[extrait, nabe] 27 décembre 1999, disparition de l’acteur Pierre Clémenti

Il a été mon acteur français préféré des années 70-80, et je l'avais oublié… Dans son roman Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe lui rend magnifiquement hommage. Il est mort à l'âge de 57 ans, il y a dix ans, exactement.

wikipedia : artiste d'un talent remarquable et prestigieux, Pierre Clémenti refusa une carrière commerciale et une gloire facile auxquelles son physique de jeune premier le destinait. Il suscita l'admiration par ses choix audacieux et son jeu intense et restera une des figures les plus marquantes du cinéma moderne des années 1960-70. " C'était un grand acteur maigre et magnifiquement autodétruit, avec une grâce folle. Jamais vous n'aviez touché des mains d'homme d'une telle douceur. Quand on se voyait, je les lui prenais dans les miennes, rien que pour essayer de le croire ! Pierre avait tourné avec Visconti, Bunuel, Bertolucci, Garrel l'a glissé dans le lit de la Vierge (où il jouait… Jéus) ! Le cannibale golgothant sur l'Etna dans la Porcherie de Pasolini, c'est lui ! Pierre voulait jouer le personnage d'un de mes contes (un type sur la paille qui vend ses organes un à un pour rembourser ses dettes), mais moi, je lui disais qu'il valait mieux qu'il incarne le Chevalier à la Triste Sainte Face. Pierre était le seul Don Quichotte crédible valable, splendide. Les cheveux, le regard, la bouche, la voix. Il suffisait qu'un cinéaste lui trouve une Rossinante, un Sancho Pança, trois moulins à vent et puis, c'était bon… Ah ! Pierrot ! Toujours entre deux titubements, toujours plus beau, toujours plus élégant… Un jour, avec Gérard, son toubib, on l'a ramené à l'aube rue Amélie, la petite rue où Denoël avait ses locaux dans les années trente, et où Céline avait publié son Voyage. Voyageur de nuit au bout de la rue Amélie, Pierre a disparu en zigzaguant. Et il est mort, vous ne devinerez jamais quand…




– Le 27 décembre !

– L'année dernière… En 1999, au lendemain de la Tempête à faire s'envoler toutes les ailes de tous les moulins ! Je l'avais déjà vu dans son cercueil, mais vivant, pour une pièce de théâtre où il monologuait en tricotant dans sa bière pendant une heure. A l'église Notre-Dame-des-Champs, au milieu de la nef, il était entouré par tous ses amis bordés de noir, et par Balthazar et Valentin, ses fils, et même par sept saxos qui ont tenu une seule longue note à l'unisson (un mort bémol, je crois)… Pierre, là aussi, était couché dans un cercueil, mais il ne s'est pas relevé pour saluer à la fin. "

Marc-Edouard Nabe, In: Alain Zannini, Joyeux anniversaires !, page 713
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3 thoughts on “[extrait, nabe] 27 décembre 1999, disparition de l’acteur Pierre Clémenti

  • Bigmammy
    1 janvier 2010 at 13h01

    merci de ce rappel ! Moi aussi, j’adorais cet acteur…Comme il était beau en Benjamin sous la direction de Michel Deville. Pourquoi faut-il que l’auto-destruction accompagne si souvent ces trajectoires artistiques hors du commun ! Et aussi, comme ces années ont passé vite !

  • tilly
    2 janvier 2010 at 22h19

    oh oui ! et aussi Patrick Dewaere me manque, nous manque…

  • tilly
    7 juillet 2010 at 14h58

    comme c’est étrange…
    le 6 juillet 2010, le compte http://twitter.com/marcedouardnabe a signalé une vidéo étonnante
    http://www.youtube.com/watch?v=6ZGoiUVWsFc
    Pierre Clementi’s grave (by dandelionsunshine) : Pierre Clementi sleeps. Video taken in Soucy, France on December 27th, 2009, ..
    ps – le 27 décembre c’est aussi le jour anniversaire de la naissance de Nabe

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