Manosque, non-photo n° 6 et dernière : Marc-Edouard Nabe

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La dernière de la série est une non-non-photo. Une que je n’aurais de toute façon même pas pu rater. Marc-Edouard Nabe n’a jamais été programmé aux Correspondances de Manosque, et l’eut-il été qu’il aurait sans doute refusé d’y venir. Pourtant les formes de l’écriture nabienne (journal, biographies, entre autres), son style et sa musicalité, se prêteraient formidablement, je trouve, à la lecture de ses textes par des comédiens ou des chanteurs. Par exemple ce que j’ai lu de lui pendant ces belles journées en Haute Provence : L’âme de Billie Holiday. Même si vous n’adorez pas le jazz, vous aimerez cette bio lyrique, violente, émouvante, emballante. Et si vous aimez le jazz, il faut la lire, là tout de suite, maintenant.

[illustration hors-sujet (presque) : articles de bonneterie, marché de Reillane]

Si le titre n’est pas simplement Billie Holiday, c’est parce que Nabe invente une nouvelle forme de biographie, sans dates, sans anecdotes, mais pas sans références. C’est la biographie d’une âme, d’une sensibilité, pas d’un personnage. Et Nabe y réussit magnifiquement. Comme dans l’exposé introductif grandiose d’un vrai-faux souvenir : Nabe foetus de six mois dans le ventre de sa maman à un concert de Lady Day à New-York. Comment depuis la scène et à travers le placenta, les ondes de la voix (de l’âme ?) d’Eleanora lui parviennent et le mettent dans un tel état que la jeune future mère sera évacuée de la salle de concert, victime d’un malaise. Le concert, le malaise tout ça est sûrement vrai, il y avait suffisamment de témoins ce jour-là pour le vérifier, dont Marcel Zanini le futur papa. Tout le reste, c’est du pur Nabe, au service d’une reine, et c’est formidable.

Ces jours-ci on parle beaucoup de Michel Houellebecq à propos d’un pseudo duel épistolier avec Bernard-Henri Levy. Dans la famille des écrivains qui se proclamant très haut les mal aimés des éditeurs, de la critique et des média, moi j’aime mieux Nabe. Surtout parce que même si il le crie encore plus fort et mieux que l’autre, on l’entend beaucoup moins, voire pas du tout, à moins de tendre l’oreille vers lui comme je fais ces jours-ci. Tous deux sont de magnifiques et incontournables écrivains et peu m’importe au fond lequel est le plus maudit ou le plus scandaleux des deux.

Qu’est-ce qu’il a bien pu faire Nabe pour mériter la vindicte quasi-universelle dont il se dit victime ? J’aime mieux pas le savoir non plus. Je ne comprends rien aux allusions mais cela ne gâte pas mon plaisir de lectrice. Nabe me fait rire, me fait peur, me fait horreur, m’intrigue, me fascine, comme Houellebecq, mais en plus fort, en plus fou, et beaucoup plus réjouissant.

Décidément j’ai du mal à lâcher Nabe. Je l’ai de nouveau rencontré fortuitement ces jours-ci sur Le Filet (le net), à propos de l’histoire Siné-Hebdo qui un temps m’a amusée. Les Zanini père et fils étant des très proches de Bob Siné, je ne m’attendais pas totalement à ce que j’ai trouvé dans le NABTRACT VII qui commence ainsi :

” Il faut sauver Siné. Pas de l’accusation d’antisémitisme, mais de la bande de cons qui l’entoure
et qui, pour se refaire une virginité de faux rebelles sur son dos de vieil
anar, l’a poussé à lancer un journal de merde. Je ne veux pas que Siné meure en
se recentrant. Je l’aime et l’admire trop pour ça. […]”

Faute de pouvoir s’exprimer librement dans les médias (dit-il), Nabe publie des NABTRACTS que ses supporters affichent également sur les murs des villes parait-il.  Si vous ne connaissez pas encore Nabe, ne commencez pas par ça, quoique le style et la verve y soient intactes, voire plus !

Un dernier mot pour clore mes chroniques provençales. Mon ébahissement de découvrir dans le joli petit village perché de Banon (pays de Forcalquier), la librairie Le Bleuet. Une sorte de Fnac Livres ou Le Divan, installée à tous les étages et dans tous les recoins d’une belle maison de village rénovée. Ouverte 364 jours sur 365 depuis plus de quinze ans  (fermée le 1er janvier).

Fin de la série de billets sur les Correspondances de Manosque 2008 commencée ici.



Retrouvez sur ce blog mes billets plus anciens (depuis 2005) autour l’oeuvre et de l’actu de Marc-Edouard Nabe :
dans la catégorie nabe / voir aussi le site des lecteurs de Marc-Edouard Nabe

2 thoughts on “Manosque, non-photo n° 6 et dernière : Marc-Edouard Nabe

  • mamzelle
    8 octobre 2008 at 8h04

    li s’agit des dessous d’une belle d’âme ….hin hin
    🙂

  • tilly
    8 octobre 2008 at 8h45

    @mamzelle: Félicitations, tu as gagné le concours que j’ai pas lancé – Trouvez des sens cachés aux illustrations de mes billets – !!
    PS – Personne n’a réagit au vélo vert : c’était parce que j’avais lu dans la presse people que Jacques Gamblin était un fervent vélocipédiste.

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