[ouèbe] curation du bois dont on fait les flûtes

attention : article avec des liens à cliquer, plus sérieux donc plus chiant que son titre barré ne le laisse accroire

Image: ‘The Great Dinosaur Museum Mystery‘ – Flickr CC Hier quand j'ai découvert via twitter la revue de sujet publiée par Mossieur Resse sur la plateforme de curation (sic)  scoop.it! , j'ai cru péter un anévrisme cérébral… d'admiration, de joie, de reconnaissance, et d'envie ! Feu d'artifice sous un crâne !

En un flash, j'ai vu se rétro-dérouler mes années professionnelles et compris (ou cru comprendre) que ça y était :  ces messieurs-dames du web 2.0, après avoir enterré le web sémantique, auraient inventé la web-documentation et la (ou le) web-documentaliste. Enfin ! Jamais trop tard pour bien faire.

Quelques lectures d'articles sur le sujet de la curation plus loin, j'en avais le cœur presque net. J'étais prête à parier (un peu) sur  l'avenir et la pérennité de ce qui apparaitra au début à certains comme yet another avatar des technologies de l'information.

Bon d'accord il y a un problème avec le terme en anglais : curation. Mais c'est juste un problème de cosmétique et de snobisme technologique.

Curation : le problème c'est que l'étymologie médicale (soin, nettoyage, assainissement) est justifiée mais peu ragoûtante (curer, cureter, curetage,…)

Curator : conservateur (de bibliothèque, musée), commissaire d'exposition, sont mal adaptés aux nouvelles technologies – curateur pourrait être un faux ami (ou pas ?) quand on lui donne le sens de responsable de la transmission d'un héritage (curatelle)

Avec blog nous avons eu notre pain blanc : un terme d'origine anglo-saxonne, mais intraduisible car créé de toutes pièces (web log). Sa franchouillardisation est ludique et facilement compréhensible (blog, blogue, blogueur, bloguer) – bloguage cependant est inélégant et pour cette raison malheureusement, souvent remplacé par blogging.

J'ai peur qu'on cherche longtemps à faire aussi bien avec curation. A suivre.

A l'âge néo-cybernétique, quand je sévissais encore dans les centres de documentation, nous faisions la promotion de services de diffusion sélective (pour la veille technologique), ou de recherche rétrospective de l'information (pour les études). On discutait le bruit et la pertinence des résultats. On parlait de profil, mais cela n'avait rien à voir avec l'inscription à un réseau social. Le profil documentaire était la représentation du sujet de la recherche bibliographique, de la demande d'information.

A l'époque (années 197*), existaient aussi les Contents Reviews, des revues de sommaires qui constituaient des bibliographies spécialisées par sujet (topic, tiens !). C'était un outil pour les documentalistes, précédant de peu l'avènement des bases de données bibliographiques spécialisées.

Une à deux décennies plus tard, une fois les limitations technologiques abolies, les bases de données documentaires contenaient non seulement la description bibliographique des documents, mais l'intégralité du contenu de ceux-ci.

Le content a peu à peu remplacé le document, ce qui est justifié quand on veut parler d'une partie seulement de l'information contenue dans le document, mais pas toujours. Les livres, les articles de presse ou de blog, les vidéos, les cartes, etc. – les documents – existeront encore longtemps comme des entités. Content management. Dans mon tout dernier poste de travail, on m'avait même gratifiée du titre bizarre de Content coordinator, et j'avais jamais osé avouer que je ne savais vraiment pas ce que c'était sensé vouloir dire !

Je viens de faire une demande d'inscription à scoop.it!  qui est encore en version beta.
J'irai peut-être aussi voir Pearltrees, si Nicolas veut bien un jour me faire une démonstration au comptoir.

Voici quelques uns des nombreux articles que l'on trouve en ce moment sur ce sujet-mode :

Une ration de curation, Presse Citron, le 18 mars 2011

“ Je pense que ceux qui sont sceptiques et qui ne voient derrière cet usage qu’un concept fumeux et du vent de marketeux se trompent. La curation correspond à une vraie pratique, utile, avec ses règles et les outils qui vont avec. ”

L'auteur signale en outre dans son article le dossier 01net :

