[niguedouille] la blogueuse et l’avocat
La blogueuse et l'avocat : joli titre pour un conte, une fable, et pourquoi pas, un billet. Mais qui peut douter de la part (variable, certes) de vécu qui entre dans les légendes, les poèmes, …, et les articles des blogs ?
Ainsi donc, une blogueuse publia jadis un billet rendant compte de la première audience de tribunal d'instance à laquelle elle assistait. L'affaire en jugement ayant eu certain retentissement dans les milieux culturels, son article fut lu, commenté, repris, ce qui ne lui était guère arrivé jusque-là, et ne lui arriva plus depuis.
Un commentateur écrivit : Oui, très bien restitué !
Un autre : Héhé, belle galerie d'avocats, et bien décrite !
Etc….
Oui, mais voilà…
Quelque temps après, la blogueuse reçut un beau matin un message électronique lui demandant de bien vouloir contacter certain avocat à son cabinet en vue de discuter le portrait qu'elle avait fait de lui dans le fameux billet. Interloquée, mais curieuse, elle l'appela.
Il lui dit qu'il se sentait injustement ridiculisé par la description désobligeante qu'elle faisait de lui dans son billet. Il était jeune avocat, c'était sa première plaidoirie en public, devant une salle comble, et aux côtés de son bâtonnier !
Elle fit remarquer que justement dans le billet, elle appuyait le côté technique et ardu du dossier qu'il présentait en s'adressant évidemment au jury plus qu'au public. Elle dit aussi que ses descriptions des avocats de la partie adverse n'étaient pas spécialement flatteuses non plus !
Néanmoins, il insistait. Sa carrière future allait pâtir, disait-il, de la piètre évaluation de son talent faite par une simple blogueuse, sur une seule plaidoirie !
Tiraillée entre agacement, empathie, et conscience de sa liberté d'opinion et d'expression, la blogueuse finit par accepter de retravailler son texte dans le sens demandé par l'avocat.
Ce fut fait.
Près de deux années passèrent.
On était encore en pleine période des voeux. La blogueuse ne s'étonna pas de recevoir une demande de mise en contact par Facebook provenant de l'avocat. La blogueuse acceptait-elle l'avocat comme ami ? Pourquoi pas, se dit la blogueuse ? Peut-être voulait-il avoir des nouvelles, en donner ? Ni l'un, ni l'autre. La blogueuse allait bientôt savoir ce que voulait l'avocat. On entra très vite dans le vif du sujet, après un premier échange de civilités et de voeux, teinté d'autodérision de la part de l'avocat de façon à rappeler à la blogueuse la teneur de leur conversation, deux ans auparavant.
Lui – C'est vrai que le temps a passé, deux années bientôt ! Pourtant, encore à présent, lorsque les utilisateurs d'Internet font une recherche sur mon nom à partir des moteurs de recherche (Google, Yahoo, etc.), ils arrivent très vite sur votre texte (en première page sur Google lorsqu'on cherche "Maître L'Avocat").
Je reste donc aux yeux de ces personnes un malheureux avocat bredouillant, aux mains tremblantes, qui ne sait pas convaincre.
Le temps a passé et j'aimerais vraiment bénéficier d'un "droit à l'oubli" pour que mes clients potentiels cessent d'être découragés par votre texte qui constitue un élément important de ma publicité depuis deux ans.
Qu'en pensez-vous ? Pourrions-nous envisagez une ultime modification de votre texte ?
La blogueuse eut un haut-le-coeur en réalisant dans quel grossier piège de communication interpersonnelle elle était tombée. Elle répondit un peu sèchement, espérant clore la discussion :
Elle – Hé bien…! C'est vrai que pour l'écrit vous êtes un maître…
Allez voir la note, je l'ai de nouveau expurgée, et cela devrait vous convenir maintenant.
L'échange s'interrompit là-dessus, sans réponse de l'avocat.
