Le boulevard périphérique, roman d’Henry Bauchau

Un jour leblase m’a dit ici que si une de
mes notes de lecture lui donnait l’envie d’acheter un roman, il s’engageait à en
parler à la terre entière. Chiche, je tente.

HenryBauchauLivre Inter 2008, c’est déjà une référence pour certains
mais leblase est un esprit très exigeant et fort peu grégaire vous savez. Cette
année, Sylvie une amie à moi faisait partie du jury. Elle a eu la pugnacité de poser
sa candidature régulièrement sans s’offusquer des refus les années précédentes
(moi pas). Jolie récompense pour sa ténacité dont je suis terriblement envieuse. En plus l’année
de Bauchau ! C’est Catherine, une autre amie, qui m’avait fait découvrir
ici “Oedipe sur la route”.

Je reconnais que c’est un peu bêta de vouloir donner envie de lire un livre qui est déjà mis en avant sur les tables des libraires, sans compter celles des hypers et des Relais H. Dont on a parlé et dont on parlera encore longtemps dans la presse et les médias. Tant pis. 

Le drame familial vécu par le narrateur se déroule en 1980. A cette époque Bauchau avait déjà 67 ans. C’est à plus de 90 ans qu’il entame l’écriture de ce roman pour le publier en 2007.

Tous les personnages, ceux du récit principal comme ceux des histoires incidentes sont confrontés à la peur : peur du vide, peur de la maladie, peur de la perte, peur de l’abandon, peur du manque, toutes formes de la grande peur de la mort (de la vie ?).

Il y a d’abord les personnages terriblement humains rassemblés autour de Paule, la belle-fille du narrateur atteinte d’un cancer en phase terminale. La mère, le mari, les amies qui pendant des semaines se relaient avec le narrateur au chevet de la jeune femme.

Il y a aussi deux personnages étranges, mythiques, presque surnaturels : Stéphane et Shadow, le résistant martyr et le bourreau nazi. Le premier était l’ami de jeunesse du narrateur, suivi, admiré, perdu de vue pendant la débâcle. Bien des années plus tard le narrateur est mystérieusement appelé au chevet du monstrueux colonel Shadow emprisonné et mourant qui veut lui faire entrevoir petit à petit les circonstances de la mort de son ami, avant de s’éteindre lui-même. Les souvenirs qui reviennent peu à peu à la mémoire du narrateur composent un contre-point de tragédie classique à une douleur domestique et familiale plus ordinaire.

Il y a des défaites et il y a des victoires. Il y a des victoires dans les défaites. Celle de Stéphane dans la mort choisie. Celle du narrateur dans l’aveu de sa détresse. Paule meurt. Son enfant a été éloigné, le père ne veut pas son retour. Le narrateur et grand-père (Bauchau est psychanalyste) est persuadé que c’est une erreur de jugement terrible et irrattrapable. Il comprend la douleur de son fils mais tente désespérément de le faire revenir sur sa décision. Le refus réitéré du fils déclenche le lâcher prise du narrateur qui craque physiquement. La faiblesse du père entraîne alors en ricochet le lâcher prise du fils qui revient sur sa position de blocage et accepte d’aller rechercher l’enfant pour qu’il dise au revoir à sa maman.
Leboulevardperipherique
Le boulevard périphérique, c’est la route grise qui conduit le narrateur au chevet de Paule jusqu’à la fin. Une sorte de sas entre la chambre d’hôpital où gît Paule, et la maison du narrateur au bord de la Seine où la vie était calme et tranquille, avant. C’est au fil de ces tristes aller-retours quotidiens que va naître à l’écriture une œuvre bouleversante.

pour en savoir plus sur l’auteur : Fonds Henry Bauchau, UCL

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4 thoughts on “Le boulevard périphérique, roman d’Henry Bauchau

  • Sylvie, jurée du livre Inter 2008
    15 juin 2008 at 10h13

    La lutte fut acharnée pour que le Boulevard Périphérique l’emporte. A l’issue des 3 tours de scrutin, les votes étaient exactement partagés entre “Mon traître” livre magnifique de Sorj Chalandon et “le Boulevard Periphérique”. C’est finalement le président du jury Alberto Manguel qui a fait la différence car sa voix comptait double. Le Boulevard Périphérique, est une épreuve, et je ne peux le recommander qu’aux “blindés”, ceux pour qui la mort, la maladie ne sont pas de terribles épouvantails. Je n’ai pas voté pour ce livre. J’avoue que c’est un livre très fort, mais trop douloureux. A ne pas mettre entre toutes les mains.

  • moi
    15 juin 2008 at 10h28

    Merci Sylvie, tu sais comme ton commentaire me fait plaisir et me conforte dans mon admiration pour l’oeuvre de Bauchau. Je vais de ce pas à la librairie Le Divan (ouverte le dimanche matin) pour m’acheter “Mon traître” 😉

  • leblase
    16 juin 2008 at 8h59

    Hélas, Tilly, je ne peux réveiller la Terre entière car ma décision d’acheter le livre de Bauchau a été prise il y a déjà un moment.
    Par contre je ne l’ai pas encore lu (et je dois le faire car des gens très proches de lui m’attendent au tournant), une tonne de livres en attente m’obligeant à pratiquer le saut à la perche pour atteindre mon lit.
    N’empêche que tu fais du beau travail.
    Le commentaire de Sylvie, et notamment le fait qu’elle ne le recommande qu’aux blindés est intéressant et prête à débat: ne peut-on lire que ce qui ne risque plus de nous envahir, faut-il éviter ce qui pourrait nous déstabiliser?
    Le pouvoir de l’écriture est tel qu’il est vrai qu’un livre peut achever d’entraîner vers l’enfer ou la folie certains, plus vulnérables.
    Mais l’effet contraire ne peut-il également être induit?

  • moi
    16 juin 2008 at 12h21

    Blase, en même temps que je postais cette note de lecture, je ne sais pas si tu as remarqué j’ai pluggé dans la colonne de droite un « player » de Thomas Dutronc, pas pour lui faire de la pub – je ne pense pas qu’il en ait besoin – mais pour le plaisir que me donne sa ritournelle swing manouche. Et aussi peut-être pour faire contre-poids à la sombritude ambiante de ma colonne de gauche ces jours-ci.
    Si tu connais des gens qui connaissent Bauchau (moi pas) tu sais sans doute la part autobiographique de son œuvre (moi non). Mais peu importe, à la lecture du “périphérique”, j’ai été persuadée que tout avait été vécu, ressenti, éprouvé par l’auteur, et j’ai pensé que l’écrire le sauvait lui de son propre enfer, de ses douleurs, de sa folie. Cette catharsis s’étend-elle parfois aux lecteurs comme tu le suggères, je veux y croire aussi.
    Des beaux livres noirs j’en ai lu d’autres dont le récent « La route » de Cormac McCarthy. Je n’en ai pas parlé ici d’abord parce que c’est un énorme succès de librairie mais aussi parce qu’en le lisant je ne purgeais aucune de mes émotions du moment. J’ai admiré la construction, le style, j’ai aimé le roman. Avec “Le boulevard périphérique” c’est un autre rapport à l’œuvre bien plus profond, bien plus troublant, que je ressens et que je trouve difficile à exprimer, c’est pour cela que j’essaye.

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