[lu, masse critique, babelio] retour à sand hill, roman de kateri lemmens
La Valette, 174 pages, juin 2014, 16 euros lien
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre)
Comment ai-je pu rater le lancement d'une opération masse critique de Babelio ? Et en plus celle de la rentrée ! Quand je me suis réveillée, il n'était pas encore trop tard, mais la liste des livres proposés était déjà bien réduite et j'ai fait mon choix complètement au hasard, n'ayant jamais entendu parler ni de l'auteure, ni de son éditeur.
La Valette lien est une petite maison d'édition lorraine créée récemment qui publie le premier roman de Kateri Lemmens, une universitaire québécoise.
Eh bien, ce fut une excellente pioche !
Ce roman étrange et profond décrit d'abord le huis-clos toxique entre deux hommes : Oscar Stern, un vieux professeur de philosophie acariâtre, devenu aveugle, et Ludovic Brunswick, le jeune étudiant discret et consciencieux qui entre à son service pour l'assister dans son travail intellectuel. Mais les choses changent rapidement. Stern, de plus en plus exigeant, transforme peu à peu Ludovic en guide d'aveugle, exerce son sens de l'observation, et lui révèle enfin ce pourquoi il l'a réellement engagé : lui rapporter le comportement, les moindres faits et gestes, d'une jeune femme qui vit seule dans l'immeuble d'en face. Qui est-elle ? Comment est-elle liée à Stern ? Ludovic ne le saura peut-être jamais.
Pour faire vite et schématique, j'ai "retrouvé" un peu de Ian McEwan et de Nancy Huston dans cette histoire de secret à demi dévoilé. A la manière littérairement perverse du romancier anglais (IMcE), Kateri Lemmens distille habilement le malaise dans l'évolution de la relation entre le professeur misanthrope, manipulateur, et l'étudiant fasciné, englué dans son admiration-haine pour le vieil homme. Dans la seconde partie, c'est au style de l'écrivain canadienne (NH) que j'ai pensé, avec la confession introspective de la jeune femme espionnée, sa narration d'abord lentement évoquée d'un traumatisme de l'enfance. Romantisme et psychanalyse sont efficacement mêlés, comme souvent dans les romans anglo-saxons : j'ai "pensé" aussi à du Daphné Du Maurier (mais ça fait longtemps)…
Roman de l'isolement volontaire, de l'effacement, du souvenir, de la culpabilité, Retour à Sand Hill intrigue, étonne et bouleverse. On y repense longtemps après l'avoir refermé.