Curation, je dis ton nom, Ogilvy Public Relations Worldwilde, 2 février 2011

“ Si l’acte de trier du contenu, de le sélectionner et de le mettre en scène pour exprimer un point de vue ou raconter une histoire est vieux comme le monde, l’origine du terme nous vient du milieu artistique US où « l’art curator » désigne le commissaire d’exposition. Celui-là même qui dans le foisonnement de la production artistique sélectionne les œuvres et les juxtapose pour créer une exposition. Cette filiation avec le monde de l’art souligne la place essentielle que joue l’esthétique de l’énonciation dans l’acte de curation. Un critère fondamental que les tentatives de traduction française (édition du Web, rédaction en chef) ne parviennent pas à retranscrire. Mieux, cet héritage de l’univers artistique, milieu de passionnés, sous entend à quel point le monde de la curation est celui des intérêts. Autre avantage de cette filiation, elle insiste sur le caractère intrinsèque de la subjectivité. Or quoi de plus subjectif que le goût artistique, être curator, c’est affirmé un choix qui nous est propre. ”

Le nouveau concept de la "curation", atlantico, 18 avril 2011

“ La curation, c’est de l’agrégation contextualisée
Curation : pratique qui consiste à sélectionner des contenus précis en anticipant sur des attentes particulière des internautes. La curation est plus sélective, plus spécialisée que l’agrégation. Elle anticipe et elle cible mais surtout elle crée un contexte autour des contenus qu’elle agrège. Elle se propose d’aider les internautes à s’y retrouver dans le chaos des contenus du web. Comme l’écrit un adepte de la curation : « On met de l’humain à la place des algorithmes de tri. » ”

Non à la "curation", owni, 13 février 2011
un article contradictoire, donc à lire ! surtout pour le style et le ton…féminin (j'ai pas dit féministe), mais un peu fumeux (pas dit fumiste)

“ Pourtant, aller chercher des liens coolos sur l’interweb et les organiser, oui c’est du boulot. Et oui, vu l’architecture du web, c’est plutôt nécessaire. Mais là, ça me donne l’impression qu’on va se faire gicler par des étudiants en école de commerce qui deviendront curateurs professionnels, qui l’envisageront uniquement comme un boulot et pas par amour. Parce qu’il y a un amour du beau lien. Avant de devenir des curateurs professionnels, Diane, Alexis et moi passions nos vendredis soirs à se montrer des liens rigolos sur l’interweb, pour le plaisir. Je sens confusément qu’il y a là matière à prolonger ma réflexion sur la mort du web et la quiche lorraine mais je suis un peu trop fatiguée pour ça. Bref, internet est devenu une affaire sérieuse de grandes personnes assez chiantes, exactement comme le mot curateur, et comme les images qui vont avec. ”

Web content & digital curation, scoop.it, mise à jour permanente
la preuve par l'exemple… (on n'est jamais mieux servi que par soi-même)

 

Et pour la nostalgie, deux articles anciens de moi (on n'est jamais mieux servi que par soi-même) :

Gougueule de bois, le blogue de tilly, 8 mars 2008

“ Moreno (auteur de la théorie du bordel ambiant entre beaucoup d'autres choses et inventions) était excellent. Quelqu'un disait aussi que l'on a moins besoin d'ordre, de classement, de rangement aujourd'hui qu'hier, grâce à l'informatique. Pas la peine de mettre trop de temps et d'effort à organiser les choses à l'avance pour les retrouver, gougueule et ses copains sont là, les jeunes l'ont déjà bien compris. ”

Taguage ou folksonomie ?, le blogue de tilly, 5 avril 2005

“ En gros l'idée c'est (d'après moi) que l'inondation d'informations (texte, images, sons) rend de plus en plus urgente et nécessaire une dose d'organisation, de  classification, pour que les recherches donnent des résultats suffisamment pertinents, et que les informations puissent être partagées entre des communautés d'utilisateurs ayant des intérêts voisins. D'où l'idée de regroupements virtuels (pas physiques), par thèmes (catégories, mots-clé, tags), des informations disséminées sur la toile (géographiquement, et dans le temps). Le besoin n'est pas nouveau. On n'a pas attendu le ouèbe pour savoir utiliser quand il le fallait des taxonomies, des thésauri, des ontologies, des index, des mots-clés plus ou moins contrôlés, libres ou naturels, pour accéder à l'information même non numérique. Ce qui est nouveau avec les folksonomies, c'est qu'elles apparaissent au fur et à mesure des besoins, se constituent quasi naturellement, à l'initiative des créateurs d'information (auteurs) et des utilisateurs (lecteurs). Avant l'information était indexée, catégorisée par les auteurs seuls, au moment de la publication, jamais par ceux qui en avaient besoin. Bon j'arrête là. Après cela devient affaire de spécialistes pour expliquer les mécanismes. Un mot peut-être sur les résultats attendus et obtenus. Il existe déjà des sites comme Technorati qui montrent bien ce à quoi on peut arriver en matière de syndication d'information sur le web. ”

