[vu] valadon utrillo …

… et nabe !

CarreblancDans la même après-midi je suis allée à la Pinacothèque de Paris (lien) place de la Madeleine, puis chercher ma danseuse orientale (lien), rue du Faubourg Saint-Honoré.

Mais pourquoi ces murs couverts du sol au plafond de textes denses devant lesquels les visiteurs s'agglutinent pour lire et gênent le passage. Il n'y a pas de recul dans ce musée. Quelques mots écrits gros aux cimaises suffiraient, et un polycopié distribué avec les éléments de biographie et les anecdotes.

L'exposition Les Orients de Nabe est prolongée jusqu'au jeudi 2 avril.  L'écripaintre (écrivain-peintre) y accueille lui-même ses visiteurs à partir de 16 heures en semaine et aussi le weekend, quand l'Office du Tourisme du Liban est fermé.

Lire aussi surtout la chronique de l'exposition par Patrick Besson pour Le Point, 19 mars 2009 (lien).

mise à jour du 7 février 2023 : j'ai retiré l'illustration d'origine de ce billet pour ne plus payer de droit d'exploitation d'une pièce d'art visuel protégée ; il s'agissait de l'affiche de l'exposition Les Orients de Nabe

Mardi 24 mars, après-midi. Un moment j'ai bavardé avec Itaf (orth?), la charmante hôtesse libanaise de l'office du tourisme. Nous attendions l'artiste qui seul savait où étaient rangés les tableaux prêts pour être enlevés par les acheteurs. Par les grandes baies vitrées sur la rue nous étions de plein pied avec les passants pressés. Nous avons vu un homme grand et mince stoppé net dans sa progression, se retournant sur le tryptique Gaza-Beyrouth-Bagdad dans la vitrine. Il est entré, visiblement bouleversé, comme si il cherchait à comprendre quelque chose. Très élégant en trois pièces gris, le crâne dégarni, il m'a fait penser à John Malkovitch. Je lui ai rapidement expliqué du mieux que je pouvais qui était Nabe, peintre et écrivain. Il examinait les tableaux, plus attentivement les scènes de dévastation urbaine et humaine. Il a bredouillé en sortant avec un léger accent que je n'ai pas reconnu :
C'est parce que je suis de ce côté-là, moi.

Nabe se dit surpris que si peu d'orientaux de Paris, libanais ou iraniens, soient passés voir l'exposition. Thème et lieu auraient dû les attirer pensait-il, mais non. Les tableaux se sont très bien vendus, mais à des français de souche pour la plupart.

Moi j'étais venue la première fois par intérêt pour l'écripaintre évidemment, et parce que, quand j'avais appris la venue de l'exposition sur le forum de Nabe, j'étais justement en train de finir de lire Le Bonheur, roman dont le héros artiste peintre est le petit-fils d'une terrible grand-mère gréco-turque. En même temps je lisais des Morceaux Choisis, et j'en étais précisément aux lettres O comme orient et P comme peinture. Cela faisait beaucoup de coïncidences.

Plus tard j'ai eu une longue conversation avec Nabe, et Antoine, venu voir les toiles lui aussi. Parlé de plein de choses, du quinzième arrondissement quartier Boucicaut, de Camille Sée où les enfants sont tous allés, des Batignolles et des Épinettes, du théâtre, des clowns, de Pierre Etaix, du jazz, de Patmos, de Jean Piat, et j'en passe, et j'en oublie. Pas vu le temps passer.  Pas pensé à lui demander de me raconter l'histoire de ma danseuse, est-elle turque, syrienne, marocaine ?

Elle a trouvé sa place tout de suite la danseuse, son mur à la maison. Pourtant je n'avais pas du tout pensé à l'avance à l'endroit où je l'accrocherais. J'appréhendais un peu l'accueil du papa adoptif. Il a été d'abord gentiment faux-derche diplomate, trouvant que le cadre allait bien avec nos meubles…mais plus tard il m'a dit qu'il aimait bien, le reste. Tout est bien.

Retrouvez sur ce blog mes billets plus anciens (depuis 2005) autour l'oeuvre et de l'actu de Marc-Edouard Nabe :
dans la catégorie nabe / voir aussi le site des lecteurs de Marc-Edouard Nabe

4 thoughts on “[vu] valadon utrillo …

  • tilly
    29 mars 2009 at 13h41

    Extrait du roman Le Bonheur de Marc-Edouard Nabe, 1988 (p. 389)
    Le personnage principal, l’artiste peintre Andréa de Bocumar (anagramme de MEN), donne une interview radiophonique où il parle des génies méconnus de leur vivant : Van Gogh, Modigliani, … et de ceux dont le succès vécu à affaiblit le talent : Picabia, Chirico, Severini, Utrillo.
    [Utrillo,] “dont le génie s’étiole, toute gloire bue…
    l’I. : Vous n’aimez pas Utrillo ?
    A.d.B. : Si, beaucoup, mais il ya eu vraiment chez lui Mister Star et Docteur Maudit ! Le dernier Utrillo, entre la grosse Valore et Jeanne d’Arc, passant des heures dans sa chapelle privée à embrasser des reliques avant de peindre de faux Utrillo, n’est pas celui dont sa maman était fière, le roi des cieux parisiens, le maçon des murs pisseux ! Poule tremblotante aux oeufs d’or, enfermé, exploité à fourbir des Montmartres en série, Utrillo est l’exemple type du maudit qui a raté sa malédiction, il était fait pour crever de cirrhose à 30 ans comme les autres… Il a préféré se marier que mourir…
    L’I. : Ah, bon ? Pour vous alors, la femme est nocive à l’artiste ?
    A.d.B. : Non, pas forcément. Sans sa mère, Utrillo n’aurait jamais peint.
    L’I. : Mais sans sa femme il aurait continué, c’est ça ?
    A.d.B. : (Rires) Exactement !

    [fin de l’extrait]

  • izys@orang.fr
    29 mars 2009 at 21h02

    Ah je suis de ton avis : tous ces textes à lire m’ont découragée dès le début ! j’ai préféré passer mon temps à regarder les tableaux même si la lecture facilite souvent la compréhension des toiles. merci de ton commentaire chez moi.

  • Harmony
    9 avril 2009 at 18h35

    Merci d’être passé sur mon blog, je ne connais pas ce roman ‘Le Bonheur’de Nabe, mais j’aime les oeuvres d’Utrillo et je m’y intéresse tout particulièrement…

  • tilly
    3 décembre 2012 at 10h29

    Note pour mémoire : le 3 décembre 2012 j’ai effacé deux vignettes qui illustraient cette note et reproduisaient, l’une un portrait d’Utrillo par Valadon, l’autre une rue de Corte par Utrillo.
    Ces retraits sont motivés par la nécessité d’obtenir des autorisations de reproduction (ADAGP, Association Maurice Utrillo). Concernant les deux oeuvres incriminées il ne me semble pas indispensable pour la compréhension de mon sujet de poursuivre la procédure de demande d’autorisation.

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