[extrait nabe] each day is valentine’s day
Chaque 14 février, il faut écouter My Funny Valentine par Chet Baker…
En intro-bonus cette année, voici l'extrait de l'entrée du Vendredi 23 février 1990, page 3589, In:
Kamikaze, Journal intime 4, de Marc-Edouard Nabe
“ Vu Let's Get Lost (“ Perdons-nous… ”) de Bruce Weber, un film sur Chet Baker : une merveille ! Finalement, les jazzmen ont eu de la chance : quand on voit les documentaires lamentables concoctés sur les écrivains !… Bud a eu Stopforbud de Jorgen Leth et Ben Webster, un très bon Big Ben, paraît-il… Ce Bruce Webster vient de composer, en noirs et blancs, avec des images d'archives, photos filmées, interviews de membres de sa famille tous plus détruits encore que le grand junkie au speedball (mélange de cocaïne et d'héroïne), un vrai film fictionnant la réalité comme je les aime. Même les palmiers, les plages, les auto-tamponneuses, les petits chiens et les pin-up ont leur place et leur sens dans ce portrait auquel le modèle, un peu avant de mourir, s'est prêté de bonne grâce avec son air de momie roublarde, ou de Christ ridé dans le vent d'une décapotable, selon les plans. Mosaïque parfaite. Les anecdotes des femmes de Chet se débinant les unes après les autres, comme les confidences de la mère avouant que son fils l'a "déçue" et celles des enfants essayant de culpabiliser leur père sont comme des chorus sur son standard intérieur. D'une séance d'enregistrement à une chambre d'hôtel, d'un festival de Cannes en Californie, Chet se raconte en mots, en notes, en sourires, en soupirs. L'édenté du Cool n'a jamais été plus poignant.
Toutes les nostalgies sont là pour l'avenir, voilà pourquoi le film est au présent pour toujours : Chet le résume lui-même à la fin. C'est tout juste si ce n'est pas lui qui nous apprend sa mort, signalée au générique final, à l'âge de 58 ans : le toubib hollandais qui l'a découvert dans sa flaque rouge sur le trottoir l'a pris pour un homme de 35 ans (exactement le contraire de Charlie Parker) ! Bravo Weber. Beau travail sur le temps, la chair, le son, la mort, bref sur tout ce qui compte. ”
ramses
Chère Tilly,
Pardonne mon silence, tu es toujours dans mes pensées.
“Let’s get lost” est effectivement un fabuleux hommage à l’extraordinaire Chet Baker. Je l’ai visionné plusieurs fois en DVD, comme j’écoute toujours régulièrement tous ses enregistrements.
Chet a marqué ma jeunesse, je l’ai découvert lorsque j’avais 18 ans (ça fait un bail !), quand il jouait avec le Gerry Mulligan Quartet, en 45 tours Vogue à l’époque (réédité en CD sur Pacific Jazz CDP 7 95481 2 “The best of the Gerry Mulligan Quartet with Chet Baker”), un MUST à (re)découvrir absolument, comme tout ce qu’à produit Chet Baker, pour moi un Ange au destin tragique…
Je suis pour quelques jours dans le midi, je repars jeudi prochain en Tunisie… Tout va bien…
Avec mon amical souvenir.
PS : M.E.N. me plait de plus en plus !
tilly
Cher ramses, ça fait plaisir de te re-lire !
C’est bien de retourner déjà en Tunisie (tu raconteras un jour ?).
Je n’y suis jamais allée et ne voyage plus beaucoup mais ce sera sûrement notre destination pour fêter 30 ans de mariage 😉
Tu devrais aimer le dernier numéro de la revue So Jazz :
http://sojazzmusic.com/2011/02/14/le-nouveau-so-jazz-est-en-kiosque/
Avec un hénaurme dossier sur Monk… par MEN of course!
Tout un large extrait du Régal des vermines, et un entretien.
Cerise sur le gâteau, dans le même numéro, un dessin de Laurent Lolmède :
http://www.lolmede.mobi/blognotes/index.php?2011/02/11/844-so-jazz
Take care!
ramses
Merci Tilly, de m’avoir fait connaître So Jazz, je vais essayer de me procurer ce N° consacré à Monk, pour moi aussi l’un des plus grands pianistes de tous les temps. MEN a raison de le qualifier de “philosophe”. Jamais (à part peut-être Glenn Gould) un pianiste n’aura autant exteriorisé ses émotions… Thelonius Monk, Chet Baker et Miles Davis ont bercé ma jeunesse et m’ont accompagné, comme de nombreux autres jazzmen, tout au long de ma vie.
A part ça, je me suis procuré le coffret de Pierre Etaix, superbe ! Souvenirs, souvenirs !
Je garde un merveilleux souvenir de cette soirée au Petit Journal !
La Tunisie est devenue un bateau ivre, j’espère qu’elle parviendra à se dégriser !
Amitiés !