Manosque, non-photo n° 4 : Jo Ros
Café de La Poste, samedi 27 septembre, vers 17 heures
Avec
Paula et Charles tout juste rencontrés, nous nous installons dehors à
un coin de la terrasse pour bavarder tranquilles et nous réchauffer
d'un thé. Un peu indifférents c'est vrai à ce qui se prépare autour de
nous, voire même légèrement irrités d'être dérangés dans nos
retrouvailles.
Un comédien lit des portraits de jeunes manosquins
écrits par Jo Ros. Il accroche tout de suite notre attention, nous nous
taisons et
l'écoutons. Et nous sommes encore plus intrigués quand Jo
Ros et quelques uns de ses jeunes modèles interviennent à leur tour
pour parler du mode opératoire.
Jo Ros est un artiste peintre qui écrit
depuis quelques années. Il est chaleureux et on comprend que les jeunes
qu'il a rencontrés pour écrire leurs portraits lui aient facilement
confié leur "bio". Ils lui ont parlé, un à un, comme si ils avaient
posé pour un tableau. Jo Ros écrit ensuite à la première personne ce qu'il a entendu, mais
avec ses mots à lui. Chaque portrait est par la suite commenté et validé
lors d'un nouvel entretien en tête-a-tête, et les retouches demandées
par le modèle sont apportées par l'écrivain.
Jo Ros est un écorché vif. Il regrette tout haut
– avé l'assent – l'absence de "grandes personnes" pour écouter ces voix de jeunes.
Quelques unes des jeunes filles témoignent avec leurs mots à elles cette fois,
de leur bonheur d'avoir participé à l'expérience littéraire, de la
fierté qu'elles en garderont à très juste titre (il y a aussi des portraits de garçons,
mais sans doute plus timides, ils ne participent pas à la restitution,
ou bien ils ne prennent pas le micro) . Jo Ros dit n'avoir pas
d'espoir que les portraits soient publiés un jour. Si un éditeur passait
par ici…
Martine Sonnet que je reconnais mais n'ose pas déranger est attentive aussi à une table voisine.
A 18 heures, Charles va recevoir sur l’esplanade François
Mitterrand à côté, le prix de Paula pour sa boîte aux lettres
papillonnante. Le jury des postiers en grande tenue a honoré les 35
artistes qui concourraient en les faisant tous ex-æquo.
Paula
Portrait de Hocine:
“[…]comme je vous le disais,j’attends un rendez-vous de la vie, à l’affût d’un travail de métallo et ça, j’y tiens,c’est un métier noble chez les ouvriers,dédaignés par la majorité des jeunes. Moi j’y crois parce que je ne veux pas émarger à la galère du chômage. Je vois trop ce qui se passe autour de moi.
Ceux qui me connaissent aujourd’hui ou les enfants que j’aurai d’une femme que j’aimerai et que j’aurai rendue heureuse, je voudrais que plus tard,ils aient confiance en moi et qu’ils pensent de moi que je suis un mec bien.”
Dans tous ces portraits lus par le jeune et charmant décoiffé comédien Raphaël France-Kullmann, tous exprimaient le souhait d’être quelqu’un de bien , juste quelqu’un de bien comme dans la chanson de enzo-enzo :Quelqu’un de bien Le cœur à portée de main Juste quelqu’un de bien Sans grand destin…
Un des jeunes présents à lecture , nous disait la fierté d’avoir ce portrait affiché dans sa chambre et sa fierté à le faire lire aux copains …comme la preuve qu’il était quelqu’un de bien , digne d’intérêt .
les ateliers de la mémoire ou L’université du citoyen ( ou comment pousser les décideurs à entendre, enfin, la parole de la “base”, de ces gens de peu dirait Sansot) de Jo Ros donnent une dignité à ces hommes et ces femmes souvent en manque de reconnaissance sociale et c’est bien!
tilly
Merci Paula ! Ton analyse est profonde.
L’extrait apporte beaucoup à ma chronique trop courte pour faire passer l’émotion de ces lectures.
Généreusement, tous les portraits (plus d’une vingtaine) avaient été photocopiés, agrafés, et distribués au public.
Et c’est vrai j’ai oublié de dire le charme de l’infatigable Raphaël – pour ma défense, tu étais beaucoup mieux placée que moi qui lui tournais presque le dos 😉
Mossieur Resse
Elle écrit bien, cette Paula… Elle devrait ouvrir un blog…
tilly
@MonsieurResse: hingn-hingn (hinhin avé le joli assent de Paula)