[citation] Hervé Resse, un quincadra en révolte
Dans le post-scriptum de sa « Lettre ouverte à Ségolène, à François, à
Nicolas », Hervé Resse écrit :
PS: Si ami lecteur ou trice, tu te reconnais dans ce texte, et que tu
as un blog, ou un site, ou une page, je t’invite à faire mention de ce
texte, ou le reprendre, ou le signer. Et si on lançait la Grande
Révolte des Quinquadras?
C’est un vrai plaisir que de relayer un tel message. Lisez-le
(texte reproduit intégralement dans la suite de cette note), et faites
passer. Merci.
Dans sa lettre ouverte, Môssieur Resse salue ( -lol- ?) le rajeunissement de la
direction politique du pays, d’ores et déjà acquis, avant même le
scrutin. Il adresse ses vœux par avance à l’un des trois postulants (le
meilleur ?) dans ce nouveau poste, mais grince son amertume de ne
constater aucune diminution de la discrimination des séniors à
l’embauche, et par voie de conséquence, il cassandrise sur l’impossible dossier des retraites.
J’ajoute que le tiercé politique actuel – dans n’importe quel désordre
– est également très représentatif d’une autre classe de chercheurs
d’emploi que celle des quincadres. Tous trois sont à la recherche de
leur premier emploi de chef d’état. Aucun d’entre eux n’a jamais brigué
nos suffrages à l’élection présidentielle auparavant. Ce sera la
première fois (depuis longtemps ?) qu’aucun des candidats à la
magistrature suprême n’aura jamais exercé la fonction antérieurement.
Des bleusailles, en quelque sorte. T’as dis combien, le préavis
d’embauche, cinq ans ?
Lettre ouverte à Ségolène, à François, à Nicolas (1), Herve Resse, lundi 2 avril 2007
Vous
aurez, François Bayrou, 56 ans en mai. Entre temps, vous aurez eu,
peut-être, rendez-vous avec l’histoire. Ce printemps vous aurait offert
cet incroyable cadeau d’anniversaire: la confiance de vos concitoyens,
pour assumer cinq ans leur destinée. Belle trajectoire pour un homme
qui, en ses jeunes années, labourait un champ dans le Béarn. Bravo.Ou bien, ce serait vous, Ségolène Royal. Qui êtes de 2 ans sa
cadette. Il n’est guère distingué de rappeler leur âge aux dames. Mais
la transparence politique a des exigences… 54 ans à l’automne, vous
êtes née un "22 septembre", titre d’une jolie chanson de Brassens. On
sait l’enfance difficile qui fut la vôtre. Avoir su dépasser les
douleurs des jeunes années, et s’en nourrir peut-être pour bâtir ses
ambitions présentes, cette réussite mérite un bravo.Sinon, ce serait à vous, Nicolas Sarkozy, qu’auraient été remises
les clés de la France. Des trois, vous êtes le benjamin. 52 ans aux
derniers jours de janvier. Ce serait un beau résultat, pour celui qui
nous confie-t-on sur le net, "fut assez mauvais élève, et redoubla sa
sixième au lycée public Chaptal". Heureuse destinée qui prouve qu’on
peut avec la volonté surmonter un échec. Pour cela, bravo.Quiconque, de vous trois, sortira vainqueur, symbolisera donc un net
rajeunissement de la direction politique du pays, sinon le
renouvellement des visages, les vôtres illustrant notre quotidien
depuis quelques années déjà. N’importe! Vous arrivez à ces âges où l’on
est, – en politique -, "en pleine force de l’âge". Où l’âge n’est pas
un frein. Ou l’âge au contraire, vous porte, et jusqu’aux plus hautes
responsabilités.Rien que pour cela, vous avez eu raison, je vous le confirme, d’oser cette voie difficile qu’est la politique.
Car pour ne rien vous cacher, j’ai trois années de moins que le plus
jeune d’entre vous. 49 ans. Maîtrise de psychologie, DESS de
communication obtenu avec mention dans une des écoles les plus cotées
du métier, le Celsa. Mon mémoire de DESS reçut la meilleure note jamais
donnée à ce type de travail (du moins jusqu’au millésime 1998… après,
je n’ai pas vérifié). Jugé "excellent" par un jury de Docteurs, il
circulait encore plusieurs années après, comme une référence proposée
aux étudiants (hec, écoles de com) venus observer la culture de cette
entreprise de médias où je travaillais alors.Pourtant, je suis de ces individus qui, à pas même cinquante ans,
voient les portes de l’emploi bientôt se refermer, comme celles du
pénitencier de la chanson. Toutes les annonces auxquelles je réagis se
concluent par les mêmes réponses, standardisées, polies, politiquement
très correctes… "malgré tout l’intérêt que présente votre
candidature…"Je m’en étonne auprès de recruteurs. J’obtiens deux types de réponses.
La première émane de ceux qui m’auront répondu: « votre âge? Non
!! A 49 ans, fort heureusement, on n’est pas encore "trop vieux" pour
ce type de poste!… Simplement, nous avons trouvé un profil
correspondant davantage que le vôtre… Voilà tout… » Foin des viles suspicions, mon vieux! "Discrimination"? Vous voulez rire?La seconde réponse vient de recruteurs "neutres", qui n’évoquent pas ma candidature, mais l’état du marché: «
bien sur, que votre âge est un handicap! Sauf exception, personne ne
recrute plus sur annonce AU DELA DE 40 ANS!… Alors, 49, vous pensez!!
