préfère par exemple Septentrion de Calaferte qui est selon moi bien au dessus, mais ce n’est qu’un humble avis.
Le premier merite que je donne a Nabe c’est de m’avoir fait découvrir Les deux etendards de Rebatet que je suis en train de lire(lecture parallèle), une grande oeuvre.
C’est pour cela que ses livres m’interessent: noter des noms comme rebatet et powys que je ne connaissais pas; voilà, je ne vais pas être plus long, merci de ces informations et à bientôt!