[lu] le train sous la neige, roman d’andré gardies
note de lecture pour le site et blog les-agents-litteraires.com
Aïeee ça va pas être facile… Pourtant le roman d'André Gardies démarre bien, j'ai trouvé.
L'image de couverture et le synopsis en quatrième sont fidèles à l'ambiance très cinématographique des premiers chapitres : un film des années 60, en noir et blanc, un fugitif, une ambiance à la Boileau-Narcejac hésitant entre onirisme et réalisme, très prometteuse…
Le style est impeccable, précis et très descriptif, peut-être trop, justement, pour que le mystère et les tourments psychiques du héros, Fernand Maugrain, s'installent durablement, et m'intriguent au-delà de la moitié du roman. Assez vite, je n'ai plus adhéré à la réalité psychologique des personnages, surtout féminins.
Je le reconnais volontiers, je ne suis pas une bonne cliente pour les histoires de possession, de magie noire, ou de vaudou, même quand la fragilité du sujet est motivée, et bien expliquée, comme ici. André Gardies joue un temps sur l'ambiguïté de l'interprétation des situations : son héros fantasme-t-il son aventure, ou bien est-il la victime complaisante de nouvelles Louves ? Mais l'auteur choisit et explicite, trop vite à mon goût, l'une des deux voies pour orienter son scénario. Je ne dirai pas laquelle, juste que ce n'est pas celle que je préfère !
Pourtant je retiendrai pour leur force et leur écriture, plusieurs scènes remontées de la mémoire douloureuse de Fernand Maugrain. Il y a le bizutage du petit pensionnaire venu de la campagne. Toujours enfant, l'accident de barque et la noyade juste évitée. Plus tard la fascination pour un grain de beauté au visage d'une compagne, la folie violente qu'elle entraîne. Des scènes difficilement supportables de la guerre d'Algérie, de ses atrocités. Des réflexions originales sur le portrait photographique, le masque, qui sont pour l'auteur beaucoup plus que des représentations inertes. Chacune de ces histoires cruelles ferait à elle seule un point de départ romanesque intéressant, dans un recueil de textes courts.
Ce qui n'a pas bien fonctionné pour moi, c'est le montage, la progression de l'histoire, son découpage. Néanmoins j'ai été sensible tout au long du roman à la tenue du style, et à l'attachement affectif de l'auteur pour son personnage principal, particulièrement dans ses grands moments de faiblesse. Pour moi cela signe le plaisir d'écrire authentique et jubilatoire d'André Gardies.
Un léger bémol encore, concernant la présentation du livre.
Édition de la Mouette s'appuie sur le système d'impression à la demande lulu.com. Très bien, mais y a-t-il un contrôle du fichier numérique imprimable par l'éditeur, ou bien tout repose-t-il sur l'auteur, comme pour une autoédition pure et simple ? J'ai été un petit peu gênée par le côté peu littéraire de la mise en page de l'ouvrage. Quelques unes des normes de présentation de base ne sont pas respectées. Ainsi, les pages précédant le début du texte proprement dit ne devraient pas être numérotées. Le titre et le nom de l'auteur qui courent en hauts de page ne se justifient guère puisqu'ils ne changent jamais. La pagination serait mieux venue en milieu de bas de page. Mais puisqu'il s'agit d'impression à la demande, des corrections cosmétiques doivent pouvoir être apportées à tout moment sans grever beaucoup le budget d'édition, non ?
leblase
Merci Tilly pour ces critiques: ça ne doit pas être facile en effet, surtout quand tu te trouves face à un genre que tu n’aimes pas (moi non plus d’ailleurs, le trip possession, comme le fantastique, les vampires j’aime pas trop).
Mais tu t’en sors bien. C’est important en effet de dire quand ça ne marche pas, et de le dire de façon aussi clairement argumentée.
En ce moment, comme je quitte une maison, j’essaye de me débarrasser de livres: c’est pas facile, car j’aimerais les donner plutôt que les jeter, notamment “Faut-il manger les animaux?”.
Je vais le refiler à la charmante vendeuse de légumes bio..
tilly
De J. Safran Foer, j’avais bien aimé le roman : “Tout est illuminé”…
J’aime bien que tu dises “quitter une maison” plutôt que déménager, sois pas triste, une de perdue… une autre de retrouvée, enfin j’espère pour toi !
Pierre Lasne
Bonjour Tilly,
Je suis l’éditeur de ce livre. Il a nécessité beaucoup de travail en collaboration avec l’auteur. Je ne suis absolument pas d’accord avec ce que vous appelez le bémol. Lulu.com fabrique les livres que j’édite, et je me sers (entre autres) de leur site pour vendre. C’est tout. Il ne s’agit absolument pas d’autoédition. La présentation du livre, sa mise en page ne vous plaisent pas. C’est votre droit de le dire. Comme j’ai le droit de dire que je ne suis absolument pas d’accord avec vos “recommandations” de mise en page. Par contre je trouve votre critique du contenu très pertinente et plutôt globalement positive.
tilly
Merci Pierre de passer par ici, j’espère aussi vous retrouver sur le site des agents-litteraires quand ma note de lecture y sera publiée 😉
Mon beau-frère est imprimeur-typographe c’est sans doute pour cela que je suis pointilleuse sur la présentation des livres… Votre mise en page correspond pour moi à la présentation d’un rapport scientifique ou technique, mais vous avez raison, c’est votre droit de trouver cela plus élégant ou moderne, contrairement à moi. J’ai sans doute publié trop de rapports techniques dans ma vie pour aimer en retrouver la forme quand je lis un roman. Une histoire de goût, sinon de couleurs !
ps – une petite typo minuscule, page 13, ligne 9 : “il y a avait”