Imagine

Si je te raconte que la famille qui marchait devant moi vers la Poterne des Peupliers était constituée des parents, chacun avec une poussette occupée, et de trois petits, dont l’un sur un tricyle, tu vois quoi, toi, tu imagines qui ?

– Une gentille petite famille nombreuse, bon chic bon genre, voire aristo-catho un peu gênée aux entournures, mais so chic, comme on en voit au parc Montsouris le dimanche ?

Ben t’as tout faux. Eux qui marchaient devant moi étaient sales, tristes et sans âge. Les enfants, petits, malingres, mal habillés, les bébés dans les poussettes, barbouillés de poussière, morveux. J’ai d’abord dépassé la maman entourée des plus grands, le papa était quelques mètres devant. J’ai cru que c’était l’état de la poussette déglinguée qui expliquait sa progression malaisée sur le trottoir pourtant sans obstacle. Puis, arrivée à sa hauteur, j’ai compris à l’odeur de l’alcool que le papa titubait parce qu’il était complètement saoul. Ils ont continué leur chemin et je les ai retrouvés à la station du tramway. Ils sont montés avec les poussettes et le tricycle, sans  bousculade,  sans un  mot, sans un cri,  ni un rire. A Cité Universitaire ils se sont préparés à descendre avec la foule des voyageurs du RER B. Quand je me suis approchée de la maman avec deux tickets restau, une petite main crasseuse s’est tendue et la petite fille a eu l’air de recueillir un trésor. Ils n’avaient rien demandé, ils n’ont presque rien eu.

Imagine le futur de ces cinq petits d’homme.

2 thoughts on “Imagine

  • mamz'elle
    10 octobre 2007 at 7h53

    donner un peu de chaleur humaine , et de l’espoir en un monde plus solidaire , ce n’est pas rien…oui, j’imagine dans ta main tendue, même avec si peu à donner,j’imagine un rêve de vie meilleure…

  • tilly
    10 octobre 2007 at 21h17

    Imagine no possessions
    I wonder if you can
    No need for greed or hunger
    A brotherhood of man
    Imagine all the people
    Sharing all the world

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