[danah boyd] please, please, please…
Dear Media, Back The F*** Off Newtownlien
Je propose une traduction à l'arrache de l'article d'opinion que danah boyd, punk-sociologue américaine spécialiste de la communication des jeunes et des réseaux sociaux, vient de poster sur son blog, pour dénoncer le harcèlement médiatique des proches des victimes à la suite du massacre de Newtown.
“ A la fin mai – ou peut-être tout début juin – 1999, je me suis retrouvée un jour dans une rave party installée en pleine campagne pas loin de Denver. Je sillonnais le pays en voiture mais je n’étais pas très au fait de la topographie de la région. A cette époque, les raves rassemblaient des jeunes entre 16 et 30 ans. J’avais installé ma tente et j’étais en train d’y rédiger des notes pour mon journal quand quelques jeunes vinrent me demander si ils pouvaient s’abriter. Il y avait beaucoup de vent, ils n’avaient pas de tente, et ils n’arrivaient pas à allumer leurs cigarettes. J’acceptais, la conversation s’engagea. Quand je demandais d’où ils venaient, les regards se firent fuyants. “Littleton”, répondirent-ils. “C’est près d’ici ?” insistais-je sans remarquer leurs yeux agrandis par l’incrédulité, sans m’apercevoir que je m’enferrais dans ma gaffe avec mes gros sabots. Soudain, un éclair de compréhension. Columbine. Evidemment, ce groupe d’ados venaient de Columbine. Ils étaient tous là quand leurs copains s’étaient fait massacrer. Il n’était pas question pour moi de leur parler de ce jour-là, mais j’ai voulu savoir comment ça allait pour eux depuis. Ce que j’entendis me pétrifia. Ils avaient tous laissé tomber l'école parce que le comportement imbécile de la presse était allé au-delà de ce qu'ils pouvaient supporter. Ils m’ont raconté qu’ils n’avaient plus la force de répondre au téléphone qui sonnait jour et nuit, c’était toujours la presse qui voulait les faire parler. Ils m’ont raconté la traque des journalistes, où qu’ils aillent. Tout ce qu’ils voulaient c’était qu’on les laisse tranquilles. Très vite, ils ne sont plus allés en cours, et de toute façon c’était presque la fin de l’année, c’était le bordel, et personne n’avait rien dit.
Ce qui s’est passé à Newtown est une horreur. Je comprends le besoin qu’il y a à parler publiquement de questions que le drame amène chacun à se poser. Les maladies mentales. La réglementation de la vente d’armes. Le déchaînement de la violence en société. L’héroïsation des criminels. La perte de repères de la jeunesse. Les sujets à débattre sérieusement sont nombreux et il faut reconnaître qu’une telle crise a le mérite, qu’on peut trouver heureux ou malheureux, d’amener ce type de questions à la surface de la conscience collective.
Mais s’il vous plait, s’il vous plait…
C’est vraiment pas possible, de laisser les pauvres gens de Newtown tranquilles ?
C’est vraiment pas possible, d’arrêter de brandir des micros et des caméras à hauteur de frimousses d’enfants figés d’effroi ?
C’est vraiment pas possible, de ne pas se conduire en charognards en quête de commérages ?
C’est vraiment pas possible, de laisser des parents en deuil choisir le moment et la tribune qu’ils souhaitent pour raconter leur histoire en public ?
C’est vraiment pas possible, de donner d’eux une image sereine et digne, plutôt que de les réduire à un grand spectacle de deuil ?
Oui, ce sont les media qui fonctionnent comme ça. Mais si ils le font, c’est parce que nous-mêmes – le public – nous nous gavons béatement des représentations publiques du malheur. Notre fascination collective pour les tragédies encourage les médias à charcuter les blessures des gens, rien que pour obtenir une histoire encore plus sensationnelle que la précédente. Et pire, nos comportements sur les réseaux sociaux font que les créateurs de contenus recherchent le genre d’histoires que nous aimons faire circuler. J’ai même souvent la nette impression que ceux qui critiquent les dérapages médiatiques (comme les interviews d’enfants), sont les mêmes qui diffusent des histoires abominables.
Comment faire machine arrière et exiger de la dignité lorsqu’il est question de rendre compte d’une tragédie ? Et nous, public, comment ne pas jouer ce jeu atroce de surenchère de sensationnel ? Je n’ai pas les réponses, mais la seule pensée que je puisse avoir maintenant est pour ces pauvres petits élèves de Newtown. Leurs existences ont volé en morceaux au moment où ils ont été les témoins de la mort de leurs petits camarades, et tout de suite après les journalistes enfonçaient le clou dans l’espoir d’obtenir un scoop. Ne laissons plus détruire des existences au delà du peu qu’il en reste après le traumatisme. Nous voulons des médias dont la ligne de conduite morale soit de ne pas rajouter au mal qui a été fait.