»Voilà le pays que vous aller diriger, madame, monsieur. Celui où du
fait de votre tranche d’âge, on ne veut plus de vous, contrairement à
la vôtre… qui pourtant est la même.Tout le monde évoque la difficile intégration des jeunes de
banlieues, les discriminations au patronyme, au faciès, à l’adresse de
résidence. Je n’en disconviens pas. Cependant, toutes les études
sérieuses entreprises sur ces sujets indiquent que la première
discrimination est celle qui touche les seniors. Et semble-t-il, de
plus en plus tôt. Pourquoi dès lors, ne s’en préoccupe-t-on pas?La réponse est simple. Les quinquas pêtent pas les vitrines. Les
quinquas crament pas les bagnoles. Les quinquas hurlent pas leur rage
et leur haine. Les quinquas se lancent pas dans le slam assassin, ou le
rap qui arrache, ou le métal qui tache. Pas que l’envie leur manque,
d’ailleurs. Mais les quinquas ont parfois de l’arthrose ou des kilos en
trop, et donc pas l’assurance de pétave leur mère aux compagnies de keufs, aux bleus, aux CRS.
Alors ils font le gros dos. Serrent les dents. Deviennent peu à peu
réacs, aigris, avec au cœur cet autre genre de haine qui monte, et ne
se défoule qu’au fond des isoloirs. Ca n’est guère reluisant. Je ne
suis pas sûr que la plupart en soient au fond très fiers.Permettez moi de vous donner un conseil. (D’habitude, j’en vends. Du
moins, j’en vendais). Lorsque vous en serez au conseil des ministres du
mercredi, quand l’ordre du jour appellera la communication des
politiques d’emploi par le ministre du travail, mettez donc les bons
résultats au crédit de votre politique. A aucun moment n’allez songer à
la présente lettre que de toutes façons vous n’aurez pas lue. Evitez de
penser à tous les quinquas, ou quadras, même, cadres ou non, tous plus
jeunes que vous, qui sont pourtant déjà trop vieux pour travailler,
qu’on a sorti des chiffres par quelque ruse habile. Ca vous gâcherait
le plaisir; et notre pays n’est pas en si grande forme qu’on pût
s’autoriser à mettre son ou sa présidente de méchante humeur pour des
fariboles statistiques…En revanche, songez-y un instant, tout de même, quand vous en
viendrez au volumineux dossier "retraites". Et qu’il vous faudra
convaincre les français de travailler cinq à six ans de plus, alors
qu’un bon paquet aura déjà été sorti du manège depuis dix ans au moins.Bonne chance à vous, madame, monsieur, pour ce nouveau job, du moins
au meilleur de vous trois, qui aura su décrocher la queue du mickey
républicain.Merci de me retourner vos bons voeux. A défaut de considération, je
crois, ou plutôt, je crains, d’en avoir pour l’avenir le plus sérieux
besoin.Votre dévoué Hervé Resse ("pire… mais de moins en moins…")
PS: Si ami lecteur ou trice, tu te reconnais dans ce texte, et que
tu as un blog, ou un site, ou une page, je t’invite à faire mention de
ce texte, ou le reprendre, ou le signer. Et si on lançait la Grande
Révolte des Quinquadras?
elle
Ne faudrait-il pas plutôt faire évoluer la mentalité des entreprises à l’égard du facteur âge dans la décision d’embauche ?
j’ai vu recemment une campagne pub à la télé qui vantait les atouts des quinquas , je ne sais pas qui la finance ( peut-être l’Apec?)
en matière d’emploi, les vrais décideurs sont aujourd’hui les actionnnaires , une race d’individus au raisonnement binaire qui n’a qu’un outil dans sa boite à outils : le profit,
Quand arretera t-on de classer les entreprises en fonction du montant de leurs profits mais plutôt en terme de réussites ou d’avancées sociales ?
mais j’oubliais, les actionnaires ne sont pas des philantropes …
tilly
b’Elle, ne serais-tu pas influencee par cette histoire de “TVA sociale” – pas claire-claire pour moi, va falloir que j’aille me promener sur la toile, ca doit en causer pas mal – ?
Ne te meprends pas, dans son billet Mossieur Resse dit bien que les entreprises sont 100% responsables de cette “politique de rajeunissement” entierement basee sur l’abaissement de la moyenne d’age des salaries.
Sa “lettre ouverte a…” n’est qu’un excellent pretexte bloguesque pour lancer son cri de desespoir rageur.
Okay le titre est trompeur, mais le contenu est clair. Mossieur Resse ne se fait, je pense, aucune illusion sur l’importance que ne donnera pas le candidat elu, qu’ilelle soit, a une revolte des quincadras.
J’ajouterais pour mon compte, qu’aucun de trois n’aborde non plus les problemes de nos aines tres vieillissants, parmi sans doute bien d’autres choses oubliees.
Môssieur Resse
Merci Tilly! De ce lien, et de ton commentaire qu’évidemment je partage. Sur le fond, je pense que ce n’est pas à l’état de faire évoluer la mentalité des entreprises, mais de permettre l’application d’un contexte favorable à l’emploi. C’est à dire, en gros, baisse des charges et incitation à l’embauche de tous types de salariés, car je n’oublie pas que les jeunes ont autant de difficultés à s’insérer que les vieillissants à se maintenir!
Elle
La France est le pays européen où fleurissent pas moins de 35formes contratsde travail aidés et un nombre de mesures incroyable pour soutenir l’emploi….avec l’éfficacité qu’on connait
des pays comme la Grande Bretagne, ou la Scandinavie n’ont rien changé depuis vingt ans à la politique de l’emploi..avec les résultats que l’on sait…
alors faut-il continuer à demander aux politiques d’inventer des mesures d’aide à l’emploi tous les quatre matins ?
tilly
Elle, je te sais habituee a un outil de bloguage plus sophistique’ pour la gestion des comms, alors c’est juste pour te prevenir que Mossieur Resse, n’a pas ete notifie’ ce ce que tu lui as repondu ici 🙁