Une semaine plus tard, voici ce que la blogueuse découvrit un jour dans sa messagerie Facebook :
Lui – Bonjour,
Décidément, je ne comprendrai jamais les motifs de votre méchanceté… pédant, ennuyeux, etc. ? Mais utile, jamais ? Aucune reconnaissance pour le travail (énorme) accompli pendant 2 ans et qui a abouti à la conclusion heureuse de l'affaire.
Vous avez retiré certains termes désobligeants mais vous n'avez pas pu vous empêcher de retirer dans le même temps le seul commentaire positif que vous aviez ajouté à la suite d'une première réclamation de ma part.
Je pense que vous ne vous rendez pas compte du tort et des blessures que vous faites de façon totalement gratuite.
Bonne journée
Sincères salutations
L'Avocat
La blogueuse sidérée n'arrivait pas à croire ce qu'elle lisait.
Elle – Bonjour, dites-moi précisément ce que "j'ai retiré" et je le remettrai (je ne vois pas de quoi il s'agit).
Le message suivant de l'avocat était très long. L'avocat y expliquait de façon détaillée et technique son intense travail de préparation de la plaidoirie, soulignant que son argumentation juridique avait été celle retenue par le jury et reprise dans le jugement final de l'affaire.
A la fin quand même, il répondait à la question de la blogueuse :
Lui – Il m'avait semblé que vous aviez retiré "Pourtant quand je me remémore l'audience, je me rends compte que cette plaidoirie en demi-teinte a finalement mieux retenu mon attention, qu'elle m'a appris plus de choses sur l'affaire, que celles des maîtres du barreau." mais je viens de constater que cette phrase est restée.
J'ai dû lire trop vite, encore l'émotion sans doute…
Elle – Pour paraître moins méchante j'ai aussi retiré mon "pour paraîre moins pédant".
Espérant ainsi apaiser votre courroux et réparer votre e-mage.
Lui – Il est bien confortable d'être blogueuse pour satisfaire son égo, sans contrainte de la déontologie du journaliste et sans besoin d'un talent d'écriture. Eh bien tant mieux si je vous fais rire à mes dépens et gratis en plus. Ca occupe les conversations qui ont lieu en l'absence des personnes qui en sont l'objet.
Après une pause de cinq minutes, un nouveau message suivait :
Lui – Pourriez vous remplacer partout "Maître X" (son nom) par "l'avocat de Y".
Vous me faites subir un préjudice qui doit cesser à présent.
Allez-vous finir par le comprendre ?
Elle – Je vous ai compris, la modif est faite.
Lui – Merci de votre compréhension.
Je suis sûr que si vous me connaissiez mieux, votre commentaire aurait été très différent. peut-être que les hasards de la vie nous donneront cette opportunité.
Merci encore pour les modifs, et je vous souhaite une bonne rigolade avec Untel.
Au lieu de se taire, la blogueuse énervée ne put s'empêcher de rétorquer :
Elle – Tant que ce n'est pas avec Maître Eolas !
Sans rancune aucune,
Pseudo de La Blogueuse
Lui – Je sais, entre blogueurs, vous participez à des soirées réunions mondaines.
Sans ancune aucune en effet.
Prénom de L'Avocat
La blogueuse se jura mais un peu tard de ne plus jamais taquiner les jeunes avocats susceptibles et grognons.
L'histoire ne dit pas si l'avocat décida finalement de prendre lui-même en main la gestion de la qualité de son e-mage.
Car plutôt que se plaindre de ce que les autres écrivent sur vous, mieux vaut tisser soi-même sa toile avec ses propres écrits.
Des experts en communication et marketing conseillent de prendre le temps de faire ce type d'investissement.
L'exercice, disent-il est très exigeant mais en vaut largement la peine : notamment, les blogs professionnels1 sont un outil à fort retour d'influence, paraît-il.