Pour moi, les journalistes doivent pouvoir donner la possibilité aux gens qui le souhaitent de raconter leurs histoires pour les partager, mais il y a une énorme différence entre donner cette possibilité, et faire la chasse aux témoins. Lorsque les gens sortent de chez eux et se rassemblent pour exprimer leur compassion, cela ne veut pas dire qu’ils le font pour se retrouver à l’image sur toutes les chaînes de télévision. Le simple fait que des gens se déplacent dans un espace public ne fait pas d’eux des personnages publics. Donnez-leur la parole si ils la demandent, mais laissez-les pleurer leurs morts sans être obligés de s’exprimer si telle est leur souhait. ”
traduit de l'américain : Dear Media, Back The F*** Off Newtown, danah boyd on apophenia,lien 16 décembre 2012
Dreamer
Tout à fait d’accord, dirait un habitant de Bugarach.
tilly
c’est vrai, je reconnais que ça fait très “wishful thinking” surtout quant au comportement des médias…
mais vu aussi passer ce message d’un journaliste américain, John Oliver, The Daily Show :
” One failed attempt at shoe bomb and we all take off our shoes at the airport. Thirthy-one school shootings since Columbine and no change in our regulation of guns. “
Alain Baudemont
Il est vrai que le comportement médiatique fondé sur la seule implacable soumission d’écouter, de lire, ou de crever, est un monstre qui ne porte pas encore son véritable nom. Cruel, très certainement, jusqu’à l’inhumain trop inhumain, ce média-monstre ajoute, horreur ultime, des hauts niveaux de stress sur toutes “les familles” qui déjà subissent le pire, la perte d’un enfant, d’une mère, d’un père. Mais vient le moment où déjà, un peu partout dans le monde, des consciences nobles, des voix s’élèvent contre ces pratiques dans lesquelles (n’en doutons pas) des “entités gouvernementales” sont impliquées ainsi que des réseaux. Les cibles (les familles) comment le pourraient-elles, ne comprennent pas ce qui se passe (qu’est-ce qui c’est passé ?) avant un long cheminement intérieur, et voilà qu’elles se trouvent irrémédiablement “enfermées” dans un chaos totalement anxiogène, dans une destruction progressive, pratiquée par “un ou des groupes” (nous le savons) aux moyens de pressions réitérées et destinées à obtenir de force, c’est là le paradoxe, quelque chose comme “un état permanent de terreur”. Nous sommes tous de potentielles victimes, et je trouve extrêmement honorable de votre part, chère tilly, d’avoir traduit le billet de danah boy, (qui est aussi bien votre pensée claire) et que j’espère, des personnes vous suivront, car il est plus que temps, c’est tout à fait vrai, que cesse ces façons malveillantes, délibérément et malicieusement répétées, ces odieuses façons, qui harcèlent, font menaces, avec intentions de nuire.
tilly
Cher ab, coucou le revoilou, votre commentaire refusé hier pour de mauvaises raisons qui sont en cours d’investigation chez l’hébergeur… il avait filé direct (comme toutes vos autres tentatives de le poster) dans un tiroir à spams (!)
Du coup je supprime les 4 éclats de taille réduite que j’avais créés hier en le découpant. Dommage, on avait inventé tous les deux, le commentaire hologramme 😉
Bien sûr je vous remercie beaucoup pour ce texte ; si j’étais courageuse, je le traduirais pour le mettre en commentaire au billet de danah boyd en votre nom… mais je suis plus forte en version qu’en thème, hélas ;(
Alain Baudemont
Ce n’était là qu’un bel humour de la chose “machine”, chère tilly, voyez-vous ça, qui voulait partager, avec l’homme, un désir de franche “coupure”. Allez, demeurons humain (s), et pardonnons le coup de folie de cette pauvre machine, n’avons nous pas, nous aussi, nos lapsus, nos mots d’esprit insistants et super nichés au fin fond de nos palabres.
Je te coupe pour mieux me couper, couper ce que je fais, et ainsi te relancer, dirait Jyllo à Vladio (dans un autre monde) ajoutant que le désir ne coule que coupé; qu’une machine-désirante ne marche qu’en se détraquant; que la manière de marcher à la coupure, tu sais quoi, mon Vladio, c’est ce qui définit la littéralité.
Ici, ambiguïté du dire, peut-être, tantôt coupure comme interception d’un flux qui coulera dans de nouvelles conditions, tantôt coupure, règlage du débit, écoulement régulier du flux. Alors imaginer du débit complètement irrégulier.
On inventerait une machine à couper du saucisson, une machine désirante, à chaque fois un morceau, mais pas de saucisson. Le saucisson à chaque morceau se transformerait en autre chose. Bon, chère tilly, je m’arrête là, ça part (je le vois bien) vers un devenir de délirance à piquer de l’esprit sain.
Tandis qu’un cirque avec Yoyo, c’est quand même plus beau !
ps : Votre performance de trapèze (la contre volée ou piqué changement de mains) est championne du monde. Même si comme vous le souligner, et que je partage “Dommage, on avait inventé tous les deux, le commentaire hologramme 😉
yours (ab)
Alain Baudemont
Votre performance de trapèze, chère tilly, (la contre volée ou piqué changement de mains) est championne du monde. Même si comme vous le souligner, et que je partage “Dommage, on avait inventé tous les deux, le commentaire hologramme 😉
yours (ab)
tilly
ah ben celui-là aussi était coincé dans la catégorie spams depuis jeudi… j’avais pas vu ;(
du coup je comprends mieux l’allusion à mes talents de trapéziste virtuelle (ou virtuels) 😉