Droite gauche, le clivage
En sortant du bureau je choisis pour rentrer de partir à droite ou à gauche.
Si je prends à droite, je vais vers la Porte d’Italie, je remonte à pied le long de voies qui longent bretelles d’accès du périphérique ou de l’autoroute. Les voitures me frolent, le trottoir est quasi inexistant. Même si le soleil brille, c’est tout gris-noir, craspec, sordide. Je laisse derrière moi ce qui me semble être la périphérie de Paris la plus désolée au sud, le Kremlin-Bicêtre. Je me hâte de traverser le pont au dessus du flot rageur des voitures pour entrer dans Paris, mais l’environnement n’y est pas plus engageant. Je longe une énorme station service puante et suintante. Pas un magasin digne de ce nom sur mon chemin, Encore quelques mètres et c’est presque un soulagement de s’engoufrer sous terre.
Si je prends à gauche, c’est douceur et volupté presque champêtres. J’en oublie le périphérique qui passe très haut au-dessus de ma tête. Je longe un parc parfaitement entretenu, j’arrive à la Poterne des Peupliers. Là c’est le treizième arrondissement, les petites rues coquettes qui remontent vers la Butte aux Cailles, les jolies maisons individuelles ou presque, avec des jardinets fleuris.
Evidemment maintenant que je sais, je vais prendre régulièrement à gauche et je vais finir par l’oublier, ce no man’s land déshérité à quelques mètres de là, sur la droite. Il y a quelques années, c’était un peu comme ça à Issy-les-Moulineaux, à Arcueil, à La Place. Et puis peu à peu les choses ont changé, avec l’arrivée des entreprises, des bureaux, et la fermeture des petites usines et ateliers qui vivotaient et déclinaient aux portes de Paris.
leblase
En fait, si dans ton chemin de droite, tu passais à gauche avant la vilaine station service, tu trouverais un enchevêtrement de petites rues, parviendrais au-dessus de l’ancienne voie ferrée à un groupement d’ateliers où se pratiquent toutes sortes d’art, longerais des petites maisons, petits immeubles riches d’activités artistiques, politiques voire informatiques, et tout aussi simplement de la vie.
Mais surement pas pour très longtemps. Ce que ça veut dire, tilly, c’est que tu peux prendre n’importe quel chemin et y trouver d’autres opportunités encore, à gauche à droite, tu peux choisir, revenir retourner frapper aux portes: c’est derrière la façade que se trouvent les gens.
tilly
leblase> Tu me fais tourner la taî-teu…
C’est quoi le contraire d’un empêcheur de tourner en rond ? Mais la leçon est belle, je la retiens.
PS – je vais corriger les fautes de frappe qui rendent un peu cryptique ton commentaire 😉
Didier
Tilly, Leblase : mais vous zavez pas fini de vous faire des papouilles tous les deux ! Et que je tourne à droite, et que je te tourne à gauche, et que je te fais perdre la tête teu ! ah la la, c’est indécent.
tilly
Didier à sa fenêtre> … t’es bê-teu, bê-teu, qu’est-ce que t’as donc dans la tê-teu, tê-teu ?
[d’après Françis Lemarque]