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1. Je blogue donc j'influence, Edouard Laugier, Le Nouvel Economiste, jeudi 23 décembre 2010
leblase
Notre période semble décidément pousser en avant le narcissisme: que ce type (je pars du principe que l’histoire que tu racontes est véridique) puisse croire qu’en tapant sur Google “l’avocat” il va tomber sur son nom ou cette affaire est à la fois touchant (comme il est naïf, il a quel âge ce petit?) et odieux: pourquoi n’a t’il pas carrément demandé à écrire le papier de la blogueuse?
C’est aussi la preuve que l’avocat en question n’a rien compris, lui non plus, au fonctionnement:
1/ du net
2/ des blogs
3/ de la liberté d’écrire
des fraises et de la tendresse
Lui – C’est vrai que le temps a passé, deux années bientôt ! Pourtant, encore à présent, lorsque les utilisateurs d’Internet font une recherche sur mon nom à partir des moteurs de recherche … [RIRES]
M’est avis que cet énergumène, tout avocat qu’il soit, est pétri de mauvaise foi.
leblase
Je voulais dire, concernant Google “tomber sur son nom en première page”. Car il finira surement par le trouver, son nom puisque “l’avocat” déclenche + 8millions de références.
D’autre part, ne sait-il pas que changer une page sur le net ne change rien? (cache).
Si jamais tu rencontres la blogueuse en question, Tilly, présente-lui toute ma sympathie et ma compassion pour avoir dû se taper ce genre de trucs
MaO
J’ai eu le même genre de mésaventure avec…. mes beaux parents. Qui jugeaient que les qualifier sur mon blog de “provinciaux” était dégradant. Voire meme injurieux!?
Vive les gens qui se prennent pour le nombril de la recherche sur Google.
La Blogueuse
Tilly, merci de m’ouvrir cette tribune qui me permet de rester anonyme 😉
Et merci à vos visiteurs et commentateurs que je viens lire, pour leur soutien.
Comme le dit MaO il existe malheureusement des gens comme ça qui cherchent à rendre les autres indirectement responsables de leur mal-être, ou de leurs faiblesses, pour ne pas avoir à les reconnaître ni les assumer.
Dans un cas comme le mien, mieux vaut en rire… et railler le prétendûment offensé qui devient offenseur.
Ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
Il ne faudrait surtout pas que cet exemple ridicule et sans grand intérêt serve d’écran de fumée à de véritables violations du droit des blogueurs à s’exprimer, pour des raisons politiques par exemple.
tilly
La Blogueuse, vous êtes chez vous, ici !
Je repense tout à coup à la méthode Nabe. Dans son dernier roman, Marc-Edouard Nabe déglingue exprès les noms des personnalité vivantes qui servent de modèle pour ses personnages. Il ne change, n’ajoute ou n’enlève, qu’une lettre ou un accent, dans le patronyme.
Cela donne par exemple : Philippe Solers, Emmanuelle Béar, Raphaël Sorin, Thierry Ardison, Denis Tillinak, etc…
Ceux des personnalités disparues restent intacts.
leblase
Rien sur leblaz? (tout ça me fait plier de rire)
Fix
Espoir ! l’avocat grognon n’a pas demandé à ton hébergeur de supprimer l’accès à ton site. (Tu connais la maxime forgée par Audiard :
“les c…, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît” )
Rions en ! (des blogs etc.). Un site encyclopédique sur les blogs et les questions juridiques propose par exemple ceci :
http://dessinsdefix.viabloga.com/news/remix-la-cantine-social-media-club-la-fragmentation-de-l-information-partie-2 (dessin 1)
http://dessinsdefix.viabloga.com/news/cafe-des-usages-g9-episode-4 (dernier dessin)
http://dessinsdefix.viabloga.com/news/vinocamp-10-juillet-2010-partie-3 (dessin 3)
tilly
Dommage Fix que l’on ne puisse pas mettre tes dessins en inclusion dans les commentaires ;(
Merci pour ceux-là qui sont “collés” à la situation…