 

14 thoughts on “[ouèbe] curation du bois dont on fait les flûtes

  • Des fraises
    26 avril 2011 at 9h54

    Angliciser un concept qui existait déjà c’est à mon sens une preuve du snobisme de l’utilisateur du web 2.0 (curation = documentation)… et puis, je veux bien croire qu’on s’inspire des missions tant du rédacteur en chef que du commissaire d’exposition, mais tu n’ignores pas non plus que 90% des cybernautes utiliseront (ou pas) ce terme de curation sans un brin de curiosité sur l’origine du terme. Allez, disons 75%.
    Merci d’avoir éclairé ma lanterne. Pour ma part, je vais continuer de renifler ce mot comme un chien renifle une odeur suspecte. L’animal finit généralement par lécher l’objet de cette odeur, non ?

  • tilly
    26 avril 2011 at 10h10

    merci desfraises de venir poser (pas dit lever) ta papatte ici 😉
    – l’origine du problème selon moi : les restes du monde n’ont jamais reconnu ou utilisé le terme “documentation” avec le sens que lui donnent les spécialistes de l’information francophones
    – quand on dit “documentation”, do-kiou-men-tè-chone avé l’assent, les gens entendent “flyers, brochures”, pas gestion et exploitation des documents
    – sauf très récemment et très spécifiquement quand certains universitaires américains se sont aperçus mais trop tard que “Madame Documentation” (aka Suzanne Briet 1894-1989) avait eu dès 1930 env. une vision moderne (et presque web) du document, du contenu, de l’information, etc.

  • leblase
    26 avril 2011 at 10h51

    Waouh on retombe dans le problème du franglish! J’adhère assez avec le commentaire d’owni sur ce sujet-là: laisser l’emploi des mots à par des personnes qui ne savent pas que le langage syntaxique est (selon Konrad Lorenz) une forme de vie biologique serait une déperdition de qualité, un appauvrissement du sens tout-à-fait regrettable.
    Pourtant, toute vérité comporte sa contradiction et en l’occurence, les jeunes gens qui sont derrière ça risquent de se faire éjecter par des vieux ragondins.
    Pour avoir rencontré, travaillé avec et plus ,car affinités, avec des commissaires d’exposition, des curators, et des conservatrices de musée dans différents pays, je crains vraiment de voir l’utilisation de ce mot curation en Français. Venant d’un rétameur ou d’un plombier d’accord. D’un gynéco à la rigueur mais please! Pas dans le domaine artistique, bitte!
    A part ça, très bon billet, chère gestionnaire de contenu à la retraite;-)

  • tilly
    26 avril 2011 at 11h04

    Tiens je remarque un truc : les artistes sont jamais à la retraite, eux !
    Merci l’artiste pour ce très bon commentaire 😉
    Au passage à niveau, nos amis des restes du monde n’utilisent pas le mot “curation” tout seul, mais dans une expression : “digital curation”, “web curation”, “content curation”, etc.
    Du coup c’est précis, et ça dit bien ce que ça veut dire.

  • Nicolas
    28 avril 2011 at 9h22

    Vive la curation et tout ça, mais la base est d’avoir un blog référencé : celui-ci n’est pas inscrit chez Wikio, on ne peut donc pas repérer les liens. Surtout, il ne risque pas d’être repérer quand on utilise le moteur de recherche Wikio (très bien pour faire de la veille dans les blogs… et de la curation).

  • francois
    28 avril 2011 at 9h31

    Merci Tilly de ce billet!
    Chez Pearltrees on dit pas curation mais édition et on dit pas curateur mais éditeur. Parcequ’on pense que ce dont on parle c’est l’activité “d’organiser des documents pour leur donner un sens particulier et de les partager ensuite”, un peu comme un éditeur rassemble des écrits ou des photos dans des livres, qu’il assemble ensuite dans des collections pour leur donner un sens et qu’ensuite il les diffuse.
    Voilà! Sinon, je pense que pour le web c’est pas mal que ce soit les internautes qui l’organise et pas seulement les experts qui manipulent couramment le lien hypertexte ou les moteurs de recherche qui “crawlent” les web pour le classer selon la volonté de brillants algorhythmes.
    Je crois enfin qu’entre les différents services d’édition il y a des fonctions qui sont très différentes par exemple Pearltrees permet d’organiser la mémoire de son activité web très naturellement et storify offre la possibilité de raconter une histoire avec des morceaux de web. Finalement à partir de l’idée d’édition on répond à des finalités très différentes. D’autre part Pearltrees est une communauté et l’on profite facilement des éditions des autres.
    A bientôt

