Larmozieu
sur les échanges de regards, de sourires et de larmes dans le métro parisien (voir aussi la note de Durell, pour un autre registre)
Ligne 8, direction Balard, vers 11 heures, hier matin. Le SDF clochard vient vers moi du fond de la rame. Pas véhément, pas insistant, juste épuisé, au bout du rouleau. Il se place devant chaque passager, un peu trop près, il penche sa grande carcasse, avance sa grosse paluche gercée et marmonne tout doucement des mots qu’on entend pas. Ça lui prend trois stations pour faire tout le wagon, et quand il se penche vers moi, il n’y a que quelques centimes d’euros dans sa main. J’y mets une pièce sans le regarder dans les yeux. Il s’assoit sur le strapontin en face et je sens qu’il cherche mon regard. 2 euros pour le sourire qu’il m’a donné, c’était vraiment pas cher. Il avait relevé la tête, il avait des yeux bleus et me souriait comme un petit enfant, ce géant tout abîmé. [Niagara] J’ai pris une grande respiration ventrale, reniflé un bon coup. Ouf, personne n’avait rien vu. Si, une jeune fille qui me faisait face, un peu plus loin, qui serrait ses lèvres très fort mais n’arrivait pas non plus à ne pas pleurer.
Smile
Michel Ickx
Très émouvant Tilly, et très beau. Je me suis efforcé de regarder ces mendiants dans les yeux, me souvenant d’une coutume Bantoue: On ne vois pas les morts. Ne pas regarder un être humain est le considérer comme un mort. Les bantous se regardent dans les yeux et leur salut n’est pas notre bonjour, mais un “je te vois” adressé aux vivants. On peut beaucoup apprendre dans le métro!
Michel
Durell N. Moriarty
Ton très joli billet me fais penser à une petite expérience que j’ai pu tenter il y a quelques temps.
J’entre dans un wagon de la ligne 6 avec de la musique forte sur les oreillles. Malgré la musique, j’entend un mec gueuler. C’était un mec d’une cinquantaine d’année, complètement bourré, visiblement clochard/sdf, assis tout seul sur strapontin alors que le métro était bondé et qui s’en prenait à un jeune couple assis sur les strapontins d’en face. Personne donc n’avait envie de s’aaseoir avec lui et le couple, ainsi que tous le monde feignaientt de l’ignorer. Il était le seul à bénéficier d’un espace de deux mètres devant lui. Comme le mec gueulait vraiment très fort, j’étais terrorisé à l’idée de faire le reste du voyage dans ces conditions. J’ai donc bousculé le tout le monde, excusez-moi, pardon, s’cusez, pour traverser le vagon. Je m’asseois à côté du bonhomme en question et je commence à lui parler gentiment pour qu’il arrête de s’en prendre à la fille d’en face. Il n’a pas arrêté de gueuler du reste du voyage mais je l’ai fait parler. J’ai réussi à lui faire baisser le ton un peu mais j’ai eu droit à tout son délire personnel légèrement facho.
Ce qui a été un expérience c’est que du coup, les gens m’ignoraient moi aussi. Le jeune couple en face n’a même pas paru soulagé que je les débarasse du boulet, pas un regard quand ils ont quitté le wagon. Pareil pour tous les autres. Je ne cherchais pas de reconnaissance mais ce malaise ambiant m’a étonné.Peut-être que les gens ignorent par peur d’être ignorés aussi 😉 C’est pas très logique mais on dirait bien que …
J’ai laissé mon bougre à Montparnasse en le priant de ne pas s’en prendre à tout le monde comme ça.