[ma vie] minuscules traumatismes et tout petits bonheurs parisiens

Capture d’écran 2017-11-29 à 08.29.28La Hune a brûlé, mais ce n'était plus une librairie, c'était devenu une galerie photos.
L’œil écoute sur le boulevard Montparnasse, une vraie librairie, a failli couler, et est encore loin d'être saine et sauve.
La rue Monsieur le Prince est envahie de restaurants asiatiques à l'appellation d'origine très questionnable, vietnamiens, japonais, coréens (une exception remarquable : Polidor, depuis 1845).
Le Starbucks Odéon est minable ; pour consommer il faut grimper un escalier signalé comme dangereux, ou se geler sur le trottoir.

Ma gym a changé de quartier. Du carrefour Vavin au Quartier Latin. D'un côté à l'autre de l'intemporel jardin du Luxembourg.
Mes copines de tapis de sol et moi peinons encore à trouver nos marques (trajets, petites bouffes, troquets).
Nous aimions bien les rues Delambre, Bréa, Notre-Dame-des-Champs, Grande-Chaumière.

Cette semaine j'ai trouvé la parade pour éviter l'épouvantable carrefour Edmond-Rostand, ses maxi fast-foods, les travaux du RER.
Je descends à l'arrêt de bus devant le Sénat et je contourne le théâtre de l'Odéon.
La place semi-circulaire, joliment restaurée, est calme, on n'entend aucun bruit ; quand le ciel est bleu, on se croirait dans le poème de Verlaine.


Au coin des rues Racine et Corneille, je découvre la nouvelle implantation (depuis 3 ans) de la librairie Le Dilettante. Avant la boutique était dans la même rue Racine, à l'autre bout, et beaucoup moins spacieuse.
Surprise : des bacs de livres d'occasion, dehors, dedans, nombreux. Je choisis un Calaferte, mon premier (Ébauche d'un autoportrait).

Je reviendrai pour Au nom du pire de Pierre Charras que Le Dilettante vient juste de publier. Le Service Littéraire de décembre en dit grand bien dans un article signé François Bott intitulé Chagrin d'humour :

“ Il connaissait trop la nature humaine pour n'être pas mélancolique, mais c’était une mélancolie secrète, discrète, modeste, comme sa façon d'écrire. Pierre Charras ne s'en remettait pas. Son ami Philippe Claudel parle de son "sourire triste". La littérature comme un sourire. C'est cela qui faisait, qui fait le charme de Charras : ce sourire désabusé, qui était la courtoisie de la tristesse, pour raconter de sombres histoires de province, d'Occupation, de vengeance de de femmes tondues, comme dans Au nom du pire, le dernier roman de Pierre, son livre posthume. Pas d'effet de style, mais une petite musique très personnelle, qui laisse transparaître l'émotion. C'est l'école d'Henri Calet. "

L'article de Bott ne s'arrête pas là, mais Calet, cela a suffit pour que je décide aussitôt de faire connaissance avec Pierre Charras (1945-2014).

À la caisse, tiré à quatre épingles anglaises, tout tweed, le grand Dominique Gaultier, le patron de la maison d'édition, l'air pas commode.
Je n'ai pas osé lui demander le chiffre des ventes pour Les Porcs 1 de Marc-Edouard Nabe !
Le Dilettante est la seule librairie au monde à distribuer le trentième livre de Nabe sorti en mai dernier.
C'est le 4ème livre que Nabe publie hors système (seul, sans éditeur) depuis 2010.
Le gros livre noir (1000 pages pour ce premier tome qui couvre la période 1999-2010, il y en aura deux autres) est en effet bien en évidence dès l'entrée de la boutique.

Je l'ai lu il y a six mois quand il est sorti, mais je n'ai pas pris de notes ; pour mettre des mots sur ce que je pense de cette somme il faudra que je recommence au début ! Ça ne me fait pas peur !
Très vite en attendant : il y a des choses que j'ai trouvées admirables dans Les Porcs, d'autres insupportables. Comme je ne me suis guère intéressée au thème de fond (la montée de la folie complotiste chez des gens que je ne connais pas et ne veux pas connaître : Soral, Dieudonné, Salim Laïbi  — les porcs), j'ai surtout retenu ce qui se rapproche le plus des journaux intimes, le style, la clairvoyance.