  • tilly
    28 avril 2011 at 9h39

    Merci Nicolas de venir si vite à la rescousse après mon appel désespéré.
    Effectivement avec ce billet je faisais une sorte de test… Mais je comprends pas quand tu dis que “ce” blog est pas référencé parce que pas inscrit chez wikio !
    Faux.
    Bon d’accord il est dans les bas-fonds du classement, mais c’est pas ça qui devrait jouer sur sa visiblité sur un sujet très pointu, ou alors j’ai encore rien compris.
    J’utilise tout le temps wikio (et depuis longtemps) pour voir qui parle des mêmes sujets que moi et aller mettre des commentaires chez eux. Suis une bonne élève web 2.0 malgré mon grand âge. Encore désireuse de faire des progrès.
    Hier sur la recherche “curation” dans wikio, mon article apparaissait encore en tête… mais comme personne d’autre que moi n’a voté pour l’article (malgré les commentaires de mes excellents commentateurs et le bouton que j’arborais pour la première fois), ce matin il est tombé à la 7 ou 8ème place ;(
    ps – au moment où j’écris ça je vois arriver le commentaire de François ! comme quoi mon test était pas si mauvais…

  • tilly
    28 avril 2011 at 9h52

    Bonjour François, je suis contente et très honorée de votre commentaire ici !
    N’empêche la bataille me parait plutôt mal engagée pour bouter le mot “curation” hors du web francophone ;(
    Votre proposition terminologique (édition, éditeur) est sans doute plus académique, mais elle a l’inconvénient de clasher avec l’édition littéraire.
    L’assemblage et le partage de documents, c’est aussi l’activité des “documentalistes”. Je m’étonne d’ailleurs que la profession n’ait pas encore fait (ou très peu) de contributions dans ce sens.
    ps – dès mon retour de Sicile dans quinze jours, je vous promets de faire un test avec Pearltrees (même sans démo de Nicolas) 😉

  • Nicolas
    28 avril 2011 at 10h14

    Oups ! Effectivement, il existe.
    Par contre, mon blog n’est pas dans les liens sortant :
    http://labs.wikio.net/fr/factory/search/out/source/count/2010-10-28?url=http%3A%2F%2Ftillybayardrichard.typepad.com%2Fle_blogue_de_tilly
    Je ne sais pas pourquoi ? Peut-être as-tu modifié le billet après sa publication initiale (et la “captation du flux” par Wikio).

  • tilly
    28 avril 2011 at 10h19

    > as-tu modifié le billet après sa publication initiale
    ah ça se peut bien, je ne saurais pas dire, en tout cas je ferai plus attention une prochaine fois : les liens d’abord, bordel, les liens 😉

  • francois
    28 avril 2011 at 11h45

    Ah la Sicile, quelle chance!
    Voilà d’ailleurs un p’tit pearltree sur les peuples de Sicile : http://pear.ly/N9eH
    Nous avions organisé une discussion publique en février dernier avec la région Ile de France et Scoopit sur le sujet de la curation/édition et un documentaliste avait réagit en signifiant que c’était leur activité depuis longtemps que de faire de l’édition. Je suis d’accord avec lui, là ce qui est nouveau c’est juste que tout le monde peut être documentaliste du web. En fait, c’est plutôt une chance je trouve pour la profession de se faire connaître et de rendre visible le savoir-faire des éditeurs professionnels.
    J’espère bien qu’à votre retour vous pourrez adopter Pearltrees! Si vous voulez que je vous fasse une petite démo vous êtes la bienvenue 😉

  • tilly
    28 avril 2011 at 11h58

    héhé… merci pour l’exemple bien choisi !
    évidemment j’ai pas résisté longtemps et je suis allée voir la perle “marc-edouard nabe” : vous allez me revoir 😉
    à bientôt

  • JLB
    30 avril 2011 at 17h30

    ja suis pa un spécial hips du ouaibeu. alors, si j’a compris, le document de ta liste il est content. Mais on nan a cure à Sion.
    Et pi vivement la Siné-cure.

  • tilly
    2 mai 2011 at 21h35

    ici en Sicilie, y z’ont du Marsala mais pas de la grappa per il bambino !

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