[lu] presque mort à venise, récits de voyage de jackie berroyer
Le Dilettante, novembre 2024, 253 pages, 22 euros
Comme je le disais déjà ici lien : à l’automne, j’avais encore Venise dans le cœur et la tête ; je ne pouvais pas passer à côté de ce titre de la rentrée littéraire, ni de ce dessin de couverture de Vuillemin !
Mais Jackie Berroyer est un filou. Avec ce qu’il nous dit de Venise dans Presque mort à Venise, Le Dilettante aurait eu du mal à produire plus qu’une plaquette. Alors oui, Venise est un peu l’Arlésienne de ce recueil de voyages, mais c’est ça qu’est drôle, et réussi. Il y a bien Venise, mais en doses homéopathiques, dans chacune des chroniques des années 80 que Berroyer a retravaillé pour Presque mort.
Je ne le voyais pas en journaliste globe-trotter, Jackie. C’était oublier son côté frégoli : professeur de philo, “ standardiste ” sur Canal, chroniqueur de revues satiriques, écrivain, second rôle dans pas mal de films et séries, scénariste, acteur au théâtre, etc.
Je ne le voyais pas en petit reporter, mais étonnamment, je l’ai vu (croisé) à plusieurs reprises durant les quarante dernières années, alors je m’intéresse, et pas seulement à sa santé (quoi que).
— psst : si j’étais vous, je cliquerais sur l’image de la couverture pour voir le dessin de Vuillemin plus grand
filou, mais pas escroc
Il y est tout de même allé quelques fois, à Venise : de courts voire très courts séjours, et sur le tard. Son premier “ atterrissage ” sur la place Saint-Marc, date de février 2022. Très court : interrompu par l’invasion de l’Ukraine. Quitte à se sentir mal en écoutant en boucle les infos, autant renter à Paris.
Quand il y retourne, il est hébergé par une amie dans le Dorsoduro. C’est dans ce quartier que nous avons séjourné à l’hôtel avec Jeanne-PetiteFille fin août. Lisant ça je me suis sentie rassurée, ça y étais, j’allais vibrer au souvenir idyllique des petits déjeuners familiaux dans le jardin. Fausse joie ! Berroyer se déclare incapable d’une description des lieux ; il ne voit que mur de brique aveugle, ruisseau boueux qui se jette dans le Grand Canal… Et là, coup de génie (légère emphase), il appelle à la rescousse certain Marcel (P., pas Z.).
“ Décrire, on sent bien que ce sera pas mon fort. Heureusement, un autre invité de mon hôte, un gars de Balbec, et non de Balbek, s’y est essayé. Je l’interroge : Eh bien, Marcel, cette promenade le long de la haie ? / Enivrante ! La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir / Vous voulez dire que la haie avait disparu et qu’on ne voyait plus que des fleurs ? / Exact, et au dessous d’elles, le soleil posait à terre un quadrillage de clarté, comme s’il venait de traverser une verrière / C’est formidable, écrivez-le. Vous avez pensé à un solide éditeur ? ”
Bien joué Jackie !
Je ne reviens pas sur le chapitre liminaire, presque entièrement consacré à son ami Marcel (Z.), à lire ici aussi.
Vous avez pigé le principe, ou le jeu. Berroyer appâte le lecteur : enfin on va apercevoir un campanile, voir passer un vaporetto, entendre gueuler un gondolier, boire un spritz sur les Zattere… Eh bien, que nenni !
Quand même un petit mot d’excuse, genre :
“ Toujours rien de palpitant à Venise. Je vais devoir continuer à parler d’autre chose. Je ne peux pas laisser des pages blanches. ”
Et nous voici repartis d’où l’on venait, c’est à dire dans ce cas précis, de Kawasaki ! Plus tôt ou plus tard, ce sera de New York, de Barcelone, de Tokyo, de Jérusalem, ou de Bruxelles…
Quel baroudeur ce Jackie ! Aux quatre coins du monde : États-Unis, Île de Ré, Japon, Israël, Espagne, Belgique, et j’en passe.
Des observations, des anecdotes, des digressions : toutes plus impayables les unes que les autres. Vuillemin et son look très particulier à Jérusalem ; une étude sur les toilettes au Japon ; Topor très chargé à Bruxelles ; avec Jean-François Stévenin à Budapest sur un film de John Huston ; toujours avec Stévenin, en Suisse sur un film de Godard ; et bien d’autres encore. Un feu d’artifice !
Par contre, finalement assez discret sur ses impressions vénitiennes qu’il laisse le lecteur libre de confronter avec les siennes propres.
Et toujours de l’auto-dérision, beaucoup, et de l’humour, énormément !
> d’autres articles de mon blog où l’on croise Jackie Berroyer (liens)
- [jaserie de nouvel an] on n’a pas tous les jours vingt ans, article du 10 janvier 2025
- [fan de] jackie et marcel, une leçon de swing et de gentillesse, article du 13 novembre 2011
- [bonheurs] pères et fils (3) : les zannini, article du 23 novembre 2008
- Jackie Berroyer a collaboré à l’écriture du documentaire JazZanini dont je parle ici :
[portrait] jazzanini : ce que la bande annonce, article du 30 avril 2014

Rolande
Quelle belle écriture Tilly ! C’est un plaisir de lire tes blogs pleins de tendresse et riches en infos ! Et Marcel, toujours présent…
Rolande
tilly
Si contente de te croiser par ici Rolande, promis on se verra pour de vrai aux beaux jours !!!