Nabe vient d'enregistrer une video "maison" de deux heures dans laquelle il raconte la genèse des Porcs, le rythme particulier de l'écriture, le financement de la fabrication (uniquement par la vente de ses tableaux), les décalages intervenus dans le plan de publication initial dus le plus souvent aux emballements de l'actualité politique.
L'entendre parler de son "travail" est fascinant : Porcs in progress (2:13:19).

 

 

8 thoughts on “[ma vie] minuscules traumatismes et tout petits bonheurs parisiens

  • DF
    30 novembre 2017 at 9h56

    J’ai acquis mon exemplaire des “Porcs” chez Darius, libraire exclusif… c’était avant que “Le Dilettante” n’en vende.

  • tilly
    30 novembre 2017 at 15h06

    c’était mieux… avant !
    mais Darius avait fini par susciter des convoitises dans le quartier Maubert et subir des rétorsions (c’est MEN qui me l’a dit)
    et il y avait les fois où le client n’arrivait pas à le réveiller (c’est arrivé à la fille d’Alain Bonnand, envoyée par son père !)

  • Gebe
    1 février 2018 at 8h13

    Ce que ce doit être agréable de faire le tour du quartier, avec toi comme guide. Les commentaires ici ressemblent à des “notes” laissées par Mariette quand elle décrit son parcours d’enfant pour aller à son école à travers le vieux Wien. Sur une carte (de l’époque vers 1902)on peut suivre, avec les cartes postales collées sur un street-view on s’y voit! Je n’ose le déplacement pour le faire en réel de nos jours. La rue Delambre, un petit livre en raconte la vie d’un immeuble qui abrite des artistes dans les loges sous les toits. Amitiés.

  • tilly
    1 février 2018 at 14h00

    quel joli commentaire qui croise nos blogs, merci Gérard
    je ne connais pas Vienne, mais c’est dommage d’hésiter !
    je consulte souvent les délicieux ouvrages de Jean-Paul Caracalla sur Montparnasse et Saint-Germain
    amicalement

  • Gebe
    10 février 2018 at 8h52

    Inquiétante cette info sur le Kindle, https://medium.com/@paulvacca_58958/comment-amazon-a-inventé-lanti-librairie-802c1c80e79b Babelio fait -il aussi usage des notes?

  • tilly
    10 février 2018 at 18h42

    – oui c’est flippant ! mais finalement on pouvait s’attendre depuis quelque temps à de telles dérives anti-culturelles
    – résistons !
    – je ne mets jamais aucun commentaire, ni note de lecture sur amazon
    – Babelio, ne vend rien, les “étoiles” sont là pour signifier un plaisir de lecture, c’est comme ça que je le conçoit ; personnellement je ne mets que 5/5 ou 4/5 🙂
    – aux Notes Bibliographiques aussi on attribue une note (sur 4) ; pour moi ce sont les extrêmes qui sont vraiment significatifs (“à éviter” ou “à lire absolument”), entre les deux c’est très subjectif suivant le genre, alors le plus souvent je donne 3
    bonne soirée Gérard, bonnes lectures bien choisies !

  • DF
    8 avril 2019 at 21h41

    … et je l’ai lu à la fin mars! Je l’ai chronique sur mon blog, ici:
    http://fattorius.blogspot.com/2019/04/les-porcs-1-plus-de-mille-pages-sans.html
    Impressions mêlées, un peu comme vous (toi?)…
    Et oui: “Porcs in progress” est un sacré moment d’écoute et de vidéo.

  • tilly
    9 avril 2019 at 8h47

    bravo cher Fattorius, moi je n’ai jamais repris/relu Les Porcs pour le chroniquer 🙁
    paresseuse et surtout un peu lâche ; les années passent, je devrais me sentir plus libre, ben non…
    bravo pour ta note de lecture franche et juste
    hier je suis passée acheter Aux rats des pâquerettes
    le grand Dominique Gautier était à la caisse, ça, ça ne change pas
    cette fois je n’aurai pas l’excuse du nombre de pages pour “porcrastiner”
    bien à toi
    